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Antoine Lacroix

Antoine Lacroix

Blog de réflexions sur les problèmes de société


Crise des producteurs

Publié par Antoine Lacroix sur 22 Juillet 2015, 12:26pm

On dit souvent que les producteurs de lait français, les éleveurs produisent trop cher par rapport aux allemands, qu'ils subissent des distorsions de concurrence en raison du modèle social français plus protecteur que ceux d'Europe du Nord ou d'Angleterre.

C'était aussi mon idée jusqu'à ce que j'approfondisse la question. 

Le site du député européen et breton Jean Luc Bleunven permet avoir accès à un document, une note de synthèse sur la filière viande de l'ambassade d'Allemagne, qui tout en faisant amende honorable sur les manquements allemands, relativise l'impact des distorsions de concurrence comme cause des difficultés des éleveurs de viande en France. Globalement, les plaintes des belges et des français contre un dumping salarial dans la production carnée  en Allemagne ont permis de mettre en place des augmentations salariales progressives et mettent à jour l'absence de conventions collectives pour les personnels des abattoirs. L'auteur relativise l'impact du cout de l'abattage qui reste marginal par rapport au cout global du produit. Le constat porte essentiellement sur le fait que la production allemande de cochonaille a augmenté de 27 % quand celle de  la France  n'augmentait que de 0,7 %. Cela est dû à l'industrialisation de l'élevage de porcs qui choque une partie de plus en plus grande des allemands nombreux à devenir végétariens. (J'étais à Tübingen la semaine dernière et j'ai déjeuné dans un kébab sans viande.  Il y avait du monde devant la porte. Tübingen est une ville étudiante pour un tiers de sa population, 25000 sur 75000 personnes).

 La question  des distorsions de concurrence ne doit pas être éludée. Il existe des différences de réglementations concernant le bien-être animal comme le dit Bruno Le Maire et bien d'autres mais aussi concernant la  protection de santé publique ou le droit du travail. Et elles existent aussi bien entre la France et l'Allemagne qu'entre la France et l'Espagne ou les Pays-bas où le travail au noir dans le domaine agricole est d'un niveau comparable à celui de la Grèce. Des pesticides sont interdits en France alors qu'ils sont autorisés en Espagne.

Les Français globalement font attention à ce qu'ils mangent. Ils ont créé la meilleure cuisine du monde.  La France est la première destination touristique. Les paysans sont dans la rue mais pas les hôteliers ni les restaurateurs, ni les sociétés d'autoroute sur lesquelles circulent des millions de touristes. Quand les uns pleurent, les autres rient.

Le succès dans l'élevage des allemands vient du fait qu'ils sont moins respectueux que les Français du bien-être des animaux. L'auteur de l'étude utilise les mots de concentration des moyens de production, d'utilisation des techniques les plus avancées, les écolos parlent eux d'usine à viande.  Moi j'appelle ça  la Panzer Attitude que l'on retrouve dans l'entreprise également. 

Pour être honnête, l'étude avance aussi comme explication à la réussite allemande, des performances commerciales meilleures en Allemagne qu'en France. Moi je vois dans leurs succès commerciaux une meilleure manière de vendre leur produits à des gens qui se retrouvent dans leur complexe de supériorité. Les succès allemands ne sont  pas forcément dû à de bonnes raisons et j'ai quelque fois l'impression qu'ils n'ont pas compris la leçon de janvier 1945 quand l'Allemagne est rentrée en agonie selon le mot de l'ordonnance du général Manstein, Alexander Stahlberg (Die verdammte Pflicht, Erinnerungen 1932 bis 1945, Ullstein, 1994) Le troisième couplet de l'hymne national allemand répond à la devise française par Union, Droit, Liberté pour la Patrie allemande. La force  de l'esprit allemand célébré par Fichte en 1807 dans son Discours pour la Nation Allemande est le ciment d'une nation née tardivement, maladivement jalouse de ses  frontières longtemps contestées, une nation forte, consciente de sa responsabilité, compétitive économiquement mais aussi rigide et peu portée sur la discussion et les compromis avec les non-allemands.

En ce qui concerne le lait, il apparaît que les producteurs de lait allemands produisent aussi à perte et c'est aussi le cas des belges et des hollandais. C'est tout du moins l'avis de l'EMB (European Milk Board) une organisation européenne de producteurs de lait, et de son président Romuald Schaber. 

La cause du problème : la surproduction liée à la politique agricole commune 

Le soutien de l'Europe à la production agricole a collectivisé les centres de décision et déresponsabilisé les producteurs. La politique agricole commune est devenue une ressource à envisager dans le calcul de rentabilité des activités. Elle a d'abord  renforcé la production puis l'a fragilisée. 

Quand l'Europe ne paye plus,  l'Etat la remplace parce que le cout social de l'abandon des agriculteurs et éleveurs serait trop important. Plutot que de payer des producteurs à produire à perte, payons pour faire remonter le prix du lait en subventionnant la baisse de production voire la suppression d'exploitations dont la survie est financée par les banques qui prètent et qui reprètent en se disant  que l'Etat paiera de toute manière.

La politique agricole commune au sortir de la guerre a permis de parvenir rapidement à l'autonomie alimentaire en Europe mais elle a trop bien marché et nous sommes passés de la sous-production à la surproduction.

Quand le soutien européen n'a plus suffi , les producteurs ont mis du temps à comprendre qu'il devaient compter uniquement sur eux-mêmes et qu'il revenait à la profession de mettre en place des principes de régulation du marché. 

Propositions du milk board pour accentuer la régulation :

En cas de baisse du prix du lait de 7,5 % : nourrir les animaux au lait, stocker le lait

En cas de baisse de 15 % : primes à la baisse de production, suspensions de livraison, taxe à la surproduction.

Pour une baisse de 25 % : baisse  des livraisons, obligatoire pour tous, de 2 à 3 % sur une période définie, 6 mois par exemple.

Un épicier ne peut pas demander une subvention à l'Europe ou à l'Etat pour cause de perte commerciale, un agriculteur le peut, est-ce injuste ? Oui en théorie et non en pratique, les causes sont simples à comprendre.

De tous temps, le pouvoir politique s'est mélé des affaires de productions alimentaires ce qui est un moyen de se prémunir du ventre vide qui mène le roi sur la guillotine. Aux origines, mésopotaniennes, le besoin de se nourrir a engendré l'Etat, l'autorité, la hiérarchie, les impots, l'écriture pour compter les sacs et les taxes.

C'est pour cela que les ministres, Le Foll et compagnie sont aux ordres de simples conducteurs de tracteurs. Les uns produisent ce que les autres mangent. 

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