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Antoine Lacroix

Antoine Lacroix

Blog de réflexions sur les problèmes de société


Le contribuable français face au nucléaire

Publié par Antoine Lacroix sur 17 Septembre 2015, 07:30am

Catégories : #nucléaire, #dette, #EDF, #arme

Nous sommes encore dans l'après Fukushima. D'un point de vue purement financier, nous, contribuables français, avons tout intérêt à ce que les réacteurs commerciaux japonais à l'arrêt à 98 % soient remis en service.

Le marché international du nucléaire s'est asséché causant une grosse perte d'exploitation pour Areva en 2014 et une réorientation capitalistique et industrielle. Grosso modo, ces dernières années Areva fait 8-9 milliards d'euros de chiffre d'affaire et en 2014 sa perte s'élève à 4 milliards. Dans le privé, une entreprise qui perd autant d'argent n'est pas financée bien longtemps. Mais Areva, c'est l'Etat à 87 %, c'est nous. Cette société peut donc perdre beaucoup d'argent, les prêteurs trouveront toujours quelqu'un pour rembourser.

Le but de l'opération est qu'EDF reprenne la partie malade d'Areva et que l'Etat recapitalise l'entreprise, le citoyen français comme consommateur d'électricité et comme contribuable va devoir payer sans qu'il n'ait la possibilité de dire quoi que ce soit. Que va-t-il payer ?

Personne n'est capable de le dire. Le problème est qu'avec le nucléaire, l’État, et, pire, les ingénieurs nous demandent de signer un chèque en blanc pour nous ponctionner une somme dont ils ne connaissent pas encore le montant tout simplement parce que dans le nucléaire beaucoup de choses nous échappent.

1 le nucléaire  : un process industriel mal maitrisé.

Les chiffres parlent d'eux mêmes :

Finlande : budget doublé, neuf ans de retard pour l'EPR

Flamanville : on passe de 3 à 8 milliards d'euros, retard prévu de 6 ans.

Démantèlement de la centrale de Brennilis : budget prévu de 20 millions d'euros. En 2005 la cour des comptes estime à 482 millions la facture finale. Le démantèlement a commencé en 1985 et il est prévu qu'il se termine en 2025. Assurément ses deux chiffres ne seront pas tenus. Décontaminer un réacteur nucléaire est un travail harrassant puisque la plus petite poussière est contaminée, la moindre vis, le moindre boulon. Cette centrale de 70 mégawatts a été endommagée par un groupe terroriste en 1975. Elle mettra une cinquantaine d'années à être démantelée pour un "retour à l'herbe", la plupart de ses déchets seront stockés et contaminants pendant des centaines d'années. On ne sait pas encore où stocker les déchets graphites des premiers réacteurs à uranium naturel. Il y en a 9 de ce type construits entre 1950 et 1960 et arrêtés en 1969.

On m'objectera : oui mais il a y eu Fukushima et ce n'est pas de notre faute si les autorités font faire des travaux supplémentaires. Et alors ? On m'explique que le nucléaire ne supporte pas l'aléa. Et si un EPR est assailli par un commando suicide qui le fait exploser ? Le terrorisme est la hantise des pelotons spécialisés de gendarmerie qui s'entrainent régulièrement pour le contrer.

Ces EPR sont prévus pour fonctionner de longues années mais ils  sont dépassés avant d'être construits parce qu'ils sont obsolètes dans leur principe depuis que le monopole de la production d'électrique en France a été supprimé. EDF freine des quatre fers pour libéraliser le marché parce qu'elle ne pourra plus financer l'entretien de ses centrales vieillissantes et surtout leur démantèlement. Il suffit que quelqu'un sorte un système domestique de production d'énergie autonome et performant, que l'Europe s'en mèle pour imposer plus d'ouverture à la concurrence pour que le modèle économique d'EDF prenne l'eau. Nous devrons payer les démantèlements par l'impôt et non plus par la facture EDF. Electoralement, cela n'a pas le même impact.

2 Le nucléaire est une technologie mal pensée.

Globalement, notre faible taux de criminlaité en France repose sur un principe : pas d'arme chez soi. L'insécurité aux Etats-Unis repose sur un principe : le droit constitutionnel de détenir une arme. Cette sagesse qui fait de l'Europe un territoire réputé pour sa tranquillité aurait dû nous conduire à ne pas adopter le nucléaire.

Le nucléaire civil est l'extension du nucléaire militaire, de notre besoin de défense reposant sur la dissuasion. Ceux qui refusent le nucléaire ne sont pas loin d'être considérés comme des déserteurs, des objecteurs de conscience.

En tant qu'arme, le nucléaire civil comme le militaire a vocation à tuer.  Le nucléaire ne tue pas nous disent les spécialistes. A Tchernobyl et Fukushima, les spécialistes jouent sur l'ambiguité que crée l'irradiation sur les causes de la mort car elle n'est pas immédiate et le lien de causalité se dilue avec le temps. Les spécialistes du nucléaire sont très habiles pour entrainer les débateurs dans un discours où le faible nombre de morts sert à justifier le nucléaire alors qu'aucune mort n'est justifiable. Cette manière de penser est archaïque, relève d'un autre âge et du fait du prince, du domaine militaire qui n'a rien à faire dans une société civile aspirant à vivre en paix. Le nucléaire civil relèvant d'une idéologie militaire n'est pas compatible avec la conception moderne de la démocratie à laquelle aspirent nos concitoyens.

Le nucléaire ne tue pas tant qu'il reste sous contrôle.  Le principe d'une arme est de s'opposer à un bouclier. Les boucliers contre l'atome ont été conçus en supposant qu'ils restent toujours neufs,  qu'ils ne sont pas censés rouiller, se dégrader, ils sont supposés être toujours bien entretenus avec l'argent que l'on verse à cet effet. Quid de l'entretien des centrales avec notre niveau de dette souveraine ? N'est-il pas tentant d'optimiser les dépenses ? L'optimisation des dépenses conduit à ne plus prendre de précautions uniquement parce qu'aucune catastrophe n'est arrivée. Tant qu'il n'y a pas de problème on optimise.

L'homme peut avoir de bonnes idées sur le papier mais se révèle parfois incapable de les exploiter sur le long terme.

Le programme navette spatiale de la Nasa a été arrêté non pas fondamentalement pour des raisons techniques mais à cause d'un endormissement progressif de l'esprit sécuritaire et à cause d'une optimisation de type capitalistique des  dotations financières par l'Etat. Les experts de la Nasa ont été  incapables humainement de gérer un projet aussi complexe sur le long terme. Avec la navette spatiale et la mort des astronautes politiquement insupportable, l'intelligence organisationnelle de l'homme a trouvé ses limites. La mort est le révélateur ultime de l'absurdité d'une activité humaine. La mort clos le débat puisqu'il n'y a plus personne pour débattre. Les experts du nucléaire n'attendent qu'un seul évènement pour qu'on puisse leur montrer qu'ils avaient tort : tuer. Et en nombre suffisant pour que l'absurdité soit évidente. Cette manière de réfléchir est celle de soldats, seuls autorisés à tuer des civils, ce que l'on appelle  pudiquement  en zone de guerre, des  dommages collatéraux.

La première centrale nucléaire a été mise en service dans les années cinquante, décennie où l'on compte deux députés prêtres, l'abbé Pierre de 1945 à 1951 et le chanoine Kir de 1953 à 1967.   C'est dire si notre société a évolué en cinquante ans. Quand le nucléaire a été lancé, la France était bien différente de celle de maintenant. Les verts n'étaient pas au gouvernement, ils manifestaient et  ils posaient des bombes. A cette époque, les décisions techniques sont prises d'en haut entre experts et responsables politiques. Le nucléaire s'est développé dans un pays et à une époque où les français se faisaient un devoir d'augmenter la productivité, de renconstruire le pays,  afin de lui permettre d'affirmer sa présence sur la scène internationale, sa puissance militaire et économique.

