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Antoine Lacroix

Antoine Lacroix

Blog de réflexions sur les problèmes de société


Bruno Bettelheim, imposteur ou rusé face à l'adversité?

Publié par Antoine Lacroix sur 19 Septembre 2014, 08:57am

Catégories : #judéité, #Bettelheim, #Imposture, #le cœur conscient, #Hannah Arendt

21/10/2014

Pour beaucoup, Bettelheim est devenu un personnage détestable. Souvent atteints de philodoxie, ils s'intéressent à la personne hors de son contexte. La moralisation d'un sujet n'est parfois pas la meilleure manière de le comprendre parce qu'en moralisant, l'observateur règle ses comptes personnels avec l'objet de sa réflexion. L'exigence de vérité devrait conduire mécaniquement à regarder Bettelheim avec indulgence et à s'accommoder de la déception de devoir le faire descendre de son piédestal. 

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Dans les années 80, porté par la mode ou par mon prof de philo, j'avais acheté le livre le Coeur Conscient de Bruno Bettelheim. En juin 2013 j'ai l'occasion de relire ce texte. Je m'informe sur l'auteur via internet. Je lis des commentaires des biographies réalisées par Richard Pollack ou Nina Sutton, la préface du livre écrite par Madeleine Chapsal. Je découvre que l'image du Bruno Bettelheim que je connaissais, il y a trente ans, a bien changé. Pour certains commentateurs, il est  devenu faussaire, mythomane,  plagiaire. Ses théories sur l'autisme sont devenues fausses ou désuettes  alors que tous les soignants des années 70 ne juraient que par lui. Sa conception de la  vérité ne serait-elle pas la mienne ? Quel crédit apporter à des thèses découplées de la réalité ? 

Commençons par essayer de mieux connaitre l'auteur.

Qui est Bettelheim ?

Bruno Bettelheim est né en 1903 dans une famille de la communauté juive assimilée d'Autriche. Il est connu comme psychothérapeute et éducateur. En 1938, trois mois après un doctorat de philosophie sanctionnant la fin de ses études à l'université de Vienne, il est interné à Dachau puis à Buchenwald. Libéré en 1939, il émigre donc aux Etats-unis. En 1944, on lui confie un service de l'université de Chicago, il y reçoit des enfants psychologiquement perturbés. A l'aide de ses lectures de Freud et de sa cure psychanalytique par un élève du maître : Richard Sterba, il essaie de comprendre la psychose infantile, l'autisme. Il est l'un des promoteurs d'une conception socio-génétique de l'autisme. Il applique une théorie issue de son expérience des camps nazis conjuguée à son émigration libératoire aux États-Unis, théorie selon laquelle si un univers totalitaire peut détruire une personnalité, un milieu épanouissant peut la faire re-naitre.

La famille de Bettelheim n'est pas  idéale. Son père et sa mère ne s'entendent guère. Son père est atteint de syphilis lorsque le petit Bruno  a quatre ans, maladie que l'on ne sait pas encore guérir.  Il grandira donc avec un père atteint d'une maladie honteuse incurable. Lorsque ce dernier meurt , il doit abandonner ses études et reprendre la scierie familiale. En 1990, après trente ans passés dans son école, après avoir publié de nombreux livres, veuf et malade, Bruno Bettelheim se suicide.

Il fait partie des juifs émigrés en nombre  aux Etats-Unis avant la seconde guerre mondiale . Il est proche d'Hannah Arendt. Il est soutenu par Adorno et Horkheimer, les créateurs de l'école de Francfort lorsqu'il publie un rapport sur son expérience des camps en 1943 auquel personne ne croit. La pensée sur la société de ce petit groupe gravite autour de thèmes proches. Etudier les travaux des uns et des autres, contextualiser les conditions de publication de ce livre, tout cela laisse supposer un entrelacs de relations, de lectures ou d'interrogations communes, de courriers ou de conversations échangés, et finalement une interpénétration des idées.

Le fardeau de la judéité

Dans ce livre, l'auteur reprend les thèmes de prédilection de l'école de Francfort, il expose la manière dont la société de masse éteint l'envie de liberté, d'autonomie, nous rend vulnérables et explique comment y résister. Ces avertissements concernent-ils toutes les sociétés, tous les individus ? La société de masse tend-elle forcément au totalitarisme et Bettelheim comme les philosophes juifs de la théorie critique ayant vécu les deux guerres mondiales ne pensent-ils pas que la modernité ne conduit qu'à la destruction de la société ? Ces intellectuels juifs de langue allemande partagent tous une judéité donnée en héritage. Un fardeau mortel dans un camp. Leur culture les oblige à n'être chez eux nulle part en attendant de retourner sur leur sol.

Certains rescapés de la guerre renoncent à leur nom. Est-ce un signe d'un renoncement à leur judéité ? Comment cesser d'être juif ? Comment cesser d'être juif  lorsqu'on se nomme Shlomo Sand2 cet historien Israélien auteur d'un livre récent  intitulé "Comment j'ai cessé d'être juif".  Fixé en Israël ou dispersé, l'homme Juif ne s'appartient toujours pas. Il reste l'enjeu d'un autre. Il est assujetti à la création récente dans l'histoire, du mythe d'un dieu morigénant, sioniste. L'homme juif  est finalement victime d'une éthique de la pensée insuffisamment élaborée, incapable de se penser elle-même faute d'un lieu, d'une organisation, d'un espace adapté.

Comment cesser d'être juif :

-en remettant en cause la judéité comme fait historique.

 

Shlomo Sand revisite l'histoire des premiers siècles de notre ère, remet en cause la réalité de la déportation des juifs sous l'empire romain en 135 et explique la diaspora, dont le commencement est traditionnellement attribué à cette époque, non pas par une déportation mais par une tradition prosélytique du judaïsme, par la constitution de communautés de religion juive issues de conversions . Pour lui l'association du judaïsme à la terre de Palestine est le résultat d'une construction historique, l'entretien d'un mythe créé par les chrétiens, un mythe soutenu par une communauté internationale compatissante et choquée, en quête de rachat après la guerre, un mythe aboutissant à la création d'une identité nationale du peuple juif.

-Cesser d'être juif en prenant conscience que la judéité telle qu'elle est pensée et mise en oeuvre en Israël mène à une impasse.

Le prisonnier du camp est d'abord juif avant d'être allemand, autrichien... Le ressortissant Juif d'un quelconque pays se pense d'abord juif y compris et surtout en Israël puisque dans ce pays, l'appartenance au peuple juif dont dépend la citoyenneté, l'emporte sur la nationalité. Le juif et le SS se répondent sur le même registre : celui de l'affirmation justifiée par une symbolique d'un autre âge d'une identité d'un peuple supérieur en relation avec un territoire. Oui, une symbolique d'un autre âge  : celle d'une terre promise à un peuple. Comment penser l'actuel avec pour seul outil, l'herméneutique de textes sacrés. N'oublions pas que la scolastique, l'absence de  questionnement de la réalité par la philosophie du haut moyen âge mène à l'incompréhension entre ceux qui raisonnent et ceux qui prient et à la nuit du 24 août 1572, la Saint Barthélémy et aux 30 000 morts qui ont suivi. Avec la législation israêlienne actuelle, il suffit de se convertir au judaïsme pour avoir le droit d' habiter en Israêl. La nationalité est bien assujettie à la croyance en Yahvé. 

