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Antoine Lacroix

Antoine Lacroix

Blog de réflexions sur les problèmes de société


Théophraste de Xénos

Publié par Antoine Lacroix sur 27 Juillet 2015, 09:52am

Catégories : #Théophraste de Xénos

Je voudrais vous conter ici, les rencontres  que j'ai faites lors d'un récent  voyage. Pythias, l'épouse du Stagirite de Chalcis  m'avait fait prévenir qu'il était au plus mal alors je décidai de lui rendre une dernière visite. Il avait été mon maitre et je lui devais cet hommage.

En cours de route, arrivé au bord d'un torrent infranchissable, je restai devant cet obstacle. Que faisait-il là à me retarder ?

En cherchant un passage je rencontrai un très vieil homme. Il sortait d'une grotte pour venir à ma rencontre. Il me prit par le bras, me montra les eaux bouillonnantes et dit :

"Tu me sembles contrarié. Pourquoi t'attaches tu aux choses ? Vois ce flot tulmutueux, demain matin, dans une heure, dans quelques instants, il ne sera plus le même. Une multitude de gouttes d'eau seront passées".

Ne sachant que faire de ces vaines paroles, je lui demandai : « Qui es-tu vieil homme ? »

Il me répondit en me dévisageant: " Mon nom importe peu mais sache que je me tiens pour disciple d'Héraclite d' Ephèse et que je pourrais être deux fois ton père » A dire vrai il était loin du compte mais je le regardai sans rien dire. Je ne connaissais rien de cet obscur Héraclite dont il se réclamait.

Me montrant un point au lointain :

« Vois, là-bas le torrent prend ses aises et tu pourras passer. Ecoute encore ceci avant de partir :  ce qui importe en toute fin, ce n'est pas de connaitre la justesse du savoir mais en quoi celui-ci peut être injuste"

Décidément cet homme était bien singulier. Il me quitta et je continuai ma route.

Chemin faisant je rencontre deux hommes qui s'empoignent dans la fureur. Je m'approche :

"Holà! En quoi puis-je vous être utile ? "

Les hommes, surpris de me voir, cessent leur chamaillerie, "Ah!" fait l'un, un bâton encore à la main, "cet idiot m'affirme que la terre est plate mais il ne connait pas les travaux de mon maitre Ptolémée qui me disent le contraire".

Connaissant moi aussi la cosmogonie de Ptolémée , je m'apprêtai à morigéner cet ignorant qui nous tenait tête mais je pensai aux propos du vieil homme et dis "En quoi notre savoir à tous peut-il être injuste. Es-tu bien sûr de ne douter de rien ?

L'élève de Ptolémée, déjà bien avancé dans l'entendement, réfléchit, se frotte le menton : "Se pourrait-il que mon maitre se trompe et nous enseigne de mauvaises choses" ?

Alors l'ignorant de nous dire : "Les dieux nous l'ont enseigné, et qui s'oppose aux dieux, mérite la mort ».

Je le questionnai : "Sais-tu que mes dieux et les tiens se contredisent. Je serais ton frère, nous aurions eu même père et mère,  en quels dieux pourrais-je bien croire et tuerais-tu encore ton frère ? » Ce faisant, pour forcer son esprit, j'avançai mon cheval vers lui.

"Éloigne toi de moi, mes dieux sont plus sages que les tiens"répond-il.

Poussant encore mon cheval : "Tes dieux veulent-ils ta mort ? "

"Si les dieux me le demandent, il me faudra mourir"

Alors me rappelant les paroles  du vieil homme, je lui dis " Nos dieux meurent avec nous et nos semblables comme le firent ceux des Sumériens, des Assyriens, des Babylonniens et d'une multitude d'autres peuples. Réponds moi maintenant ! En quels dieux croirais-tu si tu étais mon frère ?"

"Je n'en sais plus rien" répondit-il.

Je le poussai encore :

"N'as tu pas un début de réponse ?"

"Comment veux-tu que je réfléchisse ?" Il se tut quelques secondes, le temps pour moi de laisser filer le licol sur l'encolure de ma monture  "Si tu étais mon frère, je croirais comme toi, il me semble. Voyageur, je crois que les dieux ne meurent jamais, ils sont devant nous et changent d'apparence, de nom au fil des siècles. Nous marchons derrière eux,  comme dans leur poussière, enveloppés de leur sagesse. 

Je lui répondis : « Crois moi, j'ai vidé le ciel depuis bien longtemps et je ne m'en porte pas plus mal »

« Depuis quand le ciel est-il vide alors que l'augure parle aux morts comme je te parle. D'ou tient elle cette force qui la fait se lever au dessus du sol et parler des langues inconnues d'elle sinon des dieux ?»

« Pauvre fou, ton esprit s'égare » lui dis-je.

«N'as tu jamais appelé le ciel à ton secours alors qu'un grand danger se présentait à toi ? A l'approche de la mort la vérité fait jour».

Il est vrai que j'avais maintes fois manqué de trépasser sous le péril : « Tu as raison cela m'est arrivé plus d'une fois. J'en ai toujours réchappé mais les dieux n'y sont pour rien »

« Impie, arrête toi un instant et prie, tu lèveras alors les yeux et tu verras un monde peuplé de créatures que tu n'as jamais pris le temps de regarder. Tu seras enlevé à ta raison et tu auras enfin accès à la vraie connaissance. »

« Je serais bien curieux de voir cela. Tu me parles de connaissance et tu ne vois même pas la lune qui nous éclaire. Tu m'intéresses néanmoins. La nuit avance et il me faut trouver un refuge à présent. »

L'obscurité se faisait pressante, je quittai la chaleur de ma monture en posant pied à terre.

« Qui es tu ? » me demanda l'homme qui était resté silencieux .

« Je m'appelle Théophraste, je viens de Xénos et toi ?»

« Je suis de la maison des Attites, je m'appelle Fadérias »

« Je vois un baton dans tes mains, nous trouverais-tu du bois pour nous faire un bon feu ? J'ai encore quelques galettes que je veux bien partager, et toi tu nous dis ton nom ?».

« Non, je le garde pour moi, vous êtes des impies, je n'ai rien à faire avec vous »

« L'impie t'offre une galette, et tu dois me montrer la connaissance dont tu m'as parlé » Je n'avais que faire de ses idées mais j' étais curieux du stratagème ou de la drogue capable d'enflammer son discours de la sorte.

Le feu nous réchauffait le visage, les pieds et les mains, laissant le dos dans l'ombre et dans la fraicheur de la nuit. Chacun y allait de son discours et de ses arguments. Il était tard et nous étions fatigués, repus de paroles. Nous avions fait un bout de chemin. Nous avions échangé, appris les uns des autres, et rendu justice à nos maîtres.

Au lever, il était temps de partir et de finir mon voyage lorsque l'élève de Ptolémée courant derrière moi me demande : "Emmène moi avec toi".

"Viens" lui dis-je mais encombré par son bâton, il tomba sur le chemin et je partis sans lui.

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