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Antoine Lacroix

Antoine Lacroix

Blog de réflexions sur les problèmes de société


Syrie : entre chaos et dictature

Publié par Antoine Lacroix sur 7 Avril 2015, 10:16am

Catégories : #syrie, #chaos, #dictature

Salim a 17 ans, il est triste. Son meilleur ami Icham est parti combattre en Syrie. Sa mère me dit que dans le coin, cinq jeunes sont partis en Syrie dont une jeune fille. Pourquoi Icham est-il parti ? Son pays n'était pas le meilleur pays pour bien y vivre, pour vivre la foi et les valeurs enseignées par sa mère et son père et pour trouver un travail. Les parents d'Icham et de Salim n'ont aucune intention de rester sur le territoire français à la retraite car leur sentiment est que la République leur a menti toute leur vie avec la complicité de leur pays natal que naguère la France colonisa. Pour eux, la France s'affiche comme un paradis où règnent Liberté-Egalité-Fraternité mais ne tient pas ses promesses.   Dans ces conditions, Partir en Syrie pour créer un pays authentiquement musulman, cela peut se comprendre même si c'est un leurre. 

Comment essayer de comprendre quelque chose dans le conflit en Syrie ? Tout est fait pour qu'on y perde son latin. La situation en Syrie qui s'éternise, fait émerger une idée difficile à admettre pour nous autres occidentaux : la dictature peut être plus juste que le chaos. Assad redevient fréquentable pour les  parlementaires Myard, Bapt, Vial et Zocchetto. Et avec Assad, on compte maintenant sur les ayatollahs iraniens en échange du nucléaire, provoquant l'hire d'Israël au passage, pour prendre leur part dans l'anéantissement de la vermine qui a poussé sur les cadavres. La colère d'Israel parait bien inutile parce que l'accord semble ne reposer sur rien de concret.

 

Les cartes sont brouillées

La propagande accompagne la guerre

La situation est illisible parce que la région est globalement agitée et morcelée. Elle y est d'autant plus illisible que des combats s'y déroulent apportant la propagande de guerre, la manipulation des opinions, la désinformation des populations. Cette  vidéo montre un largage d'armes entre la Libye et l'Egypte dans des proportions tellement énormes qu'elles laissent douter de la réalité du largage. 

La situation a toujours été compliquée dans cette région du monde

La situation n'est pas nouvelle. Elle est le fruit d'une histoire. Elle est illisible parce que ses fondements remontent loin dans l'histoire. Le temps n'efface pas les blessures. Elle ne font plus mal mais elles sont toujours là. Leur souvenir fait remonter à la mémoire l'existence de vieilles haines et ravive la douleur. Les désaccords du moyen-âge n'ont pas été soldés entre chiites et sunnites. La culture musulmane fondée sur un Coran l'interprète littéralement en faveur de la violence. Les solutions trouvées après la seconde guerre mondiale en faveur d'Israel ont pris appui sur une conception raciste de l'arabe et forcé les Palestiniens à l'exil. Toujours dans l'après guerre les accords passés par les Etats-Unis avec l'Arabie Saoudite, la Turquie où poussant leur avantage les Etats-Unis s'assuraient une zone d'influence toujours plus large, etc...La liste des causes lointaines et proches de la situation pourrait être longue. 

Une région  entre des mains puissantes.

En 1943, sur le territoire syrien qui comprend la Jordanie et le Liban à l'époqueen pleine seconde guerre mondiale, pétainistes et gaulistes s'entretuent sous l'oeil des anglais. Ils soutiendront les indépendantistes contre les français présents dans la région depuis la chute de l'empire ottoman en 1923.

La liste des influences et dominations subies par la Syrie est conséquente.  

L'ombre de l'Amérique s'étend sur toute cette région. Aux Etats-Unis, les présidents sont élus pour quatre ans, ils veulent tout et tout de suite, Leur politique est  messianique et amorale, pacificatrice et violente, opportuniste et à court-terme.

Les interactions entre cette région du monde coincée entre Asie, Europe et Afrique font qu'elle est ballotée selon ce qu'elle représente dans les politiques nationales des puissances de tutelle.

La région est aussi soumise à l'influence soviétique qui trouva dans le matérialisme dialectique la justification idéologique à une nature slave rude.

La Russie de Poutine ressemble à  l'Union soviétique. Les tueurs de Nemtsov sont aussi chargés de l'enquête sur son assassinat qui forcément n'ira pas loin. La Russie de Poutine est gangrénée par la culture de la violence. Selon cet article 70 % des 1000 plus hauts dirigeants de la Russie actuelle sont passés par le KGB.