- En se suicidant comme le fait Bruno Bettelheim

 On pourrait comme Nicole Lapierre refuser d'analyser les causes du suicide. Trop complexe, trop intime. Cependant  le suicide est un fait social et le suicide des rescapés des camps, poètes ou écrivains  est une réalité. 

Bettelheim se suicide vingt ans après Paul Celan le poète juif roumain auquel l'auteur fait référence dans ses travaux et comme lui victime des camps.

Il se suicide trois ans après Primo Levi également rescapé et grand témoin des camps. Autre rescapé des camps connu, suicidé lui aussi, Hans Mayer, alias Jean Améry. 

La littérature grand public de Tatiana de Rosnay  reprend ce thème du suicide des juifs dans l'après guerre. Dans son livre elle s'appelait Sarah fait se suicider la jeune femme après laquelle court son héroïne, Julia, jouée par Kristin Scott-thomas dans le film sorti en 2010. En littérature, le suicide du rescapé juif est plausible, vraisemblable. Il est d'autant plus présent que les rescapés juifs sont une exception rare alors que les rescapés résistants, otages, prisonniers sont plus nombreux. La traumatisme est d'autant plus fort que le rescapé juif est atteint dans son identité ce qui n'est pas le cas des rescapés internés pour d'autre motifs. Le traumatisme subit fait que la personne vit dans un passé qui n'avance pas, un passé figé dans l'ancrage psychique douloureux. Le traumatisme est rejoué, revécu, ressassé, transmis aux générations suivantes. 

Le mot holocauste fait référence au rite biblique. Le judéicide est un sacrifice rituel accepté par les juifs​. La passivité des juifs emmenés aux camps serait comparable à un suicide collectif. Cette idée est fausse pour Bettelheim. Les juifs sont les Jack Nicholson de vol au dessus d'un nid de coucou , ou Léonardo Di Caprio  de Shuttle Island acceptant d'être décérébrés pour ne plus souffrir, conditionnés pour l'abattoir. Il relate la mort de cette femme juive internée ancienne danseuse à qui un officier allemand demande de danser. Elle danse, lui subtilise son arme et le tue avant d'être tuée à son tour. Pour passer à l'acte du suicide,  il faut encore exister, or les internés ne sont plus qu'un numéro tatoué sur leur bras. Ils sont de la viande, les zombies caricaturés dans les films de Roméro. Ils sont ce que nous sommes tous dans cette société pour Bettelheim, des morts vivants ayant renoncé à la liberté.

La survivance entraine la culpabilité. Pourquoi moi dit Primo Levi. Le contraste du nombre de mort au regard du nombre de survivants rend suspecte la survivance  obtenue par la lâcheté.  Il existe une littérature des camps et des ghettos. Dans les ghettos, on retrouvera des documents  enfouis dans le sol protégés par des boites de conserve, des documents qui constituent autant de témoignages légués à la postérité afin que tout ne soit pas perdu. Primo levi est un forçat du témoignage issu d'une envie aussi forte qu'un besoin essentiel, le témoignage comme lutte contre la culpabilité. Le devoir de mémoire des rescapés est une supercherie, il n'y a rien de généreux là-dedans. L'histoire n'est pas faite pour les morts. Ils ne ressentent plus rien, ils ne donnent pas leur avis, on ne sait pas ce qu'ils pensent. Les morts sont les instruments de la souffrance des survivants.

En fait il s'agit d'y voir plus clair sur ce phénomène en s'aidant de Durkheim, de Camus. les causes individuelles étant portées par des causes catégorielles.

La sociologie est quasiment née en s'intéressant au suicide par la plume de  Durkheim. Il fait surgir des causes géographiques ou saisonnières aux suicides mais l'apport particulier de Durkheim et de la sociologie naissante à cette époque est d'établir des causes de suicide propres à des groupes et non spécifiquement à des individus par des causes physico-psychologiques.

Il catégorise les suicides grâce aux statistiques qui dit-il sont le résultat non de fait avérés mais d'opinions d'agents, police, justice. Les conditions de la création du chiffre sont en elles-mêmes un sujet d'étude.  Durkheim écarte des données non signifiantes. Il part des causes générales pour aller vers le détail, si possible.

Ses résultats donnent qu'en Europe, entre 1840 et 1890 on se suicide dans les pays du Nord de religion protestante et beaucoup moins dans les pays catholiques. "L'action du culte est donc si puissante qu'elle domine toutes les autres".

Fait intéressant pour nous, au sein de ces pays les juifs sont les moins nombreux à se suicider.

Explications :

Dans des petites communautés devant être fortes pour se défendre, les individus se suicident moins. Cette explication est insuffisante, Durkheim doit interroger le contenu des religions. Le protestant réfléchit dans la dispersion, le catholique obéit dans l'unité. Le protestant se suicide plus que les autres car il pratique le libre examen de sa conscience. Ce libre examen ne se fait pas par attrait de la liberté mais par une  remise en question  de la tradition. Je cite in extenso sa conclusion sur les causes du suicide plus important chez le protestant.

" Or, une société religieuse n'existe pas sans un credo collectif et elle est d'autant plus une et d'autant plus forte que ce credo est plus étendu. Car elle n'unit pas les hommes par l'échange et la réciprocité des services, lien temporel qui comporte et suppose même des différences, mais qu'elle est impuissante à nouer. Elle ne les socialise qu'en les attachant tous à un même corps de doctrines et elle les socialise d'autant mieux que ce corps de doctrines est plus vaste et plus solidement constitué.  Plus il y a de manières d'agir et dépenser, marquées d'un caractère religieux, soustraites, par conséquent, au libre examen, plus aussi l'idée de Dieu est présente à tous les détails de l'existence et fait converger vers un seul et même but les volontés individuelles. Inversement, plus un groupe confessionnel abandonne au jugement des particuliers, plus il est absent de leur vie, moins il a de cohésion et de vitalité. Nous arrivons donc à cette conclusion, que la supériorité du protestantisme au point de vue du suicide vient de ce qu'il est une Église moins fortement intégrée que l'Église catholique."

Il en déduit des conséquences pour le judaïsme. Les juifs pensent de la même manière parce qu'ils doivent se serrer les coudes. La chasse aux juifs en terre chrétienne a renforcé leur cohésion. Le suicide est une atteinte à la communauté d'autant plus forte que la communauté est petite et en butte à l'hostilité. La nature ritualiste, rigoriste de la religion juive cadre la vie du croyant, est un frein à la remise en question personnelle. Elle est un facteur défavorable au suicide qui vient se rajouter à l'effet de l'hostilité que ses membres supportent. 

La lecture d'un site  me permet de prolonger ce questionnement sur le suicide des rescapés et de m'intéresser à Romain Gary, nom de naissance Roman Kacew et second pseudo Emile Ajar. Le rapprochement avec Bettelheim est saisissant. 

