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Antoine Lacroix

Antoine Lacroix

Blog de réflexions sur les problèmes de société


La conquête de l'espèce

Publié par Antoine Lacroix sur 11 Mars 2015, 10:31am

Catégories : #espace, #gravity, #conquête de l'espace

Qu'Autant en emporte le vent, sorti en 1950, soit un des plus grands succès du cinéma cela se comprend ; une fresque épique, une histoire d'amour sur un fond réaliste, thématique apparue dans la littérature, en 1678 dans l'un des  premiers romans modernes, la Princesse de Clèves, de Madame de Lafayette. Ici la littérature et le cinéma se rejoignent dans l'idéal romantique des grands sentiments tourmentant des héros inscrits dans leur époque. Mais jusqu'à peu, le succès de la littérature ou du cinéma d'anticipation n'était pas garanti. Ils étaient catalogués commes des genres mineurs.

Puis le cinéma fit son miel de la littérature de science-fiction,  grâce aux progrès techniques. La littérature de science fiction sortit de la marginalité par le cinéma, avec un film comme 2001, l'odysée de l'espace, puis Stars wars. La série des Alien marque un tournant supplémentaire. Le cinéma d'horreur ne fait plus rire. L'émergence du cinéma de science fiction est le prélude à un renversement, à la transformation du cinéma de genre en cinéma grand public. Les rêves du spectateur prennent corps par les effets spéciaux. La copie d'une réalité imaginée devint crédible au cinéma sur fond de conquête spatiale venant de Floride et du Kazakhstan. Le métier de cosmonaute commença à faire rêver les petits garçons et les promesses de profits du cinéma d'anticipation attirèrent   les producteurs. 

L'intérêt pour les étoiles ne date pas d'hier. Depuis l'antiquité , l'homme regarde les étoiles, il regarde aussi l'endroit il pose les pieds. Depuis l'antiquité, le cordon n'en finit pas de se tendre entre le proche et le lointain, entre le réconfortant et l'effrayant, entre le connu et l'inconnu, entre la Terre et l'infini de l'univers.

L'intérêt pour les étoiles se manifeste dans la science-fiction cinématographique, sous la forme d'apologues dénonciateurs, de fables et de contes merveilleux et invraisemblables dont le but est à la fois de nous divertir et de nous ouvrir les yeux. L'amusement léger est le prétexte de la dénonciation de problèmes inquiétants, d'injustices . Ainsi, Gravity nous sensibilise à la pollution de l'espace, Avatar au dépouillement colonialiste du faible par le puissant, Interstellar à l'épuisement des ressources terrestres.

La quadrilogie des Aliens dont le 5e opus est annoncé pour 2016 est plus complexe, fruit d'univers de différents réalisateurs autour d'une femme Ripley et autour du xénomorphe représentation du monstre affleurant en chacun d'entre nous. Nous nous interrogeons sur notre réalité humaine dans l'imaginaire, par la création artistique nourrie des exploits de la conquête spatiale.

Les films sont une interprétation réveuse du monde matériel décrit par la science.  A l'inverse, la science est parfois le fruit de nos croyances et de nos rêves. Les scientifiques se font parfois des films sur la réalité du monde. Alors qu'on pourrait penser que les activités dans l'espace sont le seul résultat de la rigueur et du rationnel, les inspirations imaginaires des activités spatiales sont bien présentes. Il n'y a qu'à voir les grands sourires des équipages embarquant dans les vaisseaux spatiaux. Ils vivent leur rêve. Assurément, il en est ainsi de toute activité scientifique, en décrivant le monde l'homme fait oeuvre de fiction que parfois l'on nomme savoir.

L'espace recouvre une dimension faustienne, celle de la connaissance absolue en échange de la damnation. Des vies se perdent dans la quête du savoir. Pourquoi les technologies de l'espace existent-elles sinon pour connaitre le monde mystérieux de l'univers ? Son mystère en fait un panthéon car l'homme sacralise ce qui lui échappe pour ne plus en avoir peur.

Dans Stars Wars, l'espace est conquis. Le Faucon Milénium est le vaisseau le plus rapide de la galaxie et se joue des distances. Son commandant Ian Solo est un rebelle que rien n'arrête. L'univers n'est plus infini. Il n'est plus en expansion constante. Il est domestiqué. 

Le Faucon Millénium, le vaisseau le plus rapide de la Galaxie

Le Faucon Millénium, le vaisseau le plus rapide de la Galaxie

La conquête fictionnelle de l'espace s'est faite grâce à la conquête des corps. Les mystères du corps de l'homme sont maitrisés. Les voyageurs de l'espace vont et viennent dans le néant et dans le vide sidéral grâce aux nombreux dispositifs de conservation : biostase, hyper-sommeil, hibernation. Des scanners hyper sensibles pour scrutent, des robots chirurgiens vous ouvrent, vous réparent, vous referment. Le bistouri encore sanglant, le héros est frais comme un gardon.  Et si le corps fait défaut, on en change. Les voyageurs de l'espace changent de corps, s'en dépouillent quand il est usé ou malade. Dans l'espace, il existe des robots qui aiment et font l'amour, des avatars. Le naturel et l'artificiel se mélangent. L'esprit passe dans le nouveau corps et le tour est joué.

Dans la vraie vie, l'hibernation animale, le ralentissement métabolique donne des idées aux chercheurs d'exoplanètes. L'adénosine est la molécule déclencheur de l'hibernation. Elle est testée chez des animaux, écureuils, rats, dans l'espoir de pouvoir l'utiliser sur des humains lors d'un voyage sur Mars.

La centaine de candidats au voyage de l'expédition Mars-One se prépare dans la joie et la bonne humeur, tant pis si le billet n'est qu'un aller sans retour et si la conquête de l'espace nécessite quelques sacrifices, humains de préférence. Parmi les candidats : un français, médecin aéronautique, pour qui aller dans l'espace est un rêve d'enfant. Il en rêve et il en frémit car il sait que la terreur fera partie du voyage. Il a conscience du danger mais sa peur n'est pas assez forte pour le faire renoncer à son rêve. Il faut être un peu fou pour aller dans l'espace. L'espace est un endroit où le réel et la fiction se mélangent. L'espace est un lieu de déréalisation. Un voile tombe entre le réel et l'esprit, le voile des rêves, de l'excitation de l'aventure. C'est dangereux et c'est bon.

Le voyage dans l'espace se fait en contrôlant sa peur et permet donc de ne plus vieillir grâce à la maitrise du corps. Notre conception terrestre du temps est chamboulée.

La conquête fictionnelle de l'espace s'est faite grâce à la maitrise du temps. La maitrise du corps passe par la maitrise du temps. On peut ne plus vieillir dans l'espace ce qui permet de vaincre le temps mais on peut aussi creuser des trous dans l'univers pour passer dedans, en-dessous, au-dessus, franchir des portes, des vortex, être avalé par des vers temporels et disparaitre dans des trous noirs pour réapparaitre ailleurs. Le temps est plié. Dans l'espace, le temps, c'est de l'espace. Les deux notions sont liées pour n'en faire plus qu'une. Le temps de l'espace n'est plus celui de la Terre. Dans Interstellar, l'univers est un millefeuille percé de stations de métro comme dirait un astrophysicien sérieux par moment comme Jean Pierre Petit. Mais tout cela n'est qu'hypothèses mathématiques.

Le cadre physique de référence est contre-intuitif, déroutant, incompréhensible pour le profane. Le cadre physique de référence n'est plus celui de la Terre. La Terre est vue de loin. Dans l'espace l'homme est observateur de la Terre, il prend du recul, il la surplombe. Il définit le vrai de loin. La Terre devient l'exception et fausse face à l'immensité dans laquelle on espère l'extra-terrestre comme un sauveur omniscient et tout puissant, fruit d'une civilisation nécessairement plus avancée que la nôtre. L'extra-terrestre est le principe explicatif, l'entité dont on espère la vérité. Il est sage et père fouettard. L'extra-terrestre nous fait la leçon. L'extra-terrestre nous dit qui nous sommes et comment nous devons agir.