La France vient de vendre 24 Rafales au Quatar. A cette occasion, Hollande déclare ne pas vouloir de Bachar El Assad pour mener la transition démocratique en Syrie. Cela prouve bien que d'une part nous la France par la voix de son président sommes toujours en terrain conquis dans cette région du monde et que d'autre part les arabes sont dépendants de l'occident pour leur sécurité. Ainsi, l'occident leur interdit l'accès au nucléaire.

L'attrait pour la violence, l'absence du visage

D'ou vient la violence des peuples ? La question est tellement vaste qu'elle entrainera des débats san fin. Je me laisse guider par Emmanuel Lévinas pour tenter une idée. Peut-être vient-elle de l'immensité de l'espace disponible pour vivre avec pour conséquence la faiblesse de l'Etat, la faiblesse de l'éducation, la faiblesse de la socialisation et des échanges. La contrainte sociale n'étant pas  assez forte, l'individu reste soumis à ses pulsions. 

L'image du cowboy est associée à la ville déserte balayée par les vents dans un paysage lunaire et poussiéreux. Il doit se défendre contre la nature et ses congénères. La culture civilisatrice n'est pas son fort. Le cowboy est comparable au loup solitaire insaisissable, au sniper muni du calibre 50 comme Musa (voir photo)de la bataille de Kobané. 

Les navigateurs des mers du Sud savent qu'une carabine est la bienvenue à bord pour protéger leurs arrières. L'immensité de l'océan est propice au piratage maritime. Pas vu, pas pris.

 Dans l'immensité, dans la solitude, l'individu échappe au regard de l'autre qui devrait venir interroger sa responsabilté.

Syrie : entre chaos et dictature
Syrie : entre chaos et dictature

L'interprétation du passé est soumise à l'idéologie

L'étude des faits historiques permet de connaître le passé, or l'instabilité politique crée un passé fruit de plusieurs lectures superposées. Dans les pays où règne la domination dictatoriale ou coloniale, la production historique est soumise au projet politique. Dans ces conditions la modernisation de la méthode historiographique n'est pas justifiée parce que dire le vrai n'est pas le but de l'histoire. On pourrait s'en tenir à parler du passé qui par définition ne bouge plus, est devenu certain. C'est sans compter sur l'interprétation du passé par le présent. Le passé est constamment revêtu des habits favorables au présent et au futur que l'on veut se construire. L'histoire en tant que discipline, n'en a pu être qu'affecté. La colonisation a rendu le Maghreb autiste sur son passé et a dégradé la pratique historique, dégradé les conditions de conservation des sources, des archives. Pendant la colonisation le travail historique s'est concentré à valoriser la grandeur et la générosité des coloniaux venus "arracher les indigènes" à leur triste sort. Comment se construire une identité sans un travail historique digne de ce nom. Ce document (Fouad Soufi chercheur en anthropologie à Oran) témoigne d'une histoire enseignée en Algérie, histoire produite par le pouvoir à destination des élèves et non histoire produit de la recherche universitaire au profit d'une société adulte et majeure.

Que ce soit en histoire ou dans les autres disciplines, le travail de la Raison est ralenti par rapport à l'occident.

Une rationalité en panne

Dieu est partout dans le monde musulman surtout depuis que le pétrole est y est exploité, les années 30 pour l'Arabie Saoudite. Cette différence de rationalité entre le monde occidental et le monde musulman remonterait au 9e siècle date à laquelle un courant contraire à la pensée grecque puis contraire à Avicenne et Averroes (1126-1198) l'emporta dans l'islam.

Averroès, Crédits : nndb.com

Averroès, Crédits : nndb.com

Quand le musulman dit In Shaa Allah (si Dieu le veut) il admet que Dieu étant parfait, il ne sert à rien pour l'homme de vouloir influer sur le cours des évènements. Cette conception de l'islam entraine fatalisme et soumission. L'homme n'a pas le choix, il est soumis à Dieu. En Occident la séparation entre théologie et philosophie commence au 13e siècle avec Saint Thomas d'Aquin. renouvellant la pensée de Saint Augustin qui affirmait que pour comprendre le monde il fallait avoir la foi. L''islam doit son retard à cette incompréhension du monde alors que la révolution copernicienne de 1543 s'accomplit par la transcription par les grecs des travaux des astronomes perses. Notre attachement à la raison trouve en partie son explication dans l'islam qui a été notre inspirateur quand les influences sont passées par les ports. Malheureusement, l'islam a tourné le dos à ses propres avancées par ses dissensions. L'islam est fâché avec la rationalité parce qu'il est fâché avec l'autorité, ce qui fait loi. Il lui manque un législateur. Dans l'Eglise un seul parle pour tous, le pape. L'islam n'a pas de pape et chacun y va de son interprétation.