On ne peut pas laisser passer cette figure de la littérature, deux fois prix Goncourt sous deux pseudos différents.  Mystificateur hors pair, Gary brouille les cartes, sur ces origines sur son identité, sur sa mère, son père. Le personnage du héros, anti-héros, rescapé du judéicide est présente dans sa littérature, Tulipe notamment. Dans l'Education Européenne il montre la déshumanisation à rester vivant dans la guerre, à essayer de  préserver une vie dépouillée de son humanité, entrainée dans la barbarie à la suite des nazis. Le suicide de Gary malgré sa lettre d'adieux n'est pas expliqué sinon par une dépression tenace. La guerre apporte ceci que la question du sens de la vie ne se pose  plus dans cet entre-deux. La vie s'impose, puis après il faut vivre, ou essayer, en retrouvant ses démons mis entre paranthèses. Gary , compagnon de la libération est nommé diplomate puis il écrit et à 66 ans se suicide, à l'heure des bilans, douloureux. L'oeuvre de Gary, fictionnelle ancrée dans l'histoire peut être mise en parallèle avec celle de Bettelheim, l'une pour éclairer l'autre. La judéité, la guerre, l'imposture, le suicide. Qu'y a t-il de commun dans ces quatre thèmes ? Comment s'articulent-ils ? Autour de quel pivot ? Le pivot de ces quatre thèmes est la matrice au lait empoisonné, génitrice des cyniques. La figure de la mère est commune à Gary et Bettelheim à la judéité et à l'autisme et à travers la mère c'est la question de l'altérité altérée qui est posée. 

Altérité, altération, deux mots ayant la même étymologie : alter, autre en français, qui n'est pas soi. L'autre  crée le vide et vous remplit, donne soif, altère, fait changer. L'altération de soi pour l'autre est soumise à la condition d'une altérité valide. L'autre comme objet ne doit pas être vide.

La théorie de l'autisme de Bettelheim exposée dans la Forteresse vide (1967) est séduisante. Les difficultés relationnelles, l'absence de désir d'enfant sont la cause de l'autisme, de l'enfermement de l'enfant face à la dureté de ce monde avec lequel le médium maternel le met en relation. Si ce médium bloque, la relation au monde est perturbée. Pour guérir l'enfant, il doit être coupé de sa mère. Bettelheim dans son école orthogénique doit rétablir autour de lui un monde sécure pour qu'il abandonne ses défenses. L'inconvénient est que Bettelheim rêve sa théorie à partir de trois cas. Son procès est celui de la psychanalyse. 

La figure de la mère est en question chez Bettelheim du père protecteur, le roi qui garantit le pain en échange de l'obéissance est aussi mis à mal. La confiance est la contrepartie de l'obéissance, mais ceux en qui on devrait avoir confiance sont défaillants. L'époque de la guerre est chaotique, violente, un monde nouveau est apparu.  Le père, le prêtre, le patron, les  figures traditionnelles de l'autorité du XIXe siècle, sont définitivement devenues les figures de la trahison  à cause des guerres. Les enfants nés en temps de paix  sont obéissants et conformistes or Bettelheim vit son adolescence pendant la première guerre mondiale.

Bettelheim se dépêcherait il en fin de parcours de mettre fin à la supercherie que fut sa vie car il n'avait rien à faire sur cette terre ?  Son existence avait toujours été une erreur, toujours à la recherche de son identité, un soi dispersé. Il s'invente alors une identité dans laquelle il se sent mieux. Elle est fausse mais elle lui convient mieux à défaut d'une vraie introuvable. L'écrit devient ainsi une falsification vraie .

Ont-ils essayé, ces rescapés écrivains de répondre à cette question dramatique sans pouvoir y parvenir : ce que nous sommes, ce que nous a transmis notre mère : nos valeurs, notre culture, éventuellement notre foi, en un mot notre judéité, est-elle la cause de notre perte ? 

L'homme juif, une certaine conception de la vérité.

C'est bien connu : le juif est menteur, truqueur, magouilleur. Les germes de cette idée ne datent pas d'hier, ils sont dans l'évangile. Les pharisiens n'affichent-ils pas qu'une foi de façade ? Benoit XVI reconnait la responsabilité de l'église catholique dans le développement de l'antisémitisme au cours des siècles. Il circonscrit le nombre des responsables de la mort du Christ du peuple juif dans sa globalité à quelques individus.  Au 16 ème siècle il ne fait pas bon être juif en terre germanique et protestante. Certains écrits de Luther au 15ème siècle autorisent le meurtre des juifs. La manière dont nous pensons les juifs et dont ils se pensent eux mêmes est le fruit d'une histoire. La vérité sur nous même est changeante encore faut-il prendre le temps et les moyens de se regarder dans le miroir.

  Si je mens, je pêche, je culpabilise et j'ai honte. Si je suis musulman, ma conception du mensonge est singulière, de même si je suis asiatique, de spiritualité confucéenne ou taoiste, je ne culpabilise pas pour les mêmes choses. Les occidentaux prennent les asiatiques pour des hypocrites qui sourient tout le temps. Ils moralisent une différence culturelle. La conception du mensonge est relative à la culture de l'individu. La conception du mensonge dominante est celle de la culture dominante. Les juifs ont tort car ils sont minoritaires. Claude Levi-Strauss sur l'idée de barbarie : chacun est persuadé de bien penser de quel côté qu 'il se trouve.

Bruno Bettelheim a bati des théories grâce à la psychanalyse , il s'en est servi pour soigner des enfants. Les fondements scientifiques sont insuffisants au regard des exigences éthiques en cours dans le monde médical4 actuellement, comme le sont ceux de toute la psychanalyse. L'heure est au "tout molécule" , abusivement parfois. 

Après sa mort, son histoire est revisitée, ses diplômes et ses succès sont revus à la baisse et ses théories sont remises en cause. Il apparaît pour certains qu'un romantisme lié à son statut de survivant des camps de concentration, une méculture de ses interlocuteurs américains, permettent à Bettelheim de s'inventer des diplômes ou des compétences invérifiables. Pour ses détracteurs5 il s'invente une autre vie6. C'est un imposteur. Il est aussi accusé de plagiat lors de l'écriture du livre Psychanalyse des contes de fées. Néanmoins, le supposé plagié, Julius Heuscher7, absout Bettelheim en estimant le bonhomme suffisamment brillant pour avoir apporté du neuf à son travail.

Quelle conception de la vérité se fait l'auteur ? Est-ce un sujet qui intéresse ? Ses interlocuteurs n'ont peut-être pas demandé à être convaincus : Hitler ayant sali l'humanité, prêter l'oreille à des exagérations d'un rescapé des camps nazis sans trop se poser de questions était une occasion de recouvrer un peu de bonne conscience à bon compte. Connaitre  la vérité après la guerre n'était donc pas la priorité.

Quatre ans après être sorti des camps, en 1943, Bruno Bettelheim raconte son expérience et peu de gens le croient. On peut donc raconter tout ce que l'on veut à l'opinion, la vérité ou des mensonges, qu'importe : la vérité qui compte est bien celle que l'on veut entendre.

Quand une personne d'origine juive se revendique de la tradition juive elle s'affiche comme tel, tout est clair Le problème est qu'une personne d'origine juive qui ne se renvendique pas de la tradition juive doit convaincre son interlocuteur qu'elle peut échapper à sa judéité, qu'elle n'en est pas victime. Et quand bien même elle le dirait la suspicion resterait. Dire que l'on est juif c'est introduire une suspicion dans le débat, celui du refus de la modernité, de l'émancipation, de l'aliénation désirée au nom de la tradition. La personne de tradition juive va toujours devoir se justifier de penser normalement car elle est envisagée d'emblée comme un mineur incapable de se gouverner en autonomie. Elle est envisagée d'emblée comme appartenant à une communauté marquée par son attachement aux traditions, incapable de voir en quoi la tradition produit un décalage par rapport à son milieu de vie et la rend vulnérable. Etre juif ce n'est pas raisonnable. La judéité est une prison .