La puissance toxique du nucléaire notamment du plutonium est telle qu'elle conduit à minimiser les risques et à justifier son emploi par un rapport avantage/inconvénient favorable. Pour comparer avec l'automobile, c'est comme si le ministre des transports annoncait que 3000 morts par an sur les routes est un chiffre acceptable et que l'on s'en tient là concernant la lutte contre la violence routière. Il se ferait jeter du gouvernement illico. On voit bien la différence de discours entre la question du nucléaire et d'autres sujets plus sensibles dans l'opinion publique. Dans un cas le discours est édulcoré, dans le second il est réaliste. Dans un cas on cache les choses, dans l'autre on les dévoile. Le nucléaire est collectivement mal pensé parce qu'il est invisible, confiné matériellement, idéologiquement, politiquement. Nous considérons le nucléaire comme un mal nécessaire, la seule solution pérenne de maintenir notre niveau d'approvisionnement en énergie et notre confort.

3 Le nucléaire est une technologie issue d'une idéologie de l'emprise.

Adopter le nucléaire est un devoir du citoyen-soldat comme préconisé par un général mythifié comme le sauveur de la France. A ce titre, l'idéologie guerrière sous-jacente au nucléaire s'accompagne des techniques de désinformation, de propagande, de manipulation des populations. Le tout chauffage électrique préconisé par des commerciaux propagandistes n'est plus d'actualité, la tendance est à la maison BBC, aux économies d'énergies. On ne voit plus ces  pubs pour Areva sur les chaines de télé sur la musique de Funky town.  La confiance dans le discours officiel a été perdu parce que, là comme ailleurs, les citoyens-consommateurs se découvrent bernés et reprennent leurs droits en choisissant les poëles aux granulés.

On pense que le nucléaire est la solution la plus adéquate pour satisfaire nos besoins. On ne s'est penché que tardivement sur la remise en cause des besoins. On ne peut pas réduire nos besoins parce que nos économistes font reposer la stabilité de notre système social par répartition sur l'emploi qui dépend de la croissance.

Les français veulent bien du nucléaire mais pour les autres, pas chez eux. Le nucléaire est une patate chaude que chacun se refile. Cependant, ce qui n'est pas bon pour nous, n'est pas non plus bon pour les autres. Le nucléaire entraine des attitudes égoïstes au sein de la population, entame la cohésion nationale. Le nucléaire est une activité amorale, caractéristique partagée avec les organisations criminelles. Tchernobyl a été une catastrophe du fait de l'homme contre ses semblables,  une éradication de toute la population d'un territoire qui a entrainé le gouvernement français à tromper sa population sur les risques encourus du fait des retombées radioactives. L'amoralité du nucléaire soviétique a contaminé les responsables politiques français.

4 Le nucléaire est une technique dépassée car ses moyens de production sont concentrés.

Le nucléaire a concentré le pouvoir dans les mains des gardiens de l'atome, EDF, qui a longtemps profité du monopole de la production d'électricité en France. Internet qui est un projet militaire à l'origine a changé la manière de voir à ce sujet. L'interconnection a été pensée comme le moyen le plus efficace de créer un réseau solide, indestructible. La dispersion des moyens de production n'est plus synonyme de fragilité. La dispersion nécessite l'ouverture du droit de produire et la perte d'avantages financiers associés à la production. On observe le même phénomène d'oubli du bien commun au profit d'intérêts corporatistes, à la SNCF, à Air France,  dans les professions réglementées.

5 La déconcentration des moyens d'action publics pose des problèmes de gouvernance démocratique.

Ces bouchons corporatistes ont du mal à sauter, l'effet Charlie hebdo a permis une certaine accoutumance au 49.3, symbole du déni de démocratie latent dans la constitution de 1958. A l'égoisme des corporations répond la force politique. Les attentats de Charlie Hebdo ont validé le dirigisme politique comme moyen de réforme. Les décisions à prendre en Septembre à propos du nucléaire participent de cette logique (voir ici ), les administrés n'ont qu'à se taire. Le ministre prendra sa décision.

La démocratisation du marché de l'énergie n'est pas bloquée par des questions techniques mais par la préservation des avantages acquis, renforcée par la solution du tout nucléaire en France aux investissement lourds, à la technologie complexe et dangereuse, historiquement liée à  notre système de défense. Dans cette problématique du nucléaire, enjeu de sécurité nationale, l'exécutif dans l'exercice de ses missions régaliennes a toujours été hors la Loi. Dans le nucléaire, le contribuable paye parce que le citoyen est manipulé.

 

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