L'affirmation des valeurs : cheval de Troie de la domination

Monde arabe et monde occidental sont opposés parce qu'ils sont semblables et concurrents. Chacun veut rendre l'autre conforme à son image. Ils sont gouvernés par une obéissance à un principe supérieur et universel dont découlent des valeurs, une autorité par lesquelles les individus sont dominés. C'est une conséquence du monothéisme qui crée la hiérarchie et à laquelle s'oppose, dans la chrétienté, la réforme protestante. Dans le monde où l'islam est majoritaire, la contestation protestante peut être comparée aux sunnites dont le clergé est limité par rapport aux chiites. Le monothéisme crée la différence entre les méchants et les gentils, ceux qui iront en enfer et ceux qui iront au paradis, ceux qui ont raison et ceux qui ont tort. Le monothéisme est influencé par la philosophie dualiste grecque dans laquelle le corps doit être vaincu par l'esprit, dans laquelle une entité s'oppose à une autre , idée qui déterminera la philosophie occidentale jusqu'à maintenant. Dans le monothéisme, l'autre est soit un infidèle soit un indigène qui se disputent la vérité sur Dieu. La croyance en Dieu apporte des certitudes sur la manière dont le monde existe et doit exister pour soi et pour les autres. Le croyant doit suivre les préceptes pour aller au Paradis et éviter la damnation éternelle. Pour ce faire le croyant organise son milieu afin qu'il lui permette de gagner le paradis, éviter les tentations pour lui et pour les autres parce que c'est comme ça, Dieu l'a dit.

La religion fait qu'il n'y a pas de discussion possible parce qu'il n'y a pas d'entente possible. Le religieux échappe à l'argumentation. En France, monde civil et monde religieux s'ignorent parce que le religieux conduit au déni de réalité.  Avec la religion les problèmes n'avancent pas, trainent en longueur. Les religieux finissent par être dépouillés de leur autorité sur le monde, exclus de la sphère publique, marginalisés, et finalement silencieux. Ils s'expriment dans la sphère publique quand le monde civil le leur demande. 

L'ennui est que le monde civil n'est pas exempt de religiosité, l'attachement à des principes qui entrainent radicalité, intolérance et égoïsme, immobilisme des idées et des comportements. La France est l'instrument de sa propre colonisation. On va toujours chercher les exemples des bonnes pratiques ailleurs que chez nous. On admire le modèle social suédois, le modèle éducatif finlandais ou coréen, le modèle économique allemand, le modèle danois pour la lutte contre le chômage. 

Le croyant est dominateur, par amour, grâce à une conception de l'éthique à laquelle il tient. Pour cela il s'attache aux valeurs comme la bonté, le respect, la justice. Il aspire à une vertu irréprochable, tellement irréprochable qu'elle en devient utopique. Il porte en lui une part d'imposture car il est imparfait comme tout le monde. Il ne peut être à la hauteur de la perfection qu'il affiche. On ne se demande pas pourquoi notre réflexion collective est bloquée à ce point et par qui.

Prenons l'exemple caricatural de Marcial Maciel, le fondateur de la très rigoriste communauté mexicaine des Légionnaires du Christ dont les règles de fonctionnement se rapprochaient de la mafia : gout du secret, obéissance, fidélité absolue à l'ordre, confession obligatoire au supérieur hiérarchique, distribution d'enveloppes et corruption des responsables du Vatican. Ce prêtre catholique, fondateur d'un ordre, pédophile, polygame, a abusé de ses propres enfants, il a été couvert par le Vatican, il a su manoeuvrer les papes qui éloignés du Mexique ne pouvait tout savoir. Il a trouvé dans la religion un appel à la sainteté, à l'utopie mais aussi des conditions propices à son désir de puissance. Tout cela a fini par être découvert et l'ordre qu'il a fondé se trouve dans de graves difficultés. Son oeuvre se révèle bien fragile. Pour être à la hauteur de ses rêves il a du mentir, déformer la réalité de sa personnalité défaillante. 

Ainsi va le monde arabo-musulman en s'inventant une idée de soi plus belle qu'elle ne l'est réellement. Il est fâché avec sa propre réalité et n'est pas maitre de son destin.

Malek Bennabi est un penseur algérien (1905-1973). Il invente le concept de "colonisabilité" à propos d'une société musulmane décadente axée sur son mode de pensée mais fermée aux évolutions, fragilisée, et proie facile pour d'autres sociétés plus puissantes. Sa pensée arabo-occidentale entrevoit le chaos actuel dès les années 60.

