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Antoine Lacroix

Antoine Lacroix

Blog de réflexions sur les problèmes de société


La méthode ADVP adaptée au soutien scolaire

Publié par Antoine Lacroix sur 10 Janvier 2015, 10:13am

Catégories : #ADVP, #Soutien scolaire

Gabriella est en première S. Elle peine à réaliser son TPE. Elle est bloquée. Elle a passé beaucoup de temps avec son binôme Djamel pour défricher les multiples aspects du sujet qu'elle a choisi et maintenant elle est découragée.

Que faire ?

Lui redonner un cadre de travail, qu'elle puisse se situer par rapport à ce cadre et retrouver de l'élan.

La méthode ADVP : aide au développement vocationnel et personnel comporte quatre phases

Découvrir - Comprendre - Hiérarchiser/Choisir - Réaliser

Cette méthode développée initialement pour aider les élèves à trouver une orientation professionnelle, étendue aux chomeurs, peut être utile dans le cas du TPE de Gabriella.

Elle découvre ce qu'on lui demande, la consigne. La difficulté pour les élèves est de comprendre ce qu'on leur demande. L'attitude des enseignants à ce sujet peut ne pas être congruante, allant à l'encontre de leur discours.  Comment chercher à être exhaustif et simple à la fois. Le cerveau de l'élève est engorgé, gavé par l'enseignant aidé en cela par la propension des responsables au ministère à bourrer le temps passé à l'école ou plutôt à ne pas tenir compte du temps disponible.

Tout le monde est à la bourre à l'école : les créateurs de programmes qui doivent bourrer l'élève de connaissances, les enseignants toujours en retard sur leurs programmes. Ils doivent absolument faire le programme. L'éducation nationale a la hantise du programme. Faire le programme c'est ce qu'on doit à l'élève si bien que l'on voit en fin d'année des programmes baclés en quelques heures : réflexe absurde de bonne conscience grâce auquel le prof se sent soulagé. Le résultat est que les cerveaux sont toujours vides, les progrès inexistants, les profs sont découragés, maudissent leur travail, tombent en dépression avec le sentiment d'avoir gâché leur vie dans un non-sens permanent. Ceux qui sont attirés par l'enseignement le sont pour de mauvaises raisons comme les vacances, la sécurité de l'emploi, la paye et la retraite pas si ridicule que ça. Ils sont enseignants par défaut à moins d'accepter leur nouvelle condition de combattant. L'école est absurde parce qu'elle est centralisée, soviétisée, planifiée, décidée d'en haut, mythifiée et somme toute sacrifiée sur l'autel d'une République aveugle, phare trompeur de toutes les pensées. L'école de la République n'est pas juste, parce qu'elle est moralisatrice et oublieuse des rationalités. Notre République est écartelée entre le désir de justice collective et l'obligation d'uniformité des individus pour permettre le vivre ensemble. Il y a là une faille dans la réflexion philosophique collective.  Notre République est riche de trop de droits. La justice, l'intérêt de son prochain, le vivre ensemble, la nécessité d'éduquer aux  valeurs nobles se heurte à une mise en oeuvre incohérente. Laurent Laforgue dit que l'Education Nationale est devenu un "vaste mensonge". Ne pas travailler avec l'élève sur sa compréhension des consignes, des corrections, c'est comme demander à un industriel de fabriquer une pièce sans s'assurer qu'elle est à la côte. L'école livre chaque année 150 000 pièces défectueuses sur le marché du travail. On doit s'interroger pour savoir si l'Education Nationale enfoncée dans l'irrationnel ne partage pas des caractéristiques avec les sectes encouragé par l'Etat.

Enfermement sur elle-même.

Enfermement de la parole, la contestation est impossible.

Sacralisation d'une idéologie

Atteinte à l'intégrité physique des adeptes

Rupture avec la famille

Embrigadement des enfants

Discours anti-social, culture de la marginalité, de la contestation, du débat conflictuel,  de la non-réussite économique, sous prétexte du souci du pauvre notamment par les textes étudiés en cours de  français.

Structure pyramidale, hiérarchique, opaque et cloisonnée.

Manipulation mentales, mensonge, l'acceptation de l'inacceptable par les profs, encouragée par la hiérarchie, le reste de la société. Si vous ne savez pas vous faire obéir vous êtes incompétent. Vous devez accepter la violence des élèves, c'est comme ça, on n'y peut rien.

L'incompétence de l'Etat à gérer ses structures et ses personnels retombe sur les enseignants qui sont culpabilisés.

Le défaut de cohérence de l'organisation crame les désirs, les motivations, les psychismes. Voilà cette école que je vois, que j'ai quand même envie d'aimer pour les saints et les saintes, les talents qui s'y trouvent, pour l'avenir qu'elle nous donne.

Bref revenons à nos moutons.

Gabriella découvre son sujet de recherche, elle utilise les techniques de recherche par internet, note les pages qu'elle consulte. Elle se crée un compte Diigo ou autre logiciel de bookmarking. Elle classe les sites selon leur contenu et leur catégorie, site encyclopédique, journalistique, blog, site gouvernemental, instance internationale. La question est de savoir d'où parle l'auteur et qui il représente. 

En découvrant son sujet, elle doit finir par le comprendre. Une problématique apparait. La première erreur de Gabriella est d'avoir adopté la thématique préconisée par le ministère et ses enseignants sans se l'approprier . La problématique n'est pas venue de la découverte du sujet mais par le haut. Elle veut appliquer une idée toute faite à un sujet qui défend sa logique telle qu'elle apparait à travers le prisme de la recherche sur internet. La découverte du sujet va faire apparaitre des contradictions, des incertitudes, des zones d'ombre qui vont venir interroger la personnalité de Gabriella et de celle de Djamel. Il va falloir que ces deux subjectivités interprétatives se confrontent autour d'un sujet donné. Cela demande de laisser parler le sujet afin que les deux personnes se rassemblent dans un même regard. Certains sujets, plus lisibles, cohérents, s'imposent d'eux mêmes, d'autres demandent plus de réflexion et de concertation. La deuxième erreur est d'avoir choisi un sujet assez conséquent pour fournir du travail à une équipe de 20 personnes pendant 10 ans. Elle n'a que quelques semaines et elle n'a aucune expérience non seulement du sujet mais aussi du travail de recherche. Il doit être adapté au temps et aux moyens disponibles.

Ensuite, Gabriella va devoir hiérarchiser les informations qu'elle reçoit en fonction de leur pertinence par rapport à la problématique. Il s'agit de se poser les bonnes questions.

- Exposer une problématique c'est exposer en quoi une situation, une phénomène social, économique, etc... pose un problème.

Exemple : L'élitisme supposé d'un système éducatif dans une société qui s'affiche particulièrement égalitaire. 

Autre exemple : La passivité des consommateurs devant les frais bancaires.

Chercher à comprendre la passivité des consommateurs devant les frais bancaires est une tâche immense aussi on pourra orienter les élèves vers le sujet des crédits coopératifs qui a l'avantage de pouvoir être traité sous l'angle des mathématiques et sous l'angle de la philosophie et de l'éthique les deux matières choisies par Gabriella.

Le sujet annoncé doit être traité en entier et seulement lui.

Gabriella a des contraintes matérielles. Elle a un devoir à rendre d'un certain nombre de pages et une date butoir. Elle doit rendre compte de la conduite de ses recherches sur un carnet de bord. Le TPE doit conduire enseignants et élèves à travailler en groupe. Il se peut que les enseignants laissent Gabriella se débrouiller toute seule pour trouver sa problématique alors qu'il leur revient de la discuter, de la valider. Or Gabriella est perdue parce que les enseignants n'ont pas validé sa problématique. Ses difficultés viennent en partie du non-respect des consignes de travail du côté enseignant.

Quand Gabriella aura hiérarchisé ses informations, elle pourra choisir certaines et en laisser d'autres de côté. Avec ce matériau, elle élaborera son plan et pourra réaliser son TPE, le rédiger en police Times New Roman taille 12, interligne 1,5, les conditions formelles de rédaction sont imposées par les enseignants. Gabriella et son binôme découperont le travail à fournir en nombre de pages, de lignes. Une demie-page pour l'introduction, 9 pages pour la première partie, 9 pour la deuxième,  3 pages pour chacune des six sous-parties, une demie page pour la conclusion.

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On pourrait penser que Gabriella et Djamel vont commencer leur première séance de travail par découvrir leur sujet, comprendre dans la deuxième séance, et ainsi de suite pour commencer à réaliser à la sixième. En réalité les étapes sont  intriquées dans un système transactionnel. Le chemin se crée au fur et à mesure qu'ils avancent. L'élève construit sa connaissance dans une démarche inductive. Il s'agit pour Gabriella de s'arrêter à un moment donné sur une photogaphie de sa pensée du sujet parce que la recherche de connaissance est un phénomène itératif, en boucle et sans fin. On ne sait pas à l'avance comment la matière travaillée va se comporter face aux interrogations de l'élève. 

Ainsi la phase de découverte est aussi une phase de compréhension et une phase de hiérarchisation et de choix. Prenons un exemple : 

Voici un thème imposé par le ministère : le commerce

Je sais en écoutant les infos à la télé, par les cours, que le thème du commerce ne va pas de soi en France et dans le monde.

Le commerce est lié au thème de l'équité, de la protection de la nature, du respect des ressources naturelles, au travail des enfants, des petits propriétaires fonciers contre les multinationales qui pourtant d'un autre côté donnent du travail à beaucoup de personnes.

Je fais des recherches sur internet sur ces sujets, je m'aperçois vite que ces thèmes sous-jacents au domaine du commerce sont trop généraux. Je vais m'intéresser à des sujets que je ne pourrais pas traiter dans le délai imparti et en vingt pages. Je prends conscience que je suis obligé de restreindre le thème de ma recherche.

En restreignant le thème de sa recherche c'est aussi lui même que l'élève restreint et ses envies de connaissances parfois débordantes, travers que va favoriser la recherche sur internet habituellement utilisée dans le cadre familal, de loisir et non dans un cadre scolaire, pré-professionnel. L'enseignant doit aider l'élève à resteindre sa recherche.

Aussi je choisis de restreindre mon sujet à une zone géographique, la France et à un thème sous-jacent à celui du commerce comme le maintien du petit commerce dans les zones rurales parce que c'est là que j'habite et que cela pose un problème auquel je suis confronté dans mon village. Un autre sujet m'intéressait : les épiceries de quartier tenues par des personnes originaires du maghreb en région parisienne, celles qui sont ouvertes jusqu'à 22 ou 23 heures le soir et qui ont fleuri un peu partout ces dernières années. J'ai pensé à cette idée à propos du printemps arabe qui a commencé en Tunisie par l'immolation par le feu d'un marchand de fruits et légumes ambulant dont le chariot a été confisquée par la police. J'y ai deviné une relation entre un modèle traditionnel de subsistance et sa transposition en région parisienne. Je sens qu'il y a matière à réflexion mais pour bien réaliser ma recherche, je devrais traduire des sites en arabe ce qui me prendra trop de temps. 

Je choisis donc le thème du maintien d'un commerce de proximité en zone rurale parce que la désertification des campagnes rejaillit sur le thème du maintien des personnes agées chez elles comme pour ma grand-mère que ma mère doit emmener en courses à l'hypermarché tous les samedi.

Mais j'y pense ! Djamel est peut-être d'origine tunisienne, il doit être capable de chercher sur des sites rédigés en arabe. 

Bon ça y est ! On a notre problématique, Djamel voulait étudier les conséquences du téléchargement illégal de musique sur les ventes de CD en France mais on a choisi :

En quoi les épiceries de quartiers en France sont-elles la continuité d'un modèle de subsistance maghrébin ? 

On a été obligé de réduire encore notre sujet aux marchands de fruits et légumes. 

En fait notre recherche est trop ambitieuse et on ne trouve presque rien à ce sujet sur internet. Bref, il va falloir réfléchir encore. Les conditions matérielles de recherche nous obligent à revoir notre axe de recherche initial.

Ainsi avant de passer à la réalisation, les aller-retour entre les phases sont constants. 

 

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Comme nous pouvons le voir avec cet exemple, la hiérarchisation se nourrit d'interrogations entre les ressources disponibles et la direction en création, entre le rêve, l'envie et la réalité, entre ce qui existe et ce qui advient. 

Pour que l'élève puisse contextualiser son idée de recherche, il doit être capable de prendre du recul. Pour cela il doit comprendre le type de travail  demandé et en cas de difficulté revenir sur les consignes fournies par l'enseignant. Les problèmes surviennent souvent du fait que les élèves ne prennent pas le temps de lire, et de comprendre les consignes. Ils  les survolent en croyant les avoir comprises. Il faut donc les ramener à la consigne, scolairement. Le scolaire pour un jeune de 16 ans peut être synonyme de limite à sa prise de puissance. Il devient adulte et on lui demande de rester enfant. Il y a là une contradiction entre l'injonction naturelle et l'injonction de socialisation,  source de frustrations chez l'élève.

Le TPE est une initiation à la recherche. L'élève doit montrer qu'il a été capable d'organiser sa recherche personnelle et de la faire partager, de la confronter avec celle de ses équipiers, de détecter des incohérences sur un thème précis, de se poser des questions. La méthode utilisée ici présente l'avantage d'être transposable à la problématique de l'orientation professionnelle des élèves, le TPE constituant ainsi une initiation au choix de vie.

 

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L'ADVP à destination des élèves

 

L'ADVP est une méthode d'orientation professionnelle née au Québec qui permet d'apprendre à choisir. Elle a été créée à destination des jeunes en situation d'orientation professionnelle.

Les professionnels de l'orientation globalement utilisent deux méthodes.

Le choix d'un métier se fait soit en comparant le profil psychologique des individus avec les métiers soit, comme dans la méthode ADVP, l'individu se met au travail et devient acteur de son orientation.  Le choix d'une voie professionnelle sera le résultat d'un processus dans lequel l'intervenant aura installé l'élève.

Il existe une autre méthode, empirique, de tâtonnement, celle des études professionnalisantes.

Les études post-bac font ce travail de sélection des idées d'emploi. L'étudiant choisit des études générales puis se spécialise au fur et à mesure des paliers franchis. Les élèves s'approprient les formations et les font dévier de leur finalité, contournent la sélectivité des grandes écoles, ou le gâchis humain de l'université. Ils sont acteurs de leur propre orientation et subissent aussi des échecs dans cet apprentissage du choix, autrement dit des erreurs d'orientation, la fac étant souvent la destination par défaut, celle qui vient quand la réflexion n'a pas été assez approfondie, un cul-de-sac, le fond de la piscine sur lequel l'élève rebondit pour aller ailleurs, ravalant sa déception devant le temps perdu. 

La méthode ADVP anticipe sur ce processus de sélection des possibilités réalisé souvent dans la "vraie" vie par l'entrée en fac, ou en études courtes comme BTS, IUT et poursuivies par les licences et les master 1 et 2 . Le passage par les études courtes sert ainsi à éviter de s'investir sur le long terme et à valider une orientation faisant de la licence pro un outil vers l'approfondissement par les études longues ce à quoi elle n'est pas destinée a-priori. Voir ce lien. Le problème d'orientation n'est pas souvent évoqué pour expliquer ce dévoiement des licences pro qui doivent normalement être la dernière année d'étude alors que 20 % des élèves en licence pro continuent en master.

Les retours des élèves sur l'utilité des conseillers d'orientation de l'Education Nationale  ne sont pas rassurants. L'orientation se fait trop souvent sur le tas, par les tests de filières ratés, par les petits boulots, les jobs d'été dans l'animation dont la "rémunération journalière ne peut être inférieure à 2,20 fois le montant du smic horaire" (Wikipédia). A quand un contrat officiel d'esclave pour l'industrie, le commerce, l'artisanat là ou les larbins et autres grouillots pourraient légalement se faire exploiter temporairement et avec bonheur pendant les vacances pour gagner trois francs six sous ( 600 euros net pour 21 jours de travail dont deux jours de repos) ?

Les méthodes d'orientation professionnelle ont donc toute leur place dans les métiers d'orientation en milieu éducatif mais aussi dans le travail scolaire à proprement parler.

 

L'ADVP outil de diagnostic et de remotivation

 

Il s'agit pour l'intervenant d'essayer de comprendre dans quelle situation se trouve la personne afin de poser un diagnostic pour aller vers la remédiation.

Cette méthode ADVP a été  développée et étendue vers les  personnes en situation de chômage

Au bout de quelques mois de recherche, les chômeurs finissent par être démotivés et leur vision d'eux mêmes par rapport au travail finit par se dénaturer. Ils ne se pensent plus aptes à travailler. Cela se traduit dans leur comportement et leurs stratégies d'adaptation à cette nouvelle vie.