Jean Paul Sartre dans « Réflexion sur la question juive13» écrit : Comme le juif dépend de l'opinion pour sa profession, ses droits et sa vie, sa situation est tout à fait instable, légalement inattaquable il est à la merci d'une passion, d'une humeur de la société « réelle ». Sharon se situe sur le même plan que Sartre quand il refuse à quiconque, comme dit plus haut, le droit de décider à la place des juifs. Dans l'attitude de Sharon, il y a un peu du gamin qui tape du pied par terre et que les adultes supportent patiemment en attendant que ça passe. Le problème est que les juifs comme toutes les personnes ancrées dans la tradition s'inscrivent dans une temporalité lente.

 L'enjeu est bien l'émancipation des juifs de la tutelle de l'histoire, qui pourrait et devrait se traduire par l'éviction du rabbin du champ politique. L'émancipation légale a été accordée aux juifs par la Révolution mais ils la refusent toujours. La société "réelle" de Sartre les poursuit sans cesse. La judéité est un déterminisme aliénant auquel la personne d'identité juive ne peut échapper quand bien même elle le voudrait.

Comment situer Bettelheim dans sa prison juive ?

La solution finale a bouleversé les esprits. Le débat sur la judéité est empreint d'émotion. Bettelheim nous dit : Je suis juif, j'en ai réchappé et à ce titre vous me faites croire, dans cet après-guerre marqué par la Shoah, et parce que vous en êtes persuadés, que vous m'êtes redevables. Opportuniste, il se sent donc libre d'en rajouter quand il parle de lui.

 

Nina Sutton reporte un propos de Bettelheim dans la biographie14 qui se veut objective contrairement à celle de Pollack, qu'elle lui consacre : « nous devons vivre en nous fondant sur les fictions, non seulement pour donner un sens à notre existence mais aussi pour la rendre supportable».N'a -t-on pas une des clés dans cette phrase de sa mythomanie ?

Sur le plan philosophique une lecture d'un livre de Hannah Arendt m'amène à d'autres explications sur le rapport à la vérité de Bettelheim entendu comme membre d'un peuple sans cesse pourchassés.

En 1961, Hannah Arendt couvre le procès Eichmann pour le magazine américain : The New Yorker. La banalité de l'accusé, sa normalité avérée par expertise psychiatrique ressortent du procès et des analyses d'Arendt. D'un refus de l'accusé d'utiliser sa conscience morale, elle tire son idée de banalité du mal. Elle est critiquée violemment par la communauté juive. Certains de ses amis ne comprennent pas et lui tournent le dos. Elle se défend notamment par un article en 1962 dans le New Yorker intitulé « Vérité et politique » . Article qui sera repris plus tard en 1967 dans un recueil de textes rassemblés sous le titre « Crise dans la culture ». Ce qu'elle écrit dans cet article, rapproché du propos de Bettelheim, nous éclaire sur une conception de la vérité et du mensonge qu'ils auraient bien pu partager. Arendt critique l'absolutisme de Kant quant au devoir de vérité lequel est bien obligé de s'effacer, devant une impérieuse nécessité de permanence de la vie. A quoi cela servirait-il donc de dire la vérité alors que cela peut entrainer la mort ? Dans ce cas, pour son ami Bettelheim, il pourrait bien s'autoriser à mentir pourvu que cela permette de mieux supporter la vie. Hasard des traductions ou réelle communauté de pensée, dans sa note n° 5 de l'article, Arendt rappelle qu'en grec ancien, le mot « fiction » veut aussi dire selon le contexte, « erreur » ou « mensonge »15.

Rajout du 05/02/2014

Cette discussion entre Kant et Arendt à quelques siècles d'intervalle porte fondamentalement sur autre chose que la vérité. 

Penser la vérité comme une chose hors de soi amène à s'oublier comme être capable d'amour . Le vrai se pense en relation, en lien. La vérité est dite par une personne, un élément, une instance pour l'autre. Qui va juger de ce qui est vrai et qui va avoir la connaissance qui va permettre de juger, cette connaissance portée par le désir d'amour ? Ce quelqu'un est un homme pour Hannah Arendt alors que le juge de la vérité pour Kant, c'est Dieu. Or Hannah Arendt l'efface de son raisonnement en tant que Dieu d'autorité et de soumission car Dieu a perdu son trône par l'absurdité de la religion instituée, alliée à un  pouvoir dominateur et falsifié. Corruptrice de la liberté, elle est devenue illégitime.  La discussion sur la vérité entre Kant et Hannah Arendt revient à se poser la question de ce qui fait autorité : Dieu, la nature, les hommes.   

S'éloigner du réel comme le fait Bettelheim est une manière d'imposer "son" réel celui dans lequel il se sent bien, c'est aussi une manière de s'imposer. Tordre le réel à son usage propre est une violence, une prise de pouvoir sur l'autre.

Hannah Arendt renouvelle les acceptions classiques du pouvoir définies par Platon , Machaviel, Hobbes, Weber, comme si l'histoire les avait conduit à un paralogisme à propos du pouvoir, définit par son mauvais usage.

Structure du livre

 

Le livre est composé de sept chapitres.

Dans le premier, l'auteur raconte comment son expérience vécue à guidé sa réflexion : sa remise en question de la psychanalyse, son observation des comportements des co-détenus dans les camps lui font prendre conscience de l'importance de comprendre les interactions entre l'environnement et l'homme.

Dans les deuxième et troisième chapitres il explique ces notions d'environnement et de nature de l'homme dans nos sociétés de masse. La manière dont l'individu est conduit à renoncer à l'exercice de sa liberté. Dans les chapitres 4 et 5 il reprend son rapport publié en 1943. Il montre comment l'organisation des camps et l'attitude des SS détruit les personnalités, et comment les détenus s'en défendent.

Les chapitres six et sept : l'état totalitaire nazi détruit les juifs mais aussi dépersonnalise les SS de base comme les gradés, et atteint une grande partie de la population hors des camps. L'auteur pense que la finalité de l'état nazi est son autodestruction. Le dernier chapitre explique le processus de mise sous tutelle de la population par le pouvoir totalitaire.

31/01/2015 Ici se pose la question du juif sans Dieu. 

Bettelheim est athée17. Il se définit comme issu « d'une famille de la bourgeoisie juive assimilée »18L'assimilation pour les juifs s'oppose au sionisme. Elle suppose une perte d'identité de l'individu pour accueillir la culture de la communauté hôte. Juifs et chrétiens se rejoignent sur des thèmes étrangers à la religion. Une capitale culturelle comme Vienne offre de nombreuses disciplines culturelles qui sont autant de possibilités de rapprochement entre les deux communautés. Cette tolérance est porté par le mouvement de Haskala très présent jusqu'à la fin du 19 ème siècle en Allemagne et en Autriche et par le mouvement des Lumières. Bettelheim participe à la vie culturelle de Vienne. Chez lui, l'idée d'une compatibilité entre une fréquentation assidue du judaïsme et une vie sociale active n'est pas très plausible à la fois pour ces raisons historiques, ses propres écrits, et l'influence de la psychanalyse. Il est probable qu'il ne se sent pas très juif, proche des traditions juives. Apprécie-t-il vraiment ses co-détenus juifs ? Un exemple donné dans le livre nous éclaire un peu.