Nous devons, nous autres musulmans, introduire des changements au sein de nos sociétés, sous peine de subir d'autres changements que l'époque nous imposera de l'extérieur. C'est l'esprit du temps.
Il faut garder toujours présent à l'esprit l'idée que si nous n'opérons pas ces changements de notre propre chef, ils nous seront imposés. J'insiste sur ce point en raison de l'importance qu'il revêt.

Facebook/MalekBennabi

Malek Bennabi le 10 janvier 1951  Crédits : Quotidien d'Alger

Malek Bennabi le 10 janvier 1951 Crédits : Quotidien d'Alger

Les origines économiques du printemps arabe

 

Le printemps arabe est lié à la crise financière qui a fragilisé les despotismes soutenus politiquement par les démocraties occidentales. La crise financière est arrivée dans des pays dont la population est globalement insatisfaite, méprisée. Le monde arabe est constitué de dictatures mais les démocrates s'en arrangent car il y a de l'argent à faire. La jeunesse maghrébine est scolarisée à 90 %, va à l'université pour un quart ou un tiers d'une classe d'âge mais n'a pas de travail. Les élites arabes ne partagent pas. Elles lâcheront du lest sous la pression populaire.

En Tunisie, le chaos a débouché assez rapidement sur une transition politique plus conforme à la définition occidentale de la démocratie.

L'Algérie a manié la carotte et le baton pour ménager la chèvre et le choux. Quand le prix des denrées alimentaires s'envole en 2011, les émeutes sont réprimées par la police mais l'Etat d'urgence est levé. Les Algériens sont vaccinés contre l'islamisme, ils ont en eu plus que leur part dans les années noires du FIS.

Le Maroc est passé entre les gouttes, le roi héritier ayant déja apporté plus de démocratie et de modernité économique après la mort de son père. Peut-être a-t-on cru qu'il en serait de même pour le reste du moyen-orient.

En 2007, l'économie tunisienne est performante sur le continent africain mais elle est derrière la Libye voisine selon l'indice de développement humain (IDH) qui mesure la qualité du développement selon des facteurs comme l'espérance de vie, l'accès au confort, le niveau d'éducation. Or la Libye est dans un chaos innommable alors que la Tunisie est en voie de normalisation, les questions économiques ne sont pas suffisantes pour expliquer les disparités entre les différents pays dans leurs progrès à parvenir à la normalisation politique.

Le chaos en Syrie, en Irak, en Libye est lié à l'étouffement de ses sociétés par la force des dictatures, l'absence de débat conduit au combat dès que l'étau de l'état policier se déserre. Il faut des chefs d'état d'exception pour que la transition démocratique puisse se faire.

Des aliénations identitaires diverses. 

Pourquoi une telle différence de développement économique et politique entre le Maghreb d'un côté, et le Machrek (ou Mashreq) élargi de l'autre ? Le Maghreb été l'enjeu des luttes des puissances d'Europe du Sud, Espagne, France, Italie, et de l'Angleterre. Puis le monde bipolaire de la guerre froide fera du Maghreb une région où s'exprimeront les appétits des deux grands, Russie et Etats-Unis. La Libye, l'Algérie et leurs hydrocarbures se tournèrent vers l'Union Soviétique. Dans le Machrek, l'Iran, la Syrie, l'Irak font de même, Saddam Hussein étant un maitre en matière de corruption grâce à l'argent du pétrole arrose partout où il peut. Pour les grandes compagnies pétrolières, la corruption est le passage obligé pour obtenir du pétrole. 

Au Maghreb, seule l'Algérie est mieux dotée en hydrocarbures ce qui est une des raisons de son repli sur soi peu démocratique. Bouteflika essaiera de mettre le hola à la corruption en 2009. Cependant, le but caché n'est pas de mettre fin à la corruption mais d'instrumentaliser la justice à des fins politiques parce que tout le monde en croque y compris l'armée.

L'Algérie a été colonisée par la France pendant plus d'un siècle, la Tunisie et le Maroc sous "protectorat" pendant une cinquantaine d'année. Il s'en est suivi une formation des élites et une diffusion des idées françaises sur l'organisation administrative, l'usage de la langue. Cependant l'argument des apports de la colonisation tenu par la France ne vaut rien face à l'aliénation identitaire. Bourguiba était avocat formé en France. Les parents qui ont les moyens envoient leurs enfants dans les écoles privées. Elles enseignent en français. Le français est la langue de la réussite sociale, de l'espoir des carrières prestigieuses. Les sites internet des écoles supérieures y compris les écoles publiques sont rédigés en français. Le site de l'ENA algérienne ne permet pas de le consulter en langue arabe, les concours se passent en arabe par contre. Le site de l'ENA tunisienne est en arabe, en français et en anglais. Le site marocain n'est qu'en français. Le site de l'ENA française est en français, et anglais. On y trouve aussi une présentation en allemand.