On retrouve une  attitude comparable chez les élèves des classes défavorisées qui adoptent les codes vestimentaires ou de coiffure, de tatouage, les jeans en bas des genoux. Des élèves tatoués, percés se coupent de possibilités d'emploi en contact avec le public comme dans l'hôtellerie ou la restauration par identification avec des activités professionnellement marginales en rupture avec le monde non fantasmé du travail. Le foot, les radios-crochets télévisés n'en sont que la partie visible.

Le monde du travail est idéalisé. C'est sa tendance. Le travail de l'esprit est philosophiquement et socialement privilégié au détriment du travail du corps assimilé depuis l'antiquité à  l'esclavage, à la pénibilité.

L'éducation nationale induit et répond à cette tendance en privilégiant les filières générales au détriment des filières professionnelles. Ce constat est  une banalité.

Or la réussite économique d'un pays repose aussi sur les ajusteurs-monteurs, tourneurs-fraiseurs, ou spécialistes des machines à commandes numériques et autres rodeuses, emboutisseuses, dont les salaires n'ont rien à envier à ceux des professeurs des écoles recrutés à niveau Master 1.

Pour l'éducation nationale l'orientation des élèves en filière professionnelle est considérée comme un échec.

L'objectif des proviseurs est d'envoyer le plus d'élèves en seconde générale.

Dans le passé, quand l'apprentissage était possible dès quatorze ans la séparation du jeune de son cocon familial se faisait beaucoup plus tôt. Le question du retour à l'apprentissage  dès 14 ans a été reposé par le Jean-Louis Borloo en 2006 avec son projet de Contrat d'Apprentissage  Junior, et fait l'objet de débats politiques réguliers, le problème étant que l'apprentissage repose sur une place de l'artisanat en déclin et un humus économique stérilisé par l'inflation réglementaire fondée sur l'aversion au risque et la surprotection. L'aléa juridique effraye presque plus que l'aléa de production, un incendie. Qu'est-ce qui est le plus dommageable pour la survie d'une activité, le procès au prud'homme ou un incendie dans l'atelier de production ?

Dans la vision des jeunes en difficulté scolaire, le monde du travail ne leur est pas destiné.

L'école qui mène au travail ne fait pas sens pour eux.

Pourquoi apprendre à l'école   et pourquoi faire ses devoirs à la maison avec la maman, mère au foyer et le papa condamné à l'intérim depuis vingt ans ? Les allocs rapportent plus que le travail. La vie s'organise autour de l'assistanat auquel le bénéficiaire se forme. Il connait ses droits et les revendique aidé parfois instrumentalisé par le secteur associatif. 

La réussite scolaire est vue alors par l'élève comme un reniement de la condition sociale des parents. L'élève est perdu, ni bien à l'école, ni bien dans la famille. Il décroche de l'école et passe sa vie dans la rue dans laquelle il se recrée un univers valorisant par sa violence mais finalement destructeur. Les filles restent parfois dans leur chambre (voir le témoignage de Karima,17 ans) alors que les garçons sont attirés par la délinquance.

Le rapport au savoir et son lieu d'imprégnation : l'école, ne sont pas socialement  et affectivement acceptés. L'école remet en question l'identité des parents garants  de la structure familiale. L'école est finalement désorganisatrice de la famille en dépouillant les parents de leur place auprès de leurs enfants qui finissent parfois par avoir honte d'eux. Etre étranger à sa propre famille en référence aux écrits autobiographique d'Annie Ernaux, voilà ce que peut proposer l'école aux élèves en décalage culturel par rapport à elle du fait de leurs origines sociales. L'immigration en renforçant le décalage culturel est un facteur agravant de déstructurations familiales, des enfants envers les parents. 

 

Le travail de l'intervenant

 

L'intervenant engage l'élève dans la prise de recul sur lui-même, le fait réfléchir sur ses compétences, ses capacités. Il engage l'élève à se voir autrement. Mais il doit aussi engager les parents à voir leur enfant différent d'eux, comme le produit d'un environnement qui n'est pas celui dans lequel ils ont grandit. L'intervenant à la suite de l'école va interroger la place de la tradition dans la famille. Parce qu'il existe des pratiques familiales invalidantes au regard de notre conception de l'éducation, parce qu'il existe des situations d'immigration dans lesquelles les adultes se raccrochent autant qu'ils le peuvent à leur identité, tout en enjoignant à leurs enfants de faire le contraire mais aussi de faire comme eux, de garder leur langue, leurs religions, leurs coutumes propres. Les enfants sont perdus et les tensions au sein des familles se révolvent par le conflit. A la situation sociale dégradée, se rajoute la situation familiale violente. 

