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Antoine Lacroix

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Blog de réflexions sur les problèmes de société


Les élections en Grèce sous l’œil de Raymond Aron

Publié par Antoine Lacroix sur 4 Février 2015, 15:58pm

Catégories : #Grèce, #Raymond Aron, #Démocratie, #corruption, #Totalitarisme

Raymond Aron, Philosophe,journaliste, écrivain, photo site cours-de-philosophie.fr

Raymond Aron, Philosophe,journaliste, écrivain, photo site cours-de-philosophie.fr

04/02/2015

En 1957-58, Raymond Aron dans "Démocratie et Totalitarisme" nous donnait

trois critères pour reconnaître un état corrompu, il visait la IVe République. 

  • Premier critère : tout le monde le dit, la classe politique est corrompue, l'opinion faisant la réalité en la matière.
  • Deuxième critère : les partis anti-système ont les faveurs de l'opinion. C'est l'expression de la rupture du lien de loyalisme entre les citoyens et ceux qui les gouvernent.
  • Troisième critère : l'instabilité des gouvernements, maladie de la IVe République. 

 

Il énonce également les effets de la corruption.

  • La quasi-faillite de l'Etat
  •  Le poids des intérêts particuliers, lobbying, corporatisme, clientèlisme.
  •  Pour la France de 1957-58 la perte des colonies, la perte de l'influence internationale.

1 Corruption

La Grèce est corrompue tout le monde le dit, même le grec Papandréou en 2012. Il lâche le morceau alors qu'il sait que la partie est perdue pour lui : Notre système politique est responsable collectivement de tous les fonctionnaires que nous avons embauchés par favoritisme, des privilèges que nous avons accordés par la loi, des demandes scandaleuses que nous avons satisfaites, des syndicalistes et des hommes d'affaires que nous avons favorisés et des voleurs que nous n'avons pas mis en prison" (Libération).

Pour qu'il y ait un corrompu, il faut un corrupteur. On peut penser que les Grecs ont dépensé sans compter, qu'ils n'ont pas d'Etat, de système fiscal digne de ce nom, qu'ils ont manipulé les chiffres de convergence européenne mais ils l'ont fait avec l'expertise de Goldman-Sachs pour capter l'impôt des citoyens allemands et français essentiellement. La Grèce et la finance internationale, c'est l'alliance des corrompus. 

2 Les partis anti-système

Siriza n'est pas un parti élu pour des idées de gauche car il s'allie avec un parti de droite. Où est la cohérence ?

Avec Siriza ce n'est pas la gauche qui gagne, ce sont les corrompus qui perdent. Ce n'est pas un vote d'adhésion, c'est un vote d'éviction, à la fois de la classe politique grecque au pouvoir depuis la chute des colonels en 1974 et de la finance internationale. 

Tsipras s'attaque aux marchés. Peine perdue ! Il dit : Trouvons une solution sinon je ne paierai pas. Il commence par s'attaquer aux intérêts de la dette, à la rémunération des prêteurs. Il creuse la brèche entre le système de financement de la dette des Etats et la volonté des peuples. 

Quand les finances baissent, quand l'état est mal géré les gouvernants manipulent artificiellement la monnaie, la dévalue,  font marcher la planche à billet : c'est la Grèce de  1953, la  France en 1981, 1982 et 1983. Ce sont aussi les Etats-Unis depuis de nombreuses années ou le rachat de dette par la BCE en ce moment. Seulement dans le cas de la Grèce, la monnaie étant l'euro, l'ajustement se fait sur les salaires, par la rigueur. Les Grecs payent leur incurie et les intérêts des marchands d'argent avec lesquels leurs dirigeants ont passé des accords sur leur dos.

 3 L'instabilité des gouvernements

Ce critère analysé par Raymond Aron est surtout lié au parlementarisme de la IVe République.  Quel enseignement pour les grecs peut-on en retenir ? Les forces politiques traditionnelles grecques sont laminées, surtout le parti socialiste accusé de n'avoir su défendre les intérêts des grecs. On a Siriza 36,3 % des voix, les Grecs indépendants (de droite, nationaliste, entre Sarkozy et Lepen) 4,7 %, Aube Dorée 6,28 % des voix au parlement ( à droite du FN), To Potami centriste, archétype de la formation politique antisystème, 6,05 %. La Nouvelle Démocratie de Samaras avec 27, 81 % des voix s'en sort mieux que le Pasok, 4,68 %. 

Les votes s'éparpillent. Siriza va devoir composer avec le mouvement des Grecs Indépendants, conservateur, issu d'une scission avec la droite.

Il y a tout lieu de croire qu'après quelques jours de tranquillité, le mariage de la carpe et du lapin va accroitre l'instabilité gouvernementale  en Grèce et donner raison au vieux sage. On verra dans quelques temps.

Sur les effets de la corruption analysés par Raymon Aron, la faillite de l'Etat, l'oligarchie, la perte de l'influence internationale, point n'est besoin d'y revenir. Tout est patent. L'aura politique internationale de la Grèce est depuis longtemps insignifiante. Heureusement, il lui reste sa marine marchand,  le tourisme, l'Acropole et le mont Olympe, des noms de grecs connus dans les manuels de philosophie.

Ps :Rappel du titre du livre de Raymond Aron : Démocratie et Totalitarisme. J'espère qu'il n'a pas envisagé la corruption comme une voie au totalitarisme. :=((((

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