Dans sa vie des camps pendant l'hiver 1938 , Bettelheim doit affronter le froid et souffre de gelures. Elles menacent sa vie si elles le rendent incapables de travailler ou si elles se transforment en gangrène. L'attaché d'ambassade allemand à Paris, Vom Rath, a été assassiné et les dispensaires des camps, en représailles ne sont accessibles qu 'aux accidentés du travail. Il est donc vital pour lui de se faire soigner. Ses co-détenus, juifs comme lui, lui demandent comment il va s'y prendre pour se faire admettre à l'infirmerie, quel stratagème il va utiliser. Il leur répond qu'il verra bien. Son attitude est prise pour de la faiblesse par ses co-détenus. Il se fait traiter de tous les noms. Pour ses co-détenus, tous les SS sont « haineux et stupides ». Il se sent au dessus du lot apparemment du fait de sa capacité d'analyse. 

La suite de cet épisode nous entraine dans une analyse de la psychologie des bourreaux. (lire les commentaires ci-dessous pour un prolongement de la réflexion)

Il montre ses gelures au gardien SS du dispensaire en disant qu'il ne peut plus travailler, sans essayer de l’apitoyer. Il tient un discours neutre, factuel. Après avoir essayé de lui arracher ses peaux mortes, le SS l'autorise à rentrer et à se faire soigner. Il lui donne même un laisser-passer pour les fois suivantes. Bettelheim explique qu'il a bien vu que les SS se servaient du comportement des juifs pour conforter leur propre conception des prisonniers qui leur était inculquée par la propagande SS. Les juifs se comportaient selon l'attente des SS. Bettelheim se sert de son analyse de l'âme humaine pour renverser la situation à son profit. Il écrit : « L'agresseur se défend surtout contre les dangers qui trouvent leur origine en lui-même, la victime se défend elle contre la menace provenant de l'environnement, c'est à dire contre la menace de persécution. [...]Les deux groupes avaient recours à des mécanismes de défenses analogues.19 » Par son analyse, par son comportement et son discours qui ne correspond pas aux mécanismes de défense du SS, Bettelheim n'active pas le système d'autoprotection du gardien. Et la porte s'ouvre et le gardien va lui en être reconnaissant.

Bettelheim  a su préserver l' intégrité personnelle du garde. Il va au delà de la demande du prisonnier. La connaissance des intérêts inconscients de son interlocuteur, la connaissance de la manière dont il est vu permet à Bettelheim d'utiliser un mode de communication qui lui est favorable.

Par contre, Bettelheim ne nous explique pas pourquoi le SS va au delà de sa demande.

La sociologie interactionniste d'Erving Goffman nous donne des pistes de réflexion : « Le but de la communication intersubjective est de faire bonne figure et de permettre à chacun de garder la face. La communication est alors faite de tout un ensemble de « rituels d'interaction », de gestes, de mimiques, d'expressions verbales »20Le SS est sollicité en public, il commence par injurier Bettelheim puis quand celui-ci est rentré dans le dispensaire il peut laisser son humanité s'exprimer en toute discrétion sans mettre en danger l'ordre social du camp.

 

                                         *************   

Naissance et validité d'une théorie à vocation thérapeutique

Dans un premier chapitre l'auteur présente la thèse majeure du livre : si l'environnement totalitaire détruit la personnalité, au contraire l'environnement sain aidé de la psychothérapie reconstruit la personnalité. Grâce à ce constat, qu'il nomme la « concordance des contraires », - il cherche toujours à créer une société juste et épanouissante -, il prend conscience de la nécessité d'éduquer l'individu à résister à la société de masse pour laquelle il s'aliène dans une « servitude inconsciente », renonce à sa capacité de décision. D'autres décident à la place de l'individu en utilisant la technique toute puissante dont le but est l'efficacité au détriment de la morale.

Alors Bettelheim explique et détaille son cheminement. Après la guerre de 14-18, il est à l'âge auquel on doit décider de sa vie. Nait en France l'expression « la belle époque », en référence aux temps passés de 1870 à 1914 et dans lesquels l'idée de progrès, sous l'influence positiviste, connaitra un renouveau. C'est le « monde d'hier »8 que regrette Stephan Zweig. L'empire austro-hongrois a disparu. Vienne a du renoncer à son rayonnement de capitale culturelle européenne. Le jeune Bettelheim se demande qui de la politique ou de la psychanalyse, est la discipline la plus à même de nous conduire à une société meilleure. La psychanalyse lui correspond mieux, le côté politique représenté par l'expérience communiste ne lui semblant pas répondre, dès les années 20, aux espoirs suscités.

Las ! Le régime hitlérien annexe l'Autriche en 1938, ratisse large et l'envoie aux camps. Ambitionner une société meilleure n'est plus d'actualité. De fait, voyant mourir ou résister tel ou tel de ses co-détenus sans comprendre pourquoi, l'efficacité et sa conception de la psychanalyse sont remises en question. La psychanalyse, nous dit-il, visant à comprendre le négatif, le morbide, ne permet pas de saisir le positif, le normal. Les conditions extrêmes des camps bouleversent « en quelques semaines » les personnalités mais pas forcément dans le sens prévu par la psychanalyse.

Il en déduit que l'homme « vrai » n'est pas celui de l’inconscient et qu'il reste maitre de son destin en dernier ressort malgré le déterminisme de la psychanalyse et face à la société. Ne pouvant plus disposer de la psychanalyse comme il l'entendait de prime abord Bruno Bettelheim recherche de nouveaux outils. Il se rapproche de la psychanalyse sociale d' Erik Erikson ( différente de l'hypnose de son homonyme Milton Erickson) de la philosophie pragmatique de John Dewey. Il cite également Fritz Redl l'inventeur du concept d' « ego resiliency » vulgarisé en France par Boris Cyrulnik. A l'instar de Freud du « Malaise dans la civilation » il cherche à élargir ses réflexions au domaine de la société. Ayant constaté l'influence déterminante de l'environnement coercitif sur la personnalité, il finit par conclure : « Ce fut alors seulement que je me rendis pleinement compte de la subtilité de l'équilibre qui doit s'établir entre l'environnement, la personnalité et la psychothérapie ».

Par cette présentation dans laquelle il se raconte, Bruno Bettelheim se sert des situations concrètes, factuelles. Il veut convaincre et projette de le réaliser d'autant mieux  qu'il expose des faits vécus directement et analysés grâce à une grille de lecture psychanalytique . Cependant, il ne se pose pas en expert de la psychanalyse et se trouve présomptueux d'avoir pu penser qu'elle aurait pu résoudre les problèmes auxquels il avait pu s'intéresser9. Il aurait pu aussi aller un peu plus loin dans son autoanalyse et laisser transparaitre la faiblesse de son argumentation qui n'a pour elle que d'être analogique. Extrapoler d'une situation à une autre n'est pas une démarche scientifique de recherche de chaines de causalités. 

Dans les années 90 le médiatique professeur Debray-Ritzen, obstinément antifreudien et rationaliste saisira ces failles méthodologiques pour critiquer, à la hache, l'approche psychanalytique de l'autisme par Bettelheim.

Jacques Hoffman spécialiste reconnu de l'autisme rend une analyse plus nuancée : « La psychanalyse bien comprise et les hypothèses qu’elle permet de faire sur la psychopathologie de l’autisme n’ont aucune prétention causale. Elles cherchent à élucider les mécanismes qu’utilise un enfant, privé, pour toutes sortes de raisons, en grande partie biologiques, d’une communication normale avec son environnement, afin d’organiser sa représentation du monde » La psychanalyse ne peut donc prétendre à la scientificité.

La philosophie analytique de Karl Popper refuse de considérer la psychanalyse comme une science parce qu'elle n'est pas réfutable. Pour Popper c'est une méta-physique.

Pour un sociologue moderne comme Alain Ehrenberg (voir la Société du malaise) l'extrapolation de l'utilisation de la  psychanalyse au domaine du sociétal est invalidée par la faiblesse de la méthode psychanalytique dont le corpus de travail est trop étroit pour être probant. 

Cependant les avancées des neurosciences et de l'IRMf commencent à valider les thèses psychanalytiques notamment l'effet de la parole sur le bien-être neuronal10.

Les succès tout comme les insuccès de Bettelheim sont dus fondamentalement à d'autres causes que la rationalité de son discours. Il n'est plus dans l'air du temps. La sympathie de la communauté internationale envers les juifs, née de la Shoah, s'étiole Et les critiques envers les intellectuels juifs sont plus nombreuses.

L'image d’Israël s'est dégradée probablement à partir de la médiatisation des massacres de Sabra et Chatila permis par Sharon du 16 au 18 Septembre 1982. Sharon Ministre de la défense veut la mort des terroristes réfugiés dans les camps palestiniens chassés de Jordanie. Le problème est qu'ils n'y sont pas, ils ont déjà fui. Seules subsistent des familles qui sont exterminées par les phalangistes chrétiens libanais armés par Israël. Les Etat-unis s'étaient opposés à l'entrée de l'armée israëlienne dans Beyrouth mais Sharon aurait répondu « Quand l'existence et la sécurité sont en jeu, tout est de notre responsabilité, on ne laissera jamais personne d'autre décider pour nous11». 

Les Israëliens semblent devenus des fanatiques de la survie. Pour Sharon, l'horreur de la Shoah ne donne-t-elle pas le droit à la transgression ?

Il sera destitué de son poste et l'opinion publique israélienne, choquée, sortira manifester en foule (350-400 000 personnes).

Selon un sondage de la BBC, l'image d’Israël en 2012 est fortement négative dans les populations des pays développés, du même niveau que celle de la Corée du Nord ou du Pakistan. Les juifs hors d'Israël peuvent être assimilés à cette image. Que faire alors? Changer de nom et taire la vérité sur sa judéité comme l'ont fait des juifs après la guerre. Les petits arrangements avec la vérité de certains témoins des camps n'ont pas arrangé les choses. 

Bruno Bettelheim commence son livre en parlant de lui : argument d'autorité et performatif . Ce qu 'il dit et ce qu'il est sont intimement liés. Le procédé narratif du témoignage constitue son argumentation dont le but est l'adhésion à ses idées. Cette argumentation est d'autant mieux reçue par l'opinion, une fois le premier mouvement de doute passé, qu'elle ne peut plus l'entendre autrement.

Quelle aide à la réflexion pourrait nous être fournie par la théorie de la communication concernant Bruno Bettelheim et la manière dont il fait passer son message.

Un spécialiste de la communication, Philippe Breton16 sépare deux phases dans une opération de communication dont le but est d'argumenter en vue de convaincre un auditoire.

Dans la première étape, l’émetteur du message « doit préparer l'auditoire à recevoir le discours, dans une deuxième étape il tisse un lien privilégié entre le contexte de réception ainsi modifié et l'opinion proposée.[...]Selon nous un argument est toujours reçu et interprété au sein d'un univers de signification : celui de l'auditoire ».

L'évènement qui a préparé l'auditoire est la Shoah. Le droit positif s'en est mêlé. La Shoah étant une vérité d'état, douter publiquement de sa réalité est condamnable. Ce faisant elle sort du champ de la discussion, ce n'est plus un objet communicationnel. Elle ne fait plus l'objet d'argumentation. La Shoah est le bout de l'indicible. Elle échappe à cette relation constructive du savoir entre la raison et le symbolique. Par égard, par sollicitude envers les personnes qui ont vécu cette période, le réel est escamoté. Le livre Le cœur conscient, le travail de Bettelheim est alors balloté de droite et de gauche au gré des émotions, adulé puis haï, échappant à la confrontation des idées.

Si on peut douter de la véracité des propos de Bettelheim , peut-on pour cela complètement l'ignorer ? Ces défauts invalident-ils entièrement sa pensée ? Les causes de la  schizophrénie, de l'autisme sont multiples, organiques et environnementales.  Il n'est pas besoin d'argumenter longtemps pour convaincre de l'influence du milieu sur le psychisme. Rappellons quelques exemples bien connus.

L'hospitalisme, qui définit les cas des nourrissons prématurés qui meurent alors que leurs  constantes physiologiques sont bonnes par manque par isolement relationnel.  

Goffman dans Asiles démontre que le malade mental se conforme à son milieu. Le malade s'installe dans ses pathologies dans un environnement conçu pour des malades. C'est bien pour cela et en suite à ces travaux que le soin mental se fera hors les murs.

Pourquoi l'autisme, sujet d'étude de l'auteur ne serait-il pas alimenté par un environnement familial déficient ?  Bettelheim n'a pas raison tout seul, il n'a pas non plus tort tout seul, en tant que juif et en tant que psychanalyste. En critiquant Bettelheim, on se trompe de combat, les explications sont à trouver ailleurs.

Opposer une méthode à une autre au lieu de se servir de l'une et de l'autre, c'est avoir une conception dissociatrice de la production du savoir. L'argument selon lequel un angle de vue serait inférieur à une autre et pour cela doit être complètement écarté, voire combattu, semble relever d'autres motivations que scientifiques. 

En filigrane de l'affirmation de la sociogénétique de l'autisme se profile la pensée d'Heidegger, celle de l'étant de l'être qui est ici et maintenant,  en relation avec le monde, adapté et ajusté au monde, justifiant l'existence du monde de la conscience de sa propre existence. 

Bettelheim et la religion

En tant qu'autrichien juif, bourgeois et viennois, Bruno Bettelheim peu difficilement échapper à Freud, le Freud du « sentiment océanique » du Malaise dans la civilisation de 1921, étranger à la transcendance. C'est là son tort si l'on s'appuie sur les observations et les réflexions d'un autre rescapé des camps de la mort : Viktor Frankl. Ce dernier aurait pu ouvrir Bettelheim à la nature anthropologique, psychologique sinon métaphysique de l'imaginaire, les représentations, les croyances.

Bettelheim remarque que parmi ses co-détenus, certains résistent mieux que d'autres, il les appelle les «Elus » dont font partie les Témoins de Jéhovah, quelques descendants de famille royales. Il donne des explications dans les chapitres un et cinq : « Ils méprisaient les autres détenus presque autant que les SS. Ils semblaient se défendre contre leurs conditions d'existence dans le camp par un sentiment de supériorité tel que rien ne les atteignait ».

Puis, curieusement, il donne l'exemple d'une personne, aristocrate, qui contredit ce qu'il vient d'écrire. « Il était traité comme les autres prisonniers dont il se sentait l'égal ». Le fait qu'ils soient distingués des autres détenus malgré tout par les SS bien qu'ils soient parfois plus fortement punis préserve leur personnalité dans sa singularité alors que les autres détenus ne sont que des numéros. Bettelheim ne parle pas du possible caractère commun d'une éducation à la spiritualité entre les deux constituants du groupe des élus. Elle est évidente chez les Témoins de Jéhova et courante dans les familles d'aristocrates.