L'Algérie et le Maroc présentent leur école nationale d'administration en français et non en arabe , alors que la langue officielle de l'Algérie est l'arabe, celles du Maroc sont l'arabe et le berbère. L'usage de l'arabe sur les sites internet est la représentation d'un comportement coincé entre l'intention et la réalisation. L'usage de l'arabe en Algérie est un devoir rendu à une identité arabo-berbère algérienne dont on voudrait qu'elle soit un ciment national mais comme l'argent se fait en français, l'usage de l'arabe est simplement vernaculaire entre la population et l'état entre la réussite et la pauvreté, la politique d'arabisation de l'administration reste lettre morte. L'Etat reste dans un fonctionnement issu de l'organisation coloniale. L'avenir reste à l'étranger.

La politique à la française est plus à l'oeuvre dans le Maghreb que dans le reste des pays arabes. L'administration française notamment par la cartographie aidera à définir des frontières entre Tunisie, Algérie et Maroc. La notion de frontière n'est pas africaine. Elle est occidentale. L'influence française est un facteur de stabilité qui s'étend au delà du Maghreb. La Turquie moderne doit beaucoup à Mustafa Kemal Ataturk. La Turquie accorda le droit de vote aux femmes dès 1930 (1944 pour la France) Kemal était influencé par la Révolution française, avait mis en place une laïcité partisane contre le sultanat que la Turquie d'Erdogan conteste en revenant aux sources musulmanes comme support de son autoritarisme. En dépit du fait qu'en Turquie la dictature soit en marche, qu'elle se rapproche de Poutine et que plus personne ne parle de son intégration dans l'Europe, la modernité de la société turque la garde pour l'instant hors de la violence. Que le Pape se prononce maintenant en faveur du génocide arménien n'est pas sans rapport avec l'autoritarisme de plus en plus affirmé d'Erdogan. La contagion guette nous dit-il en filigrane.

En Algérie, la colonisation par la France sera un facteur de dégradation de l'identité algérienne. Les français exproprient ceux qu'elle appelle "les indigènes", puis les divisent pour sécuriser le territoire. La colonisation française intervient sur un fond de survivance berbère face à l'hégémonie arabe. Les berbères habitués à combattre l'envahisseur seront en première ligne face à la France pendant la guerre d'Algérie. Indigènes et colonisés ils restent en devenant immigrés sur le territoire français. La violence de la colonisation a fait qu'être arabe est une maladie honteuse et l'arabe la langue des pauvres. S'afficher comme arabe en Algérie c'est afficher sa condition sociale médiocre. Parler arabe pour un franco-algérien, c'est un acte militant. L'identité au lieu de couler de source est un sujet de discussion. Soit parler arabe donne l'impression de vouloir rester pauvre, soit parler arabe est un acte de défense de son identité. L'identité est donc une chose à construire et à défendre comme le breton en France. La langue est un facteur de division sociale, les riches mettent un point d'honneur a bien parler le français excluant ceux qui n'ont pas accès à l'éducation.

La stabilité politique est une question d'éducation des mentalités que Daesh veut contrôler. L'attentat du Bardo attaque la culture et la réussite de la constitution tunisienne fruit des compromis entre les religieux et les laïcs. Ce mot "bardo" serait proche du mot espagnol prado, (pré, jardin, source wikipédia). C'est le lieu du pouvoir tunisien depuis au moins le 15e siècle. Ce musée est associé à divers organismes français et européens. Il est le signe et le résultat de la coopération politique, de l'ouverture culturelle à laquelle s'oppose une conception radicale de l'islam nourrie de la domination passée et actuelle de l'occident sur le reste du monde. Un universalisme en combat un autre.

On reproche à l'Iran d'être un facteur de déstabilisation de la région. Il faudrait plutôt regarder de quelle grande puissance dépendent la Syrie et l'Iran depuis des décennies et se tourner du côté de Moscou pour comprendre les origines de la violence au moyen-orient. On ne peut pas dire que la Russie appartienne à une tradition politique démocratique, loin s'en faut.

La politique internationale ne peut plus se penser sans la Chine qui a d'abord investi les pays qui n'intéressaient personne notamment en Afrique puis elle est venue concurrencer directement les Etats-Unis sur leur terrain. Elle s'associe à l'Iran, à la Syrie, à la Russie pour constituer le club des "démocrates".