La conquête de l'espace s'accompagne d' une conquête des esprits.

L'espace est un lieu d'exil, de retrait, comme le désert des 40 jours du Christ dans lequel il se retire avant sa mission, l'Hégire du prophète avant de faire de Médine son refuge, rupture géographique et rupture idéologique entre le relatif et l'universel. Dans l'espace, le porte-voix se fait universel. Les enjeux spatiaux concernent l'humanité dans son ensemble dont il faut capter l'esprit. L'espace a ses gourous, au cinéma, dans les agences spatiales, dans les universités. Comment ne pas penser que Stephen Hawking, engoncé dans son fauteuil électrique, s'épanouit d'autant mieux dans l'univers que sa pensée s'adresse à l'humanité toute entière, qu'elle est axiomatique et inattaquable tant que les axiomes sont admis. Stephen Hawking bénéficie d'une aura qui dépasse largement la pertinence de ses recherches liée à son maintien en vie quasi-miraculeux, ce qui lui permet de tenir des propos polémiques et d'affirmer des conclusions sûres sur des objets incertains sans risquer d'être contredit. Le mathématicien Souriau connu pour ses travaux de géométrie symplectique s'élevait contre le fait que le cosmos soit investi par les fous. Peut-être pensait-il en disant cela, à Hawking et à la très spéculative théorie des cordes bien éloignée de toute possibilité de validation expérimentale.

L'espace vécu et espéré vivant-compatible tourne autour des soleils qui apportent chaleur et lumière. La lumière est un objet physique particulier dans l'univers, c'est une onde et c'est un photon, objet très petit à masse nulle qui se déplace à grande vitesse. Les petits corpuscules physiques comme les quarks et les photons font lien entre Planck et Einstein, entre le père de la mécanique quantique et le père de de la relativité lequel fut obligé sous l'influence de Planck, d'Heisenberg et d'autres de questionner sa foi en la nécessaire causalité de la physique classique pour aborder l'indéterminisme dans l'infiniment petit. On reste peu ou prou dans la physique de Newton dans le macroscopique tangible, on l'oublie dans le microscopique et le macroscopique de l'univers. Le Terrien peut se contenter d'être newtonien, l'habitant de l'univers doit être einsteinien et comprendre la théorie de la relativité dont le terrien exclusif n'a que faire. C'est dire si la physique moderne nous entraine dans des interrogations nouvelles et fondamentales. Plus la physique avance et plus l'astronome et l'atrologue convergent vers un même point, plus la raison et la spéculation se nourrissent l'une l'autre et se rapprochent avec le risque

L'étude de l'infiniment grand comme de l'infiniment petit oblige à abandonner les certitudes apportées par l'expérience sensible de la physique classique. Les conditions expérimentales de la physique des extrêmes sont globalement couteuses et inaccessibles pour les lointaines galaxies. Tellement couteuses et inaccessibles qu'elles deviennent matériellement non réfutables. L'univers remet en cause la ligne de démarcation entre ce qui est scientifique et ce qui ne l'est pas. L'univers remet en cause la notion de réfutabilité de Karl Popper admise assez largement dans le domaine scientifique et grâce à laquelle l'industrie pharmaceutique par exemple est soumise aux tests en double aveugle aléatoires. Cela a permis de parvenir à un haut degré de sécurité des médicaments.

Comment déclarer non scientifique ce qui n'a pas encore donné l'occasion d'être réfuté objectent les astrologues ? Dans le même sens,  on trouve l'astrophysicien Aurélien Barrau, il écrit concernant la philosophie de Karl Popper :

" Dans le champ de la philosophie des sciences, d'autres visions souvent beaucoup plus riches l'ont précédé et d'autres l'ont suivi. L'apport des sociologues comme Bloor, Collins ou Latour, qui conçoivent la physique comme une construction humaine parmi d'autres, est également important et, à mon sens, ne dévalorise en rien la pensée rationnelle.

La Recherche n°433

Barrau pointe du doigt un défaut bien connu de la pensée de Popper. La méthode de la réfutabilité est trop restrictive. En médecine elle provoque des réactions favorables aux méthodes naturelles et défavorables à la médecine allopathique. La réfutabilité a gangréné les institutions médicales, le système de santé, est devenu antidémocratique. La réfutabilité dans la médecine fait qu'elle provoque de la défiance chez certains patients qui s'éloignent parfois dangereuseusement. La médecine allopathique et la médecine naturelle ont leurs adeptes. Lorsqu'on parle d'adeptes ont fait souvent référence aux membres d'une secte. L'adhésion à tel ou tel courant dans la médecine est le révélateur d'une action guidée par l'émotion, par la croyance parce que les repères intellectuels ont été perdus.

Ainsi la physique de l'espace produit des théories fausses, considérées comme fausses d'emblée. Le temps fera le tri. Les plus sûres et les plus solides resteront dans une sorte de darwinisme épistémologique.

La médecine officielle préfère le rationnel scientiste pour garantir la sécurité (mais se coupe de l'herbe médicinale qui ne coutait pas un rond). L'astronome en s'approchant du big-bang s'approche en même temps de la métaphysique.  Il introduit la controverse celle qui existe quand on passe du certain à l'incertain. Souriau accuse les astrophysiciens de perdre le nord. Les sous-mariniers, les aviateurs, les propagandistes connaissent bien les techniques de brouillage. C'est une technique de guerre.

Boson de Higgs et matière noire remplissent le vide spatial. Ce vide est aussi néant, là ou l'homme ne peut vivre.  Pour l'homme, le vide ne peut être  total car il lui faut une échelle et des échelons sur lesquels poser le pied pour aller plus haut et plus loin. Le vide est rempli par la connaissance parce que la connaissance permet à l'homme de se voir dans un espace qui lui était interdit jusqu'à présent. Le néant est l'endroit où l'homme s'interdit d'aller. En remplissant le vide spatial de phénomènes, l'homme investit le vide qui n'est plus néant, ce vide commence donc à se remplir.  La progression de l'homme dans le domaine spatial peut alors se faire en opposition avec la matière. Alors qu'il s'en rend maitre et la domestique sur Terre, en milieu hostile il doit à la fois s'en servir et s'en isoler. L'homme conquérant de l'espace remplit l'univers de matière, de phénomènes, investit dans les dispositifs pour en apporter les preuves. L'homme parce qu'il est terrien ressent une aversion naturelle à penser le néant. La physique moderne calme les peurs et les esprits, peu importe qu'elle soit vérifiable, rationnelle. L'envie de tout expliquer devient ainsi psychologiquement compensatoire et l'équation mathématique une sorte d'opium. 

L'espace est un lieu d'aliénation

Ainsi nous nous trouvons dans l'espace sans nos repères de terrien. En 2009, le film Pandorum avec Denis Quaid, du réalisateur de série B Paul S. Anderson fait intervenir un syndrome Pandorum, qui rend l'individu fou, schyzophrène. L'espace fictionnel ou réel est un environnement déstructuré. Un cosmonaute français, Jean-Pierre Haigneré, raconte sa première sortie dans l'espace et l'ouverture de la porte du sas, comme une entrée dans la gueule du monstre. Il faut avoir les reins psychiques solides pour aller dans l'espace car la moindre erreur et c'est la mort. Il y a de quoi paniquer et perdre ses moyens.

Le fou ne fait pas la différence entre le réel et l'inventé. Un synonyme du mot fou est le mot aliéné. Aliéné de quoi pourrait-on demander.

Dans le domaine juridique, quand le propriétaire d'un bien le vend, il l'aliène. En le vendant, il aliène son attachement à la matérialité de ce monde. Ainsi le propriétaire d'un bien et un fou se détachent du monde matériel. Les problèmes psychologiques des astronautes, le repliement sur soi, même pour les plus équilibrés,  est un des problèmes majeurs des longs séjours dans l'espace. En s'éloignant de la Terre, l'astronaute se détache du monde pour rentrer dans la folie de l'espace, le lieu de fixation des croyances, le lieu de l'aliénation de soi qui, dans les traditions grecques et chrétiennes , nous fait revenir à la perfection. Dans l'espace, la maison de Dieu est proche de la maison des fous. 

L'espace : lieu d'extension des folies terrestres

L'espace des orbites satellitaires est l'extension de la terre, un lieu déraisonnable, concurrentiel. Il en est de même pour l'espace jusqu'à Mars et finalement de tout l'univers. L'univers est le terrain où s'exportent les  compétitions terrestres. Pourtant l'univers est assez grand pour que l'homme s'y sente très petit et humble, làs ! il n'en reste pas moins attaché à ses désirs coupables. L'homme est ainsi fait que l'espace comme le reste a été colonisé intellectuellement puis physiquement. Nombreux sont les pays à vouloir y prendre leur part en envoyant dans l'espace autant de big brother équipés de lentilles extralucides, les téléscopes pour voir au delà de notre monde, les satellites espions pour voir à l'intérieur de notre monde.

L'espace est une paillasse de laboratoire, avec ses équipements, le microscope et le macroscope. Le savant dans ce laboratoire ne range rien, il laisse tout trainer, et se prend les pieds dans ses détritus. Sa technologie n'est jamais aboutie, il expérimente en permanence, l'espace est un lieu de défis sans cesse renouvelés. Ce laboratoire est ce lieu où l'homme s'interroge sur lui et sur ses travers.  

L'espace est hostile à l'homme, un monde dangereux, fantasmagorique. Il le peuple de monstres, d'aliens, de robots par lesquels il se représente dans ses bons et ses mauvais côtés.

L'alien c'est ce petit rien en nous, ce petit bout de monstruosité, le mégot jeté sur le trottoir, la parole d'énervement et malheureuse qui accumulés provoquent les catastrophes. L'alien est notre Jimini Cricket, la conscience qui nous donne mauvaise conscience. L'alien nous donne la connaissance du bien et du mal pour cela il doit nous être extérieur et très différent de nous : inhumain, effrayant, froid et sans pitié. Mais il doit aussi être humain pour être lié à notre univers. Le monstre de l'espace a des bras, des jambes, et des dents, de grandes dents pour mieux te manger mon enfant. 

A l'instar du loup du conte, le monstre ne fait que tuer, il ne mange pas, il ne digère pas. Si on sait qu'il a des dents, on ne sait pas s'il a un tube digestif. Il est conçu pour tuer, et horrifier. Il sort d'un oeuf dans la série des Aliens initiée par Ridley Scott en 1979, il est le serpent, l'insecte , l'araignée, l' analogie métaphorique du mal, de la culpabilité, de la punition, de la souffrance et de l'effroi.

 

Affiche du film Alien-le huitième passager - 1979 - Ridley Scott -

Affiche du film Alien-le huitième passager - 1979 - Ridley Scott -

Si les monstres ont des dents, ils n'ont pas tous des yeux. Seul le dernier des aliens, celui de Jean-Pierre Jeunet (Alien-Resurrection-1997), est humanoïde. Il sort de l'utérus de sa mère alien qui lui a été transmis par Ripley et par clonage. Ripley, sa deuxième mère est une mutante. Le monstre, agressif dès le berceau, tue sa mère alien et reconnait Ripley comme sa vraie mère. Le monstre devient ainsi plus humain. Il éprouve des sentiments, des émotions. Derrière ses yeux, l'esprit apparait.

Alien Resurrection - Jean Pierre Jeunet - 1997 -

Alien Resurrection - Jean Pierre Jeunet - 1997 -

La suite de la série est dans les cartons, augurée par le réalisateur de Chappie : Neill Blomkamp. Pour Sigourney Weaver la série des aliens a été une aubaine professionnelle, un produit vache à lait pour la Fox. Bien payée, elle est revenue dans le numéro 4 de Jeunet, elle s'intéresse à l'idée du clonage mais elle n'adhère pas à l'histoire. Elle n'est pas persuadée que l'idée du retour sur Terre ait été et soit une bonne option. Dans la contradiction, elle ne veut pas laisser les choses en suspens et elle veut continuer de s'interroger. Pour continuer  à s'interroger il faut prendre de la distance, c'est pourquoi elle veut repartir pour écrire un nouveau chapitre loin de la Terre et plus près du monstre, façon Neill Blomkamp.

Plus l'homme s'éloigne de la Terre dans l'imaginaire et la réalité des sondes sur Mars plus il prend conscience de sa nature minuscule, que l'espoir de vie hors de la Terre n'est qu'une utopie et que la seule solution est la préservation du milieu qui l'a fait naitre. Jusqu'en 2011, environ 500 personnes s'étaient rendues dans l'espace ou avaient participé aux décollages, environ soixante-dix l'ont payé de leur vie. Le décentrement tueur est le pendant de la mode du potager domestique, bio de préférence, du goût de l'humus et des odeurs de sous-bois. Les années 60 auront produit à la fois la conquête de l'espace, le succès touristique de Katmandu, les éleveurs de chèvres dans le Larzac. Les années 90 auront fait renaitre de ses cendres l'enseigne Le Vieux Campeur, créé Nature et Découverte, produit les amateurs de randonnées pédestres et de marche nordique.

L'intérêt pour l'espace se double d'un intérêt pour les affaires de ce monde. La conquête de l'espace interroge la place improbable de l'Homme dans l'univers. L'astronome scientifique finit sa carrière et sa vie dans la philosophie en prenant conscience qu'il n'est pas grand chose et que finalement on est bien chez soi à réfléchir sur ce qu'on a faire ici-bas. Les Anaximandre, Méton, Eudoxe, Aristote de l'antiquité, Newton aux temps modernes ont été remplacés à l'époque contemproraine par les Einstein, Bohr, Planck, Schroedinger...La mécanique de Newton a été remplacé par la relativité générale et restreint d'Einstein, par les quantas de Planck. Les réalisateurs de cinéma se sont emparés de leurs  découvertes scientifiques, de leurs questionnements, de leurs nouvelles perspectives. Insterstellar nous conduit dans des considérations alambiquées autour des distorsions du temps. Gravity, pessimiste et prosaïque, reste dans la banlieue terrestre encombrée de nos déchets. Le vide proche de la Terre est  pollué de presque 6000 tonnes de débris spatiaux. Gravity  tire le malpropre par l'oreille et le menace de représailles s'il continue. Dans ce film, un espace est inventé comme une copie vraisemblable de notre monde.

Ryan Stone, l'héroïne de Gravity dont le rôle est interprétée par Sandra Bullock, en arrivant sur Terre après toutes ses péripéties, rejoue la partition de la naissance de l'homme.  Elle manque de se noyer dans sa capsule, se dépouille de sa combinaison, arrive enfin à la surface. Lorsqu'elle était perdue dans l'espace, découragée, Kowalski, par ses questions, la rapprochait de sa fille, cet être créé par son corps, fruit de sa mission corporelle de transmettre la vie. Elle est sa propre fille, son propre bébé, elle accouche d'elle quand elle sort de l'eau et s'écroule épuisée sur la berge. Elle est à la fois Terre et fruit de la Terre, utérus et foetus, une boucle symbolisant le cycle révolutionnaire décrit par la Terre autour du Soleil, une boucle symbole de l'émergence et de l'enfouissement des corps, terreau nourrissier de nouveaux êtres.