Sa grille de lecture est psychanalytique mais il se coupe de la possibilité qu'offre la psychanalyse de comprendre les effets bénéfiques, (celui de rester en vie, ce n'est pas rien) compensatoires de la croyance. L'angoisse de la mort serait moins intense quand il y a l'espérance d'une vie meilleure après la mort. La souffrance est sublimée et perd son absurdité. Pour un psychanalyste, la religion est une compensation, une consolation par laquelle l'individu se protège du réel.

Elle peut  toutefois entraîner une inhibition de la pensée qui donne elle-même dogmatisme, intolérance, rigidité caractérielle. Or Bruno Bettelheim s'empêche d'utiliser son outil favori pour analyser la relation entre la religion et la survie. Cette attitude n'est pas étonnante venant d'un psychanalyste dont la réflexion est centrée sur l'homme, Le psychanalyste est oublieux de Dieu, si en plus il est juif il est oublié de Dieu en plus d'en être oublieux. 

Malgré la désagréable impression de ne pas être en présence d'un témoignage sincère où la question de la dissimulation ressurgit de points en points, il nous plait bien de laisser parler Bettelheim par les mots de Boris Cyrulnik, « les mots sont des morceaux d'affection qui transportent parfois un peu d'information. Une stratégie de défense contre l'indicible, l'impossible à dire, le pénible à entendre vient d'établir entre nous une étrange passerelle affective, une façade de mots qui permet de mettre à l'ombre un épisode invraisemblable, une catastrophe dans l'histoire que je me raconte sans cesse, sans mot dire ». Mourrir de dire « la honte » Editions Odile Jacob 2010

Alors Bettelheim : imposteur ou rusé ?

C'est un survivant d'une chasse à l'homme ancestrale et du chaos de la guerre.

Il a vécu à une époque où on se moquait pas mal qu'il raconte des salades. Ses écrits plaisaient, étaient jugés cohérents, pertinents, voire géniaux. Et puis après la cohérence disparaitrait ? Cela veut-il dire qu'il devient insignifiant, en mourant, que sa responsabilité individuelle doit être mise en cause le jour de sa mort ?

Inspirons nous encore, pour finir, d'Hannah Arendt et de ses réflexions sur la vérité, l'autorité.

Vérité et autorité sont liées par l'exercice du pouvoir. Si le pouvoir est utilisé indûment, s'il est injuste, la vérité tombe et ne fait plus autorité. L'injustice du pouvoir dénature la vérité en vertu de laquelle l'autorité s'exprime. La vérité dépend donc d'une manière de faire, d'un exercice, d'une pratique, d'une méthode, d'un enrobage et d'une congruence, d'une éthique collective et d'une moralité individuelle. Voilà à quoi Bettelheim doit sa deuxième mort. A partir d'un temps donné, il n'a plus fait vérité.

02/11/2013

Personne ne peut nier qu'il y ait un problème juif, un problème juif/arabe pour être précis dont l'explication tient en une phrase : judaisme et islam sont des religions dans lesquelles les attitudes violentes sont cautionnées par Dieu. Juifs et Musulmans disent : on tue car Dieu est avec nous. La Chrétienté a purgé le problème en éloignant Dieu du champ politique. Comme dans un couple distendu, comme dans le système politique français séparé entre droite et gauche où chacun diabolise l'adversaire, juifs et musulmans se tapent dessus car il n'y a pas d'organisation suffisamment forte, qui leur serait extérieure, pour imposer un lieu de réflexion. Cette question revient à se demander si nos démocraties issues des révolutions du 18 ème siècle, d'une histoire violente, et qui par l'Onu pourraient imposer plus de concertation entre juifs et arabes, ne contiennent pas génétiquement la discorde mais c'est un autre sujet. Le monde musulman est schismatique et Israël assimile la citoyenneté à la religion. Mais comme l'Islam occidental se frotte à la démocratie on peut penser que l'Islam dans cette partie du monde va bénéficier d'une herméneutique moins belliciste. Quand à Israël on perçoit en son sein un raidissement intégriste symptomatique selon moi d'une remise en question naissante. Tout espoir n'est donc pas perdu.

23/10/2014

Il reste la question de la responsabilité individuelle de Bettelheim en suspens à laquelle il faudra bien que je m'intéresse un jour.

31/01/2015

A relire cet article, à la lumière récente de la commémoration de la Shoah, du judéocide

 

1 Individual and mass behavior in extreme situations, Journal of abnormal and social psychology,1943

2 En mars 2013, il fait paraître un nouvel ouvrage Comment j’ai cessé d’être juif dont il explique le thème sur la quatrième de couverture : « Supportant mal que les lois israéliennes m’imposent l’appartenance à une ethnie fictive, supportant encore plus mal d’apparaître auprès du reste du monde comme membre d’un club d’élus, je souhaite démissionner et cesser de me considérer comme juif ».

3 Stephan Zweig et sa femme se sont suicidés le 22 Février 1942 à Petropolis au Brésil

4 Sur la réalité de ce mensonge, je vous renvoie aux nombreuses polémiques présentes sur internet.

5 Jacques Bénesteau http://www.psychiatrie-und-ethik.de/infc/fr/bettelheim.html

Bruno Bettelheim ou la fabrication d’un mythe, une biographie, Richard POLLAK, Paris, Les empêcheurs de penser en rond, 2003.

6 Bruno Bettelheim, le poids d’une vie (page 144-145), Nina Robert , Laffont, 1991

7 http://www.nybooks.com/articles/archives/2003/feb/27/the-strange-case-of-dr-b/?pagination=false

8 Le monde d'hier , Souvenirs d'un Européen, Stephan Zweig, 1944

9 Pages 35-36

10 De chair et d'âme, Boris Cyrulnik Editions Odile Jacob, 2006

11http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2012/09/17/le-massacre-evitable-de-sabra-et-chatila_1761171_3218.html

12http://www.ism-france.org/communiques/Sondage-BBC-L-image-d-Israel-toujours-majoritairement-negative-dans-le-monde-article-16989

13 Collection Idées/Gallimard 1954

14 Bettelheim, une vie, Éditions Stock, 1995

15 La crise de la culture, Hannah Arendt, Folio Essais Editions Galimard 1972

16 Philippe Breton est chercheur au CNRS en sciences de la communication. Article paru dans sciences humaines Mars/Avril 1997 intitulé : "l'argumentation : entre information et manipulation"

17 Bettelheim B., Surviving, and others essays, N.Y. : Knopf, 1979, p. 426

18 Page 31

19 Page 288

20 La Mise en scène de la vie quotidienne, Minuit, 1973

Bruno Bettelheim, imposteur ou rusé face à l'adversité?
Commenter cet article

search here 28/03/2014 09:40

It is really interesting to see the image of Bruno Bettelheim. Like you said he had changed a lot. The clarity in your post is simply spectacular and I can assume you are an expert on this field. Thanks a lot for sharing.

Antoine 02/04/2014 15:35

bonjour,
Les mains que Bettelheim présente au gardien sont un outil de travail, une chose. Cette matérialisation permet à la relation de s'établir sur des bases symétriques, égales, sans confrontation et sans stress. La neutralité de l'objet inhibe les défenses chez le gardien. Les connaissances actuelles en neuro-sciences font du cerveau primaire le siège des émotions de peur, l'organe de la préservation de la sécurité. Ensuite on peut extrapoler avec les bémols nécessaires: le cerveau primaire est libéré, ainsi le néocortex siège des associations, de la réflexion, de l'empathie consciente peut s'exprimer. La chosification calme l'animalité du cerveau primaire, le neocortex "humain" car réfléchi se met en marche et déchoséifie celui qu'il a en face de lui. L'expérience de Milgram montre que ceux qui refusent d'infliger la punition sont les personnes fortes d'une conception solide du respect de la personne. Dans cette configuration, l'homme est libre de refuser de faire souffrir en dominant ce vers quoi il est emmené par son environnement. A contrario la technique de torture du mouchoir mouillé sur le nez et la bouche en activant les réflexes de survie du cerveau primaire, provoque un panique qui échappe à tout contrôle même chez les plus convaincus. Tout est affaire de personne en rapport avec un milieu.

Lacroix 30/03/2014 13:38

Hi, thank you for your post. No rest for the brave.

AIMEDIEU 29/03/2014 02:21

"Vous dites qu'il s'est "déchosifié" dans l'esprit de l'autre" Je veux dire qu'en créant un lien d'humain à humain (de lobes frontaux à lobes frontaux - aires de l'empathie -) avec son geôlier il s'est extrait au yeux de celui-ci du statut de chose qui permettait au personnel des camps de ne plus voir dans ceux qu'ils gardaient des semblables éligibles à leur compassion. Condition même de l'exercice de toutes les barbaries par des individus ordinaires (le grand apport de Bettelheim fut, pour moi, de me faire réaliser cet invariant, ce qui, à défaut de me permettre de pardonner à un Dieu dont je n'ai nul besoin, m'a au moins permis de comprendre l'ordre sous-jacent à ce désordre du monde).
Par "clinicien" j'entendais thérapeute.

AIMEDIEU 12/02/2014 16:30

Jolie invitation à faire preuve d'intelligence. MERCI. Cela dit, pour y aller de mon grain de sel. A mes yeux, toute la contribution de Bettelheim à la culpabilisation des mères d'autistes ne ferait de lui qu'un de ces psychanareligionâtres*, certes au moins aussi nuisibles à la psychologie, que les astrologues à l'astronomie, mais pas plus blâmables que tous les autres pauvres infirmes de la pensée pour qui les croyances sont les indispensables béquilles avec lesquelles ils se trainent vers la lumière d'une vérité que leur vélocité neuronale ne leur permettra jamais d'approcher. Oui il ne me serait que ça sans "L'agresseur se défend surtout contre les dangers qui trouvent leur origine en lui-même". Car c'est à cette phrase, se rapportant à cette anecdote que je dois la compréhension (sans doute aidée par mon propre vécu d'expérience du même type en versions moins dramatiques) du comment de la Shoah et de toutes les autres expressions d'inhumanité de l'Homme. Cet animal qui, à l'instar de bien d'autres espèces, doit à ses lobes temporaux une propension à être bien plus protecteur que prédateur de ses congénères. Et à minima une éthologie fortement emprunte d'inhibition au MAL. Si forte que pour inhiber cette inhibition il se doit de déshumaniser l'autre, chosifier son semblable pour qu'il cesse de l'être. Mécanisme qui explique tous les paradoxes de ce qui constituent l'économie des échanges de cet animal ô combien social et ô combien prédateur, inclus de lui-même dès que la pression environnementale...

* Je ne prétends évidemment pas que la parole soit dénuée de toute vertu thérapeutique. Juste qu'elle n'a nul besoin de cet amphigourisme conceptuel (dont le peu de savoir utile est entièrement contenu dans le "Livre du ça" de Groddeck, autrement plus rigoureux que l'arriviste viennois).

Antoine 28/02/2014 15:40

Bonjour, sophistiquer à l'infini ? Bettelheim confie ses doutes sur la puissance de l'outil psychanalytique. Elle a une utilité étiologique, clinique et elle met en mouvement pour qui est capable de l'utiliser. Vous préférez l'outil de l'éthologie. Chacun son truc. Certains voient large, d'autre profond et d'autres large et profond mais c'est plus dur, utopique dirait Edgar Morin mais c'est la voie.
Se déchosifier ? Le rapport à l'objet dans la relation...L'objet fait partie du monde sensible, de la matérialité. Bettelheim montre ses mains comme des objets destinés à produire, des choses qui sont utiles. Il aurait pu monter son ciseau à bois à aiguiser, ou sa pioche à réparer. Il s'est chosifié, rendu lisible et cohérent dans sa démarche. Il s'est conformé à un modèle sociétal d'une technicité menée jusqu'à l' absurde de la solution finale du 20 janvier 1942. Vous dites qu'il s'est "déchosifié" dans l'esprit de l'autre, je pense exactement le contraire mais peut-être que je vous ai mal lu. J'ai pas encore tout creusé (lobes frontaux/soumission à l'autorité)
Non je ne travaille pas dans une clinique :)

AIMEDIEU 14/02/2014 03:58

Sorry. Parti avant relecture. Aussi merci de lire " a sans doute été aidé par la capacité " en lieu et place de " a sans doute été par la capacité "

AIMEDIEU 14/02/2014 03:55

Intéressant mais si on peut sophistiquer à l'infini les hypothèses quant aux mécanismes de rationalisation de l'un et de prise de risque de l'autre ça reste toujours... hypothétique. Raison pour laquelle je préfère me contenter des bases éthologiques, à commencer par leur composante biologique. D'autant que dans une situation où l'enjeu est vital on a pas à douter de leur intervention. So... m'est avis que ni l'un ni l'autre n'ont beaucoup gambergé. Bettlelheim a sans doute été par la capacité de distanciation qu'il devait à sa culture pour sentir plus que penser ce qu'il nous restitue, la nécessité de se "déchosifier" dans l'esprit de l'autre. Et cet autre s'est contenté de sauter sur l'occasion offerte et rendue possible par la matière à rationalisation pour se soulager un instant du double-bind permanent empathie (exigée par ses lobes frontaux / soumission à l'autorité. C'est que, sauf à être psychopathe (ou Phineas P. Gage) durdur d'être un salaud 24/24 ! :-)
Z'êtes clinicien ?

Antoine 13/02/2014 10:26

Merci pour votre commentaire. J'ai évolué dans l'analyse de ce passage de Bettelheim devant le dispensaire. Je pense que les mains de Bettelheim introduisent une dimension tryadique entre lui et le SS. Leurs regards se tournent vers les mains qui deviennent un troisième élément, un élément régulateur de la relation entre eux, une troisième instance qui renvoie à la place de l'objet médiateur de la communication interpersonnelle. Si le ss renvoie Bettelhein devant tout le monde il passe pour un âne aussi devant tout le monde. Ca le fait bien c... au départ mais il est bien obligé de s'en référer à ce que voient ses yeux. Puis cette obéissance à la rationnalité le soulage. Ce qu'il fait est logique, l'ambiguité tombe, il est inattaquable par qui que ce soit. Ca le soulage d'une tension et il devient logique jusqu'au bout en donnant un laisser passer. C'est en ça qu'il retrouve son humanité après laquelle il court parce qu'il en est privé.
L'explication du comportement du ss se tient plus dans un mécanisme corporel lié à la représentation de soi face au groupe de la file d'attente que dans des adéquations à des représentations inconscientes. Il est probable que la survie de Bettelheim est plutot due à son éducation et à la manière de se tenir en public inculqué par sa mère qu'à une réflexion guidée par la psychanalyse. Au moment ou il écrit il devient le héros de sa propre histoire, il réinterprète sa propre histoire dans le sens qui lui est utile au moment ou il écrit. Les spécialistes devineront dans ces propos l'influence de la sémiotique de Charles Peirce.

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