Le danger de mettre en avant l'inadaptation éducative des familles surtout maghrébines et dans le maghreb surtout algériennes il faut bien le dire mais aussi en provenance de l'Afrique sub-saharienne est que la République acquiert une vision parentélaire et négative de la situation de l'élève sans se poser la question de savoir en quoi le comportement de l'élève interroge la nébuleuse dont il est le centre et dont l'école fait partie. L'envie des intervenants est d'agir sur l'individu alors qu'il doit peser sur l'organisation laquelle lui dit que son comportement n'est pas conforme alors qu'elle fait tout pour qu'il le soit.

L'école ne va pas voir dans la famille ce qui se passe. Elle ne peut pas le faire alors qu'elle le devrait. Les profs ne sont pas des intervenants sociaux disent-ils. Et bien si. C'est la réalité. Ils sont passés de l'instruction à l'éducation. L'instruction est un prétexte à une action éducative plus générale et la tendance est d'associer de plus en plus les familles à l'action éducative. 

Exemple de fiche de suivi en collège: 

"Cette fiche de suivi doit être donnée à chaque début de cours au professeur. En fin d’heure, le professeur évaluera le comportement, la motivation et le travail de l’élève.

En fin de semaine, le CPE et le Professeur principal regarderont cette fiche, si elle comporte plus de 3 remarques négatives sur la semaine, des sanctions seront prises (retenues, avertissements, commission vie scolaire….). Les professeurs indiqueront « RAS » s’il n’y a rien à signaler ; bien sûr, les remarques positives peuvent être apportées.
Tous les soirs, l’élève fera signer sa fiche par ses parents. Il devra la présenter tous les lendemains matins au bureau du CPE.

Un point sera fait chaque fin de semaine (ou en début de semaine selon le cas) avec le Professeur principal."

Ici (diaporama) nous trouverons un exemple de l'utilisation de la méthode pour orienter des  élèves en classe de 4 ème SEGPA. 

 

 

La méthode n'est rien sans la personnalité de l'intervenant

 

La méthode ADVP n'est qu'une méthode, elle ne vaut que par les qualités de la personne qui la met en oeuvre. Les études montrent que les résultats positifs ou négatifs dans une relation d'aide, de conseil, d'accompagnement ou de soins tiennent plus dans la personnalité de l'intervenant que dans la méthode employée. Les bons intervenants sont spécialistes de la relation à l'autre avant d'être des spécialistes d'une méthode.

                                                     

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La méthode ADVP est née dans les années 70. Elle entend la relation à l'élève  comme un accompagnement.

La "bonne" relation à l'autre dans une situation de soin ou de conseil a changé de nature dans le temps. La position de l'intervenant a pu être d'autorité pour nos grands-parents, puis d'intervention minimaliste sous l'influence de la psychanalyse. Depuis les années 90, la tendance est à l'accompagnement. 

L'élève qui vient en soutien scolaire est en situation d'anomalie, différenciée et déviante qui  vient soumettre son intérieur et son dehors, lui et sa relation à l'autre, sa famille, son territoire. La notion de déviance, d'anomalie sous-entend que la réponse apportée à l'élève doit inclure une réflexion sur le milieu dans lequel il évolue et non plus seulement sur lui. L'élève apporte son environnement que l'accompagnant va devoir interroger et essayer de découvrir.

Un cas concret : des parents ont une grande maison où leur enfant élève au lycée a beaucoup de place pour s'épanouir. L'abondance de place ne permet pas de poser la question de la sélection des objets à conserver au détriment de ceux dont il faut se séparer ou de la place qu'ils doivent occuper. L'abondance de place n'aide pas au rangement. Cette absence de questionnement se retrouve dans la copie. L'élève a du mal à catégoriser en fonction de critères définis parce qu'il n'en voit pas la portée pratique. Au passage on peut remarquer que l'on arrive à un paradoxe. L'aisance matérielle des parents dans ce cas favorise une conformation mentale moins bien adaptée au travail scolaire. Cela vient contredire l'image traditionnelle de la famille nombreuse dont les enfants s'entassent dans un petit appartement et sont sociologiquement obligés de moins bien réussir que d'autres qui bénéficient d'un grand espace.  Un grand espace est parfois mal géré et peut être la cause de difficultés inattendues. S'il peut exister statistiquement une corrélation entre la réussite scolaire et l'aisance matérielle , elle n'existe pas nécessairement au niveau individuel.

Commençons par l'école pour parler ensuite de la famille car cette dernière est incriminée trop rapidement et trop souvent pour expliquer les échecs scolaires.

 

L'élève par rapport à l'école

 

Le travail d'accompagnant scolaire n'est pas un travail d'enseignant.

L'enseignant prodigue son cours à des élèves souvent passifs et peu engagés en cours dans des activités concrètes. Le cours magistral reste trop souvent la norme. 

Les élèves travaillent à la maison ou dans des devoirs sur table mais peuvent  finir l'année sans avoir compris comment rédiger une introduction de corpus parce qu'ils n'auront pas eu la bonne personne à côté d'eux au moment de la rédaction. Leur cerveau a besoin de faire , d'exécuter pour comprendre. Sans aide, ils vont répéter les mêmes erreurs. La compréhension de la méthode se fera par le geste, par le corps, par le stylo, sur l'établi.

Le problème est que la pratique se fait trop souvent à l'occasion d'un travail noté puis annoté de remarques illisibles et vite oubliées. L'enseignement se fait en surface à cause du trop grand nombre d'élèves dans la classe et de l'absence d'atelier d'approfondissement. Pour bien savoir rédiger une introduction certains élèves ont besoin d'en écrire beaucoup, dix, vingt peut-être, de s'entrainer longtemps sous l'oeil d'un guide.

 On le voit, le travail de l'enseignant est parfois contradictoire, il doit à la fois fournir des éléments de culture littéraire et faire comprendre une méthologie laquelle n'est pas toujours discernée par les élèves dans le flot de connaissances imposées par les programmes.

L'intervenant au contraire ramène l'éléve vers les objectifs parce qu'en définitive le travail de l'élève doit être scolaire, cadré. Ce qui est d'abord valorisé par l'enseignant c'est la maitrise des étapes de rédaction et le respect d'une bonne logique de réponse aux questions plus que les connaisances livresques. L'élève doit apprendre à se servir d'un outil avant de réaliser une oeuvre, ou d'avoir des idées originales. L'enseignant valorise les élèves dociles aptes à bien comprendre et appliquer la règle. L'enseignant de première en littérature en France ne cherche pas les idées originales. L'intelligence qu'il cherche à obtenir est en premier lieu celle de la bonne utilisation de l'outil.  Les élèves ne comprennent pas toujours cet objectif minimaliste parce que l'enseignant est intéressé par la littérature avec un grand L et veut souvent faire partager sa passion avec moult textes et connaissances. Le mieux est souvent l'ennemi du bien. 

 

Intervenant en soutien scolaire versus enseignant

 

L'intervenant vient en complément de l'enseignant avec l'avantage de pouvoir mettre en relation l'élève et son milieu de vie.   Si l'accompagnement se fait en centre de soutien, l'intervenant pourra se faire dessiner et se faire expliquer le lieu de vie par l'élève mais aussi par les parents. La confrontation des deux discours, des deux interprétations est source d'enseignements à la fois pour l'intervenant mais aussi pour les parents entre eux et entre l'élève et ses parents.

La demande de soutien peut venir des parents qui pour s'impliquer en apportant une aide à leur enfant, vont payer en pensant que cela suffit pour être de bons parents. C'est donc leur conception de la parentalité qui va être questionnée et parfois celle de la conjugalité. L'accompagnant est légitime à orienter les parents vers un tel questionnement, l'enseignant ne l'est pas car il outrepasse son rôle, il répugne à rentrer dans ces considérations. Il n'est pas formé aux pratiques du travailleur social, sa déontologie, les notions de secret partagé, des techniques d'entretien en face à face. Ce n'est pas son travail, il n'est pas travailleur social. Etre enseignant est un statut, cela permet d'avoir une place dans la société à laquelle il se doit de correspondre. Cela se voit dans les annotations sur les copies : les annotations sont trop souvent l'expression d'un rôle que l'enseignant joue avec la copie, qui lui renvoie l'image de sa fonction, de lui-même dans son travail, mais pas avec l'élève. 

 

L'exemple des annotations 

 

Certaines annotations éloignent l'élève de la copie corrigée et à ce titre source d'enseignement parce qu'elles accentuent son sentiment d' incompétence.

L'élève devra déchiffrer les annotations, c'est à dire comprendre l'écriture du prof et ensuite leur signification concrète et  troisième lieu identifier en quoi elles soulignent une erreur, un manquement de leur part. En quatrième lieu, le élèves devront en tirer les conclusions, trouver les actions à mettre en oeuvre pour corriger l'erreur. Dans ces cas l'annotation renforce l'incompétence car l'erreur est soulignée sans donner les solutions. L'élève se trouve dans une impasse. 

L'enseignant n'a même pas idée d'aller questionner l'utilité réelle des heures qu'il passe à corriger les copies sinon il interrogerait l'élève sur le bien-fondé des annotations au lieu d'attendre que ce dernier vienne lui poser des questions. L'annotation est là pour justifier de la conscience professionnelle de l'enseignant mais pas pour aider l'élève parce qu'elle n'induit aucun retour, aucune validation. L'annotation a quelque chose du rite, de l'apparence, du rôle à tenir par l'enseignant, de la compensation devant l'absurdité qui participe, à la longue, du désintérêt de l'enseignant pour son métier. 

Personne ne passe jamais derrière le travail de l'enseignant. Il est maitre dans sa classe, il est diplomé et compétent, compétent parce que diplomé. Dans sa matière il ne doit de comptes à personne. Cela se manifeste par un rituel vide de sens :  la correction des copies. Ceux qui font tout bien n'ont pas d'annotation. Pour eux aussi la correction est vide, sans objet. Les enseignants disent (voir le lien ) que les élèves sont peu motivés et que les corrections sont peu efficaces pour faire progresser les élèves. La correction est une corvée, qui correspond à l'empilage  des boites de conserves du gondolier d'hypermarché, une activité sans odeur et sans saveur pis même désespérante. 

Il revient à l'institution d'aller au devant des interrogations de l'élève. Cela implique que l'enseignant se laisse dépouiller d'une partie de ses prérogatives. En primaire il existe des maitresses de Razed mais il n'y a rien  de comparable pour les collèges et lycées alors qu'on assiste à des régressions, des décompétences à l'âge de l'adolescence comme des écritures illisibles, des pertes de cahiers, des pages arrachées, des prises de notes folkloriques qui ne servent à l'élève qu'à se trouver un semblant d'occupation en cours. Les cahiers des cm1, cm2 sont mieux tenus que ceux de beaucoup de leurs ainés. L'institution doit réapprendre aux élèves à faire attention à leurs affaires, à tailler un crayon, ranger sa trousse et son cartable. Elle part du principe que cela doit être acquis alors elle ne s'en occupe pas ce qui nous coute globalement très cher. L'enseignement se fait sur des leurres, des dénis de réalité du niveau réel des élèves qui passent de classes en classes parce qu'on ne sait plus quoi en faire. Si les profs ne savent pas quoi en faire, ce n'est pas un patron qui va prendre le relais. L'Education Nationale se débarrasse des élèves sur vers le marché du travail. Les exclus de l'éducation nationale sont les futurs exclus sur le marché du travail. Cette réalité se constate en regardant trois copies d'élèves de première et deux d'élèves de collèges en difficulté scolaire.  Elle saute aux yeux. 

La cohérence de nos sociétés repose sur la dette de ceux qui réussissent envers ceux qui échouent or l'absence de travail en relation des enseignants, l'éducation nationale étant une chasse gardée d'autant plus protégée qu'elle s'adresse à 13 millions de personnes, est une cause de blocage.

Il devra donc connaître les ressources publiques, associatives, ou privées disponibles sur son territoire et savoir orienter les parents, la demande de soutien scolaire étant ainsi le révélateur de tensions au sein de la famille et plus particulièrement lorsque les membres du couple sont issus de cultures, de pays différents ou éloignés des valeurs dominantes demandées à l'école. 

L'Etat a laissé le terrain du soutien scolaire aux organismes privés dans lesquels des apprenants apprennent à d'autres apprenants des classes inférieures.  La compétence est laissée au choix du hasard. Leur savoir est donc simplement académique : un étudiant en maths ne fait pas de sociologie. 

 

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