Quelques chiffres de comparaison entre ressortissants chinois et ressortissants français à l'étranger : en 2013 environ 240 000 français se trouvaient en Afrique. En 2014, les ressortissants chinois sont 2 millions en Afrique. Ils sont 10 000 en 2014 en Irak à travailler dans l'industrie pétrolière, la France en compte 320 en 2013. Les chinois contrairement à leur tradition de non-ingérence sont obligés de s'impliquer en Irak pour protéger leurs ressortissants. Ils ont damé le pion aux américains dans l'exploitation du pétrole irakien grâce à leurs entreprises d'état et sans risquer la vie d'un seul homme, mais avec Daesh la situation a changé, ils rentrent dans le jeu.

Et l'Irak ? Terrain de jeu des Etats-Unis dont les dépenses militaires et les ventes d'armes contribuent au dynamisme de son économie. Le cowboy du Far-West vient toujours tirer ses cartouches dans les déserts du moyen-orient, pensant encore que les problèmes politiques peuvent se régler par la force. Daesh se sert des armements qu'ils ont vendu à l'Irak que les soldats irakiens islamistes ont parfois fournis en se ralliant à Daesh. Daesh profite des erreurs de largage des armements que les Etats-Unis font parvenir aux kurdes.

Alors les parlementaires français ont été critiqués mais ils représentent la seule voie possible entre la Russie et les Etats-Unis, entre le chaos et la dictature. Ce que dit la France, ce que disait Villepin en 2003 à l'Onu : forte de ses expériences malheureuses en Europe, la France a appris que le temps perdu à débattre pour maintenir la paix est du temps gagné par rapport au temps passé à se battre puis à faire la paix. Le discours de Villepin annonçait les difficultés à venir mais les américains ont profité des attentats de 2001 pour justifier leurs turpitudes, leur rapacité et leur cupidité au nom des valeurs démocratiques. L'islam radical, l'human bomb, sont le résultat de l'usage de la force et de la violence dans cette région du monde. L'islam radical met en valeur le sacrifice, la charia, pour renverser l'ordre établi imposé par l'occident. La violence que l'on fait subir aux autres n'est possible que si l'on envisage aussi d'être soumis à la violence, que si on envisage la violence que l'on peut subir soi-même comme un juste retour des choses. On dira : "on accepte d'en payer le prix". Seulement dans les conflits ceux qui payent le prix ne sont jamais ceux qui décident d'utiliser la violence. La domination de ceux du camp d'en face n'est possible que s'il y a domination de ceux de son propre camp, ses propres soldats qui vont au combat pour la patrie et que l'on met à la poubelle une fois usés, les pays soi-disant alliés.

Ainsi la baisse du pétrole grâce au gaz de schiste américain est un moyen pour les Etats-Unis de contraindre la Russie de cesser son aide à la Syrie. Le hic est que cela se fait au détriment des sociétés américaines productrices de gaz de schiste qui pompent à perte. Cela se fait au détriment des alliés des Etats-Unis producteurs de pétrole comme l'Arabie Saoudite. Toute l'économie pétrolière d'Ecosse est menacée par la baisse du pétrole. Cela apprauvrit tous les producteurs de pétrole. L'Europe importe plus de pétrole qu'elle n'en produit donc la baisse du prix du pétrole devrait améliorer la croissance. Cependant, la violence de la baisse pose problème et déjoue les prévisions. La grève dans le secteur des transports en est un exemple. Les conducteurs de camions réclament leur part alors que la rentabilité du secteur est très faible voire négative comparée à d'autres secteurs d'activité. Les clients réclament des remises et la rentabilité prévue des investissements devient bien plus faible. Les guerres d'Irak ont déstabilisé l'ensemble du marché pétrolier. Une baisse du pétrole aussi brutale, n'est pas de bon augure car après la guerre économique, l'escalade de la violence peut se renforcer.

Si l'influence des idées françaises, libérales et européennes s'est faite sentir sur le Maghreb lors de la colonisation, il est aussi établi qu'elle y a rencontré un islam modéré, de tradition sunnite moins intégré, moins hiérarchisé que l'islam chiite comme en Iran.

L'Arabie Saoudite est aussi sunnite mais wahhabite, rigoriste et autoritaire. En 1945, elle bénéficie de la protection des Etats-Unis en échange de son pétrole. Cet accord favorise la richesse de ce pays et le développement d'un islam radical dans la région. Plus on se rapproche du centre des conflits plus la religion est dogmatique, intransigeante.

A l'est de l'Iran, se situent l'Afghanistan et le Pakistan, à l'Ouest de l'Iran : la Turquie, l'Arabie Saoudite, l'Irak et tout ce petit monde est maintenant sous la coupe des Etats-Unis. L'Iran est pris en tenaille. Les intentions des Etats-Unis ne sont pas nouvelles, il s'agit pour eux de contrôler cette région du monde encore bien fournie en pétrole. Le budget militaire des Etats-Unis en 2010 est du même montant qu'un ensemble constitué, par ordre décroissant, de la Chine, la France, le Royaume-Uni, la Russie, le Japon , l'Allemagne, l'Arabie Saoudite, l'Italie, l'Inde, le Brésil, l'Australie, la Corée du Sud, l'Espagne, le Canada, Israël, Emirats Arabes Unis, Turquie, Pays-bas, Pologne, Grèce, Singapour, Colombie. Les américains pourraient manger Daesh en deux coups de cuillère à pot mais ils ne sont pas pressés puisque Daesh sert leurs intérêts contre la Syrie et contre la Russie.

Le but des forces d'intervention occidentales n'est pas de rester prises entre le chaos et la dictature ni de détruire Daesh mais de le pousser à se replier en Syrie comme un cailloux dans la chaussure d'Assad.

Ainsi la Russie de Poutine est attaquée sur deux fronts, celui du pétrole et celui de la Syrie dans laquelle elle a un port qui lui donne accès à la mer Méditérannée via la mer Noire et le Bosphore, un port auquel elle tient.

Pour plus d'information, on pourra lire les comptes rendus instructifs de la commission d'information au sénat sur le conflit en Syrie (document de décembre 2014)

Selon ce livre de Ahmed Moatassime la grande disparité entre le Maghreb et le Machrek semble relever des différences culturelles et de l'attitude des intellectuels dans ces pays. La question serait de savoir si

1 - des intellectuels ont renié la culture autochtone pour complètement adopter celle du nord de la Méditerranée,

2 - s'ils ont refusé la culture étrangère et se sont repliés sur eux,

3 - s'ils se sont nourris de la culture étrangère en gardant la leur.

Les guerres d'Irak n'ont pas fait les affaires de la Turquie. Les relations avec les Etats-Unis se sont refroidies et la turquie s'est tournée vers le gaz russe et l'autoritarisme.

La guerre d'Algérie a laissé des rancoeurs tenaces. L'Algérie s'est aussi tournée vers la Russie Soviétique. La Tunisie et le Maroc s'en tirent mieux que l'Algérie dont la société civile est sclérosée. Le partenaire naturel, de proximité, de l'Algérie n'est pas la Russie mais la France. La guerre d'Algérie a été la cause de l'éloignement des deux pays et de son retard économique, démocratique, de son repli sur elle-même.

Si les erreurs des pays de tutelle créent des tensions politiques dont patissent les populations arabes, la géographie joue aussi son rôle dans le renforcement ou l'atténuation des tensions. Lorsqu'on regarde la carte de l'empire ottoman on s'aperçoit que les zones de conquêtes sont les plus accessibles. LesTurcs mettront la main sur les territoires les plus immédiatement accessibles en suivant le littoral maghrébin, les voies naturelles de passage empruntées bien avant eux par les caravaniers, les troupeaux de chèvre et de chameaux. La géographie est le premier des guides des conquérants.

Les pays du nord de la Méditerranée auront servi d'amortisseur aux crises au Maghreb en favorisant l'émigration et la diminution de la pression démographique. Les crises au Machrek sont plus violentes qu'au Maghreb car la soupape géographique et démocratique de l'Europe n'y existe pas.

La comparaison entre les sites internet des ENA tunisienne, algérienne et marocaine , des sites des grandes écoles dans ce pays, permet de voir que leurs commanditaires ont une conception singulière et différenciée de leur culture dépendante de leur histoire, des conditions de la colonisation puis de la décolonisation. D'après son site de l'ENA, la Tunisie est la seule à assumer ses origines arabes. Le site de l'ENA algérienne est bancale, mal fichu, affiche une possibilité de lire le site en arabe sans tenir ses promesses. Le lien est inactif, de même que le lien pour la présentation en anglais.

La France a beaucoup plus imprimé sa marque en Algérie que dans le reste du Maghreb. Elle en sortira plus meurtrie et avec plus de difficulté à se forger une identité authentique. La comparaison de ces sites avec le site de l'ENA française montre qu'il n'y a pas de réciprocité de langue entre le Maghreb et la France. La traduction en langue arabe n'est pas proposée sur le site de l'école française. La langue française fait partie de la langue arabe mais la langue arabe ne fait pas partie de la langue française alors que l'histoire arabe fait partie de l'histoire française car la France est allée chercher le monde arabe pour le dominer. La société française le déconsidère toujours. Le monde arabe admet la domination et l'abandon de sa culture parce que l'arabe musulman est considéré comme indigne. Icham en partant en Syrie pensait recouvrer sa dignité alors qu'il ne rejoint que les Danton, les Mirabeau et les Robespierre, les criminels et les corrompus nés du chaos, créatures des puissants. Ils les tueront quand le fruit sera mûr et prêt à tomber.

