Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Antoine Lacroix

Antoine Lacroix

Blog de réflexions sur les problèmes de société


Allocations familiales, la religion de l'universalité

Publié par Antoine Lacroix sur 26 Octobre 2014, 16:00pm

Catégories : #religion de l'universalité, #religion, #universalisme

Quoi de plus normal que d'accorder une aide en fonction des besoins ? Ceux qui gagnent plus de 6000 euros et ont deux enfants vont perdre 1,08 % de leur budget annuel. Y a pas de quoi fouetter un chat.

Une aide à effet homéopathique pour les gros revenus qui devient substantielle pour les plus pauvres a continué d'être versée de la même manière pour tous.  Cette incongruité s'est perpétuée jusqu'à maintenant en raison d'une volonté transverse droite-gauche de préserver le principe d'universalité. Ce principe nous vient d'une conception absolue (et dépassée) de l'égalité du citoyen devant la loi et d'une solidarité. Cette manière de voir relève de la pensée magique, d'une religiosité portée par des mouvements fachés avec une philosophie politique moderne et renouvelée.  Cette entorse à l'universalisme vient remettre en cause les excès de la pensée républicaine. Il s'agit pour notre classe politique de redéfinir les valeurs platoniciennes du Vrai, du Bien, du Juste appliquées à leur domaine bousculé par les changements rapides au sein de la société.  Michel Crozier (sociologue, 1922-2013) que ce soit dans "Etat moderne, Etat modeste" ou dans la "Crise de l'intelligence" s'en est toujours pris aux élites qui sont trop compétentes, trop intelligentes, trop sûres de leur fait et de leur supériorité alors qu'"une solution bonne sur le papier n'est rien tant qu'on n'a pas expérimenté les conditions de son application". De ce fait, le bien doit être éthique, s'accompagner d'une déontologie, c'est à dire qu'il doit être à la fois juste dans son principe et dans ses effets. L'empirisme du 17 ème siècle de Locke ou Hume, s'est ramifié fin 19ème  en pragmatisme de William James, John Dewey, ou Charles Sanders Pierce par ailleurs brillant sémiologue et logicien dans lequel une idée vraie est une idée utile qui se valide par ses résultats positifs

Cette notion d'universalisme est soutenue, paradoxalement, car elle nous vient du Christ venu à la fois pour le croyant et le païen puis de la philosophie des Lumières et de la Révolution, par  l'idée que des êtres sont supérieurs aux autres parce qu'il pensent savoir mieux que les autres ce qui est bon pour l'humanité toute entière. L'universalisme est l'expression d'une volonté d'imprimer sa marque, une conception du monde, des valeurs. L'universalisme est cette idée par laquelle les peuples dits civilisés affirment le mépris de l'autre au nom de l'amour pour paraphraser Aimé Césaire.  Les mouvement des ONG françaises, la Croix-Rouge sont portées par cette idée qui est une forme d'arrogance et d'ethnocentrisme, de colonialisme des idées déguisé. C'est à l'Occident chrétien mais aussi athée d'aller prêcher la bonne parole. En Occident et en France en particulier, on sait mieux qu'ailleurs ce qui est bon pour les autres. La domination est à la fois morale et économique. Mais la réussite économique de la Chine par exemple donne un sérieux coup de canif à ce qui est considéré ici en Occident comme la meilleure forme de système politique à savoir la démocratie. Comment la dictature peut-être elle critiquée alors qu'elle apporte un meilleur bien-être à la population ? Ce système politique détesté chez nous devient acceptable pour le chinois moyen qui peut enfin se payer sa voiture. Par sa mise en oeuvre le système politique de la dictature acquiert une justification morale. La dictature devient un peu plus  juste par son application parce qu'elle apporte une satisfaction matérielle jugée suffisante par les chinois. Une idée fausse tend à devenir vraie par les résultats positifs matériels pour l'homme qu'elle engendre. Et à l'inverse une idée considérée comme vraie car égalitaire comme celle de l'universalité des allocations familiales commence à se fissurer car  contraire à la logique de l'épaisseur du portefeuille. 

La matérialité commerçante est plus efficace pour l'épanouissement humain que la défense des droits de l'homme, concept archétypique de l'égalitarisme et de l'universalisme alors même que l'affirmation de son universalisme le rend intrinsèquement inégalitaire parce que sous-tendu par un complexe de supériorité. Les étrangers, qand ils parlent de nous les français, nous reprochent cette arrogance. Leur sentiment n'est pas inventé. Il a une cause que nous nous devons de prendre en compte.

Depuis sa libération, Wei Jingsheng (dissident chinois) vit en exil aux États-Unis et voyage pour promouvoir la démocratie en Chine. Il prend la parole devant des réunions politiques, est quelquefois reçu par des autorités officielles, et agit auprès des Chinois d'outre-mer. Dès 1998, il déclarait : « Les politiciens occidentaux renoncent à leurs principes pour gagner le marché chinois. Lorsque j’étais en Chine, les communistes me disaient que les démocraties n’avaient que faire des droits de l’homme. Évidemment, je ne les croyais pas. Ce que je constate aujourd’hui de visu pourrait me faire croire qu’ils avaient raison. (Wikipédia)

Ses contacts avec l'Occident ont fait croire à cet homme que la lutte pour les droits de l'homme était plus efficace pour améliorer la situation de ses compatriotes que le libre échange. La tendance naturelle à se consacrer à ce qui est utile à chacun, les échanges de bien et services ont amélioré les conditions de vie en Chine, la première des libertés étant de manger à sa faim. La chine est un pays où naguère on a vu des parents mangeant les enfants, pas les leurs, mais ceux du voisin avec qui ils avaient échangé leurs gosses. Dans la région du Guangxi après la révolution culturelle des élèves firent cuire leurs professeurs au barbecue.  La succession des famines jusqu'en 1961 accommodé de doctrine communiste avait fait dévier des chinois vers le  cannibalisme.  Pour Georges Guille-Escuret (Ethologue-Ehess)"La logique de domination n’est pas la même (que la nôtre) dans une société cannibale. Manger l’autre, c’est lui reconnaître une identité pareille à la nôtre. Souvent, au terme d’une bataille entre deux tribus, les captifs peuvent être mangés ou… adoptés ! C’est d’ailleurs une alternative que l’on retrouve dans des sociétés très éloignées les unes des autres, en Afrique, en Amérique… Dans les deux cas, le vaincu est en quelque sorte assimilé à la tribu. Cette logique de domination est incompatible avec notre civilisation. Dans l’histoire européenne, il y a généralement une différence de nature entre les individus, une hiérarchie plus stricte, par exemple entre le maître et l’esclave. Le rapport de stricte égalité identitaire, propre au cannibalisme, est alors impensable." Le cannibalisme est impensable chez nous car  nous sommes les pays du triangle de l'ébène, des esclaves, de l'inégalité entre les races que nous dénonçons à grands cris en faisant la leçon aux autres.

D'aucuns diront que les belles intentions sont vite oubliées lorsque l'argent est en jeu alors que l'échange des utilités médié par l'argent est source de  justice. La lutte pour les droits de l'homme est le supplétif de la lutte pour les parts de marché et non l'inverse. Aborder la question de l'égalité des hommes seulement sous l'angle moral, du principe abstrait, est un obstacle à sa compréhension puisqu'elle nous écarte du questionnement sous l'angle rationnel. Les questionnements entre l'abstrait et le concret doivent  se faire concomitamment, dans une dialectique permanente.

autre exemple :

Un responsable des AFC est interrogé 

 "Vous parlez de rupture. Qu’est ce qui est rompu ?

L’universalité. C’est-à-dire le principe qui consiste à assurer une solidarité entre les familles. Cette solidarité qui est par ailleurs le fondement du concept de retraite par répartition. Aujourd’hui, cette mise sous condition de ressources des allocations familiales est une rupture de solidarité : c’est une solidarité absolue qu’on relativise. À partir de là, tout est imaginable. Il se peut que demain on décide de rompre la solidarité sur le remboursement des médicaments ou sur les retraites par exemple. Tout devient possible et c’est grave."

Pour ce responsable ce n'est pas directement la solidarité qui est remise en cause mais le principe d'universalité qui d'absolu devient relatif. Le danger vient de la remise en cause d'un principe alors que cette mesure est indolore pour les familles concernées. Un principe contraire à la réalité n'est pas un bon principe, c'est une idéologie, une excroissance osseuse, une cuite, une goinfrée, un excès de vitesse, un débordement, une outrance.

Autre exemple d'erreur d'appréciation d'une décision en raison d'un attachement excessif au principe d'égalité.

Un concours de rentrée dans une grande école ( en 2011) a été aménagé pour permettre à une dizaine d'étudiants juifs de respecter leur fête religieuse. Médiapart s'en offusque, criant à l'injustice contre les musulmans. Cette idée d'aménagement pour les étudiants juifs est juste parce qu'elle est possible. Elle est facile à organiser, ne coute pratiquement rien. Rien ne justifie le refus. Les responsables du concours acceptent la demande. 

Pourquoi refuser cette possibilité aux étudiants d'autres confessions ?  Parce que cela devient ingérable, impossible matériellement. Le problème n'est pas de savoir si cela est injuste pour les autres étudiants mais de savoir si l'aménagement peut être généralisé. Médiapart qualifie d'injuste une décision matériellement impossible. 

Le même raisonnement est applicable à l'interdiction du foulard dans les écoles françaises par les jeunes musulmanes. La situation est gérable quand seulement quelques individus sont concernés mais devient insupportable quand leur nombre augmente. Avant la loi, les chefs d'établissements ont pris les décisions au coup par coup. Puis ils ont été dépassés et la création d'une loi a été décidée.

Pour raisonner correctement, la démarche n'est pas naturelle, il s'agit de passer d'une logique de qualité à une logique de quantité. Une décision que l'on sait juste parce que circonscrite devient injuste parce qu'étendue.  La transformation d'une logique à l'autre peut être imperceptible, le seuil d'appréciation subjectif et la décision sujette à critiques en raison d'une imprécision. Dans le cas des étudiants juifs, ou le cas du foulard islamiste, les réactions des journaux attachés aux valeurs égalitaristes entrainent la réflexion dans un registre où la moralité de la décision va être appréciée. Cependant des raisons contingentes en sont à l'origine parfois à l'insu du décisionnaire lequel va s'empêtrer dans des explications inadaptées. L'erreur des uns entraine l'erreur des autres bien que la réponse soit toute simple : ce n'est matériellement pas possible. 

Au hasard des lectures sur internet, on trouvera ceux qui ont professé de semblables propos à l'encontre de l'universalité. Ils  ont déjà été mis en avant par des penseurs tels que Edmond Burke en 1790 pour qui chaque peuple se construit son système non en fonction d'une métaphysque politique comme en France mais selon des contingences qui lui sont propres . On peut citer  Hippolyte Taine et sa haine de la Révolution issue pour lui d'une théologie "spécieuse" qui finira par produire une espèce bestiale et triomphante : le Jacobin, assoiffé de sang, nouveau roi des droits de l'homme par décret divin de l'être suprème. C'est très bien écrit, c'est  ici et sauvagement partisan, un vrai régal.

07/11/2014

Comme d'habitude après avoir écrit d'autres idées viennent, comme celle-ci : toute religion a une vocation universelle, la vérité venant d'en haut et descend jusqu'au plus petit. La religion porte en elle la domination mais aussi le bonheur de l'abandon dans les bras du Père. Suis moi et tu auras la vie sauve, nous disent les religions monothéistes. Il est vrai que si on avait suivi la doctrine sociale de l'Eglise ou les préceptes boudhistes la planète n'en serait pas là. L'Occident et plus particulièrement l'Europe a diabolisé les religions pour en oublier les sagesses.

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents