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Antoine Lacroix

Antoine Lacroix

Blog de réflexions sur les problèmes de société


Devoirs d'expression au travail

Publié par Antoine Lacroix sur 6 Avril 2016, 09:14am

Catégories : #travail

Après les actes terroristes de janvier 2015, le débat public a beaucoup porté sur le droit d'expression mais beaucoup moins sur le devoir d'expression qui trouva une forme active dans l'histoire récente, dans l'après guerre, avec le prolongement de l'engagement des intellectuels tels que Sartre, Camus, ou René Char dans la résistance qui eux-mêmes faisaient suite au célèbre J'accuse de Zola dans l'affaire Dreyfus, l'art se donnant pour mission d'éveiller les consciences.

Les atrocités extrêmes de la guerre ont rendu nécessaire l'élaboration de nouvelles règles d'encadrement des conflits comme le crime contre l'humanité . La quantité des morts a changé la nature de la guerre et la manière de l'encadrer. Ce changement était déjà en germe dans les millions de morts de la guerre de 14, des morts civils déguisés en soldats, la Nation, la mère-Patrie détruisant ses propres enfants. Les soldats ne sont plus les seuls à s'affronter. C'est toute une population qui rentre dans le combat tant les masses en action sont grandes, les moyens guerriers puissants et destructeurs, l'effort de guerre imposant. Ainsi la technique utilisée collectivement prend une place qu'elle n'avait pas auparavant et acquiert un nouveau sens. L'outil n'est plus nécessairement au service d'un homme en danger d'être dépassé par sa propre puissance.

A la suite des  procès de Nuremberg qui s'est tenu à partir du 20 novembre 1945, et du procès Eichmann en 1962, les intellectuels ont confronté les organisations à leur immoralité. Leurs membres ont été appelés à s'interroger plus encore sur le sens de leurs pratiques collectives. La taylorisation du crime de masse a changé l'image et la nature des organisations bureaucratiques suspectées par principe de criminalisation servie par des employés banalement serviles. 

La notion d'obéissance a été redéfinie, de même que les comportements attendus des employés, des militaires. La notion d'ordre immoral a surgi. Les résistants, De Gaulle, ont rendu la loi immorale, ont positivé l'insubordination, la désobéissance. Fonctionnaires, salariés se doivent de réfléchir à la moralité des ordres qu'il reçoivent. Par conséquence, il est apparu que l'attachement à la  loi n'était pas suffisant pour maintenir l'ordre social. L'important, en définitive, ce sont les valeurs communes dans un cadre donné, les moyens de les élaborer, de les partager.

  Les lieux de travail ne devraient  pas échapper à un devoir de réflexivité, à un travail de mise en commun et de partage des valeurs surtout quand nous nous occupons de nos semblables comme  dans les métiers de la santé, de l'éducation ou du social. A dire vrai cette prise de conscience ne date pas d'hier et est largement entamée avec plus ou moins d'énergie selon les secteurs d'activité dans la société. Le secteur privé, toujours suspect dans l'espace public qui est le nôtre, d'enrichissement indû des méchants capitalistes sur le dos des salariés est largement dans le collimateur de la puissance publique qui en oublie de balayer devant sa porte, le bien de tous par son administration bureaucratique demeurant le promoteur de l'injustice du salarié face à son employeur.

Les métiers de contact avec un public difficile sont psychiquement épuisants : agent d'accueil à Pole Emploi, professeur en ZEP... autant d'activités professionnelles visant à remplir une mission de service public, gérées par des organisations imposantes dans lesquelles l'individu ne compte plus. Ce poids de l'organisation, le repli sur soi dans son mal-être au travail amène l'individu  à s'oublier comme être de responsabilité, alors qu'il garde toujours un espace de liberté, des marges de manoeuvre dans ses capacités d'échange et de  parole. Dans les métiers du social, on a bien compris que le mal-être au travail se déversait sur le public que l'on est censé aider. L'analyse de pratique est de rigueur dans ses organisations et est inscrite dans les textes, la déontologie. L'organisation du travail a pris en compte ce rapport d'aliénation du groupe à l'individu et  son effet de contamination des personnels sur le public.

Chez les travailleurs sociaux, les lieux, les moments de réflexion collective sont prévus, organisés. Le travailleur social est ainsi appelé dans un souci de respect d'une éthique professionnelle à obéir à son devoir d'expression .Cette contrainte l'oblige à développer son assertivité, à savoir s'exprimer à l'oral et à l'écrit, à rédiger des synthèses, à savoir communiquer, à favoriser l'expression collective. L'individu est ainsi conduit à s'engager dans une pratique professionnelle conforme à ses valeurs. Cette conformité donne du sens à son travail. Il en retire une satisfaction éthique, un sentiment d'utilité pour soi qui se transforme en utilité pour l'autre.

L'organisation du travail est une petite démocratie dans laquelle l'individu est appelé, là-aussi, à devenir citoyen en associant responsabilité et savoir communicationnel. L'organisation est responsable de la création des espaces de pensée mais les personnels ne devraient pas tomber dans le piège de la démission de  leur responsablité à  échanger au prétexte que l'organisation est imparfaite.

 

 

 

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