L'école laïque à la française ne permet pas aux enfants de l'immigration d'apprendre la langue de leurs grands parents qui deviennent des étrangers à leurs propres yeux. Cela fait d'eux des fantomes sans consistance, sans racines, sans identité, apatrides dans leur pays de naissance. Ils peuvent parler la langue de leurs grands parents à la maison mais ils ne savent pas l'écrire. Leur biculturalisme reste indigent, déséquilibré. L'arabe écrit n'est pas le même que l'arabe parlé. Si l'arabe n'est que parlé cela définir le rapport au savoir pour la personne d'une manière différente de celle de l'école républicaine. Il va se trouver exclu du savoir. Le savant dans le monde musulman est celui qui lit le Coran et écrit l'arabe coranique classique très proche de l'arabe ancien. La mosquée est ainsi le lieu du savoir alors que pour les responsables politiques elle est le lieu des islamistes et de l'endoctrinement. Le jeune rompt avec l'incitation traditionnelle au savoir en se séparant de la mosquée.

L'usage de l'idiome familial, la langue du colonisé est porteur de l'humiliation, une humiliation intégrée, répétée qui se perpétue par delà la colonisation. Ils ne peuvent se résigner à abandonner leur culture (proposition 1) ils refusent la culture de leur pays d'adoption (proposition 2) alors que leur pays d'adoption devrait les aider à se nourrir des deux cultures (proposition 3) mais l'ecole républicaine n'a pas les moyens d'être à la fois colonisatrice et colonisée. La France n'a pas pris la mesure des conséquences de l'humiliation qu'elle a fait subir aux pays colonisés parce qu'elle ne veut pas en payer le prix c'est à dire relativiser sa propre culture. Elle se contente de reconnaitre ses erreurs passées ce qui maintient le fils d'immigré dans la position victimaire. Si elle se reconnait en dette vis à vis de son passé colonial elle doit accepter d'en payer le prix et reconnaitre l'étranger comme un autrui.

L'immigration résultat de la colonisation a révélé l'incohérence de notre devise nationale. Nous sommes obligés de revoir les fondements idéologiques de notre société et de reconsidérer l'histoire de notre mythe fondateur révolutionnaire. Nous français, sommes-nous des gens bien ? Les immigrés viennent nous questionner : "relisez votre discours officiel et arrêtez l'autosatisfaction car vous n'être pas mieux que les autres". Votre devise fait de vous des menteurs, menteurs sur vous mêmes et plus grave vous entraînez les autres dans votre mensonge. Les immigrés nous révèlent à notre propre identité. La réalité de l'histoire est que la Révolution française a donné la liberté de parole au peuple mais a vidé son assiette et son porte-monnaie, l'a mis dans les mains de Napoléon pour aller se faire tuer. Elle n'a pas condamné le triangle commercial esclavagiste avec l'Afrique, elle l'a développé dans le colonialisme. On a commencé par prendre les hommes en laissant la terre, puis on a pris le tout, les hommes et la terre. Certains disent que la colonisation a été bénéfique pour les populations. Oui à la marge. mais essentiellement la colonisation a détruit les identités autochtones au lieu de les accompagner dans leur développement. La majorité des bénéfices de l'exploitation des terres partent encore dans les multinationales étrangères.

Une identité dégradée

Amin Maalouf est un écrivain franco-libanais, il est l'auteur de différents ouvrages, des romans à base historique Léon l'Africain, Sarmacande, un essai comme Les identités meurtrières.

Quand un journaliste lui demande s'il se sent plus libanais ou français, il est assez méfiant sur les intentions de l'interviewer. Il est à la fois libanais et français, il est nourri par ces deux origines et n'a pas à faire la scission entre les deux. Vouloir lui faire choisir telle ou telle partie de lui même, c'est lui faire admettre qu'il y a une identité meilleure que l'autre, de préférence celle du journaliste.

Je suis bien aise de trouver chez Lévinas l'idée selon laquelle au sein de la philosophie, l'éthique doit être première.

La technique et la puissance acquises par l'homme ont fait que l'homme se trouve en position de responsabilité par rapport à son futur qu'il met en danger. L'inexistant est sujet d'intérêt et de considération, je dois prendre soin de l'enfant que je n'ai pas encore. L'homme se trouve ainsi au pied du mur, face à son essence ultime : un être vivant et qui a vocation à le demeurer. La technique a fait que celui qui est, est celui qui devient. Il est probable qu'il en a toujours été ainsi mais que la modernité nous l'a fait oublier.

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