Gravity - Ryan Stone s'arrache de sa combinaison à son retour sur Terre, elle sort de l'eau aspirant l'air, elle se retourne, fait la planche en regardant vers le ciel emmenant la caméra et l'oeil du du spectateur avec elle
Gravity - Ryan Stone s'arrache de sa combinaison à son retour sur Terre, elle sort de l'eau aspirant l'air, elle se retourne, fait la planche en regardant vers le ciel emmenant la caméra et l'oeil du du spectateur avec elle
Gravity - Ryan Stone s'arrache de sa combinaison à son retour sur Terre, elle sort de l'eau aspirant l'air, elle se retourne, fait la planche en regardant vers le ciel emmenant la caméra et l'oeil du du spectateur avec elle
Gravity - Ryan Stone s'arrache de sa combinaison à son retour sur Terre, elle sort de l'eau aspirant l'air, elle se retourne, fait la planche en regardant vers le ciel emmenant la caméra et l'oeil du du spectateur avec elle

Gravity - Ryan Stone s'arrache de sa combinaison à son retour sur Terre, elle sort de l'eau aspirant l'air, elle se retourne, fait la planche en regardant vers le ciel emmenant la caméra et l'oeil du du spectateur avec elle

La Ripley de la série des Aliens est aussi endeuillée de sa maternité.  Elle a perdu sa fille. Elle a vieilli sans elle alors qu'elle naviguait dans l'espace, en biostase, de retour vers la terre. La mort de la fille apparait en  contrepoint de la vie de la mère, défi à la mort grâce à la technologie. Ripley a déjà donné naissance et elle ramène toute sa petite équipe sur la Terre salvatrice. Comme la Terre, elle est matrice vivante. 

Call-Ripley- Alien 4

Call-Ripley- Alien 4

Qui revient sur Terre ? Des femmes.

Ripley et Call sur cette photo : une mutante et un robot, des non humains représentations de l'humain. Chez Ripley, on trouve la force, le cycle de la maternité, la permanence de la vie. Sur cette image, Ripley se situe derrière Call, un peu au-dessus d'elle dans une attitude protectrice et rassurante. Chez Call on trouve l'émerveillement, la jeunesse, la beauté, le fantasme sexuel de l'homme, le désir, le plaisir sans la procréation, la jouissance. On trouve aussi la soumission de la femme assimilée à un robot. Elle est l'image de la Terre soumise par l'homme, réduite en esclavage.

On a ainsi dans cette image deux côtés de la femme forte et soumise et deux côtés du comportement de l'homme protecteur et dominant. Celui qui regarde, celui qui énonce, celui qui n'apparait pas dans l'image c'est l'homme, dont l'absence sur l'image contraste avec son rôle de géniteur dominant.

Call et Ripley regardant le spectacle merveilleux de l'atmosphère terrestre- Alien 4-1997

Call et Ripley regardant le spectacle merveilleux de l'atmosphère terrestre- Alien 4-1997

L'allégorie religieuse, est patente, apportant plénitude et sérénité. Call est impressionnée, Ripley  est sereine,  forte de sa maturité. Sigourney Weaver mesure 1,83 m, est solidement charpentée. Ridley Scott l'a choisie aussi pour son physique costaud et sa largeur d'épaule.

Ripley et Call sont filmées en contre plongée. Elle semblent tourner leur visage comme pour une adoration, le visage est illuminé, les lèvres sont relâchées, les bouches entrouvertes, la musique est lyrique. Les sfumatos à la Zurbaran  entourent les personnages. 

Le plan suivant présente à travers le hublot, à la fois un paysage terrestre et une image biblique où les nuages sont percés des rayons du soleil représentant cette image d'un Dieu  censé veiller sur la Terre promise par lui à ses enfants.

Allégorie biblique de la Terre promise - Alien 4  - 1997

Allégorie biblique de la Terre promise - Alien 4 - 1997

Qui revient sur Terre ? Des hommes.

Di Stéphano (Ramon Cruz) a la tête éclatée par l'alien, il sort du film, il est trop lisse. Ceux qui reviennent en plus des deux femmes, ce sont Vriess/Dominique Pinon, cul-de-jatte à la tête en forme de casse-noix et Johner/Ron Perlman figure occidentale et cinématographique du barbare égoïste et mal dégrossi. La puissance de Johner répond à l'impuissance de Vriess qui est viré de son siège de pilote par Ripley. La juxtaposition des deux personnages contre Vriess forme une antithèse, figure stylistique d'opposition classique du registre ironique, satirique, burlesque, de la caricature à visée dénonciatrice.  

Pourtant Vriess s'en est sorti malgré son handicap. Le plus balèse et le plus faible, les extrèmes s'en sortent.  Le spectacle étant souvent la caricature de la vraie vie, la survie dans ce cinéma horrifique se tient dans des extrêmes, à la marge, et en opposition. Ce cinéma est un cinéma d'hommes, sexué, viril, phalique comme la tête de la créature surmontée d'une proéminence.

Johner-Call : l'image de la femme, robot sexualisée et dominée par l'homme à laquelle répond le visage  de Ron Perlman figure cinématographique du barbare mal dégrossi  - Alien 4

Johner-Call : l'image de la femme, robot sexualisée et dominée par l'homme à laquelle répond le visage de Ron Perlman figure cinématographique du barbare mal dégrossi - Alien 4

Tous ces personnages sont des caricatures et des contre-exemples, dont le but est d'intéresser et de faire passer un message. Il sont un principe et un procédé interrogatif. Ils sortent de la norme de l'humain pour interroger la norme de l'humain.

On l'a vu, le monstre, le robot des films de science fiction sont des anthropomorphismes, à la fois humains et inhumains.

L'anthropomorphisme nous ramène à la philosophie rousseauiste, aux premiers âges de l'espèce humaine, les premiers âges de l'homme bon par nature. Rousseau est empreint de nostalgie devant ce monde dénaturé par la folie des hommes. Il regrette le bon temps et se fait moquer par Voltaire qui nous voit nous, pauvres hommes dans la vision de Rousseau, remarcher à quatre pattes comme des animaux.

Quand Ripley et Call atterrissent sur Terre,  elles se retrouvent  dans une  nature sauvage, sableuse et désertique, peu accueillante.  Le spectateur est soulagé de les voir assises et tranquilles sur un rocher cependant le réalisateur nous  fait partager sa  nostalgie d'un idéal terrestre perdu par la faute de l'homme. 

Call et Ripley, tranquilles mais  dans une sécurité précaire.

Call et Ripley, tranquilles mais dans une sécurité précaire.

- C'est ça la Terre, dit Ripley

- C'est la première fois que je viens ici. Je suppose que les militaires ne vont pas tarder à pointer leur nez. Je parie que tu n'est pas trop pressée de les voir.

- Pas vraiment.

- Tu sais qu'on pourrait disparaître facilement dans le coin ? Qu'est-ce tu en dis ? Qu'est-ce qu'on doit faire ?

- J'en sais trop rien. Je suis une étrangère ici, moi.

Ripley et Call, dans une mélancolie romantique, contemplent une vue qui nous est interdite pour ménager un effet de surprise puis révélée. Ces images dévoilent en même temps le sens et la tonalité de leurs paroles. Call se place dans les mains de Ripley en lui demandant : " Qu'est-ce qu'on doit faire" mais Ripley n'est plus dans son monde, elles est perdue parce que ce monde, la vue finale nous le montre, est un lieu de désolation, post-apocalyptique.

Dans la tragédie grecque et la tragédie classique, dans Ruy Blas encore, drame romantique de Victor Hugo, le héros meurt à la fin de la pièce et obtient ainsi sa rédemption. Ici les héros vivent mais pour rien car la vie sur Terre est devenue insensée. Il n'y a plus rien à racheter parce que tout est perdu.

Comme dans les tragédies théatrales, les films Gravity et Alien 4 se dénouent dans la dernière scène. Les auteurs nous livrent leur philosophie.

Alien 4 - Vue apocalyptique de Paris

Alien 4 - Vue apocalyptique de Paris

Alors que Ryan Stone sortant de l'eau renait à la vie, Ripley s'enfonce dans la mélancolie.

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