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Antoine Lacroix

Antoine Lacroix

Blog de réflexions sur les problèmes de société


Du non-suicide dans les conditions extrèmes et de la réalisation de soi.

Publié par Antoine Lacroix sur 2 Juin 2014, 08:13am

Catégories : #le non suicide

Pourquoi des personnes confrontées à des situations extrêmes sur des durées très longues n'en finissent pas par le suicide ?

C'est la question que je me pose quand j'entends des SDF se plaindre, pleurer sur leur vie et leur condition. A force de ras le bol on pourrait penser que cette dernière extrêmité est une solution qui se comprend, logique. Or, le taux de mortalité par suicide est de 5 % chez les personnes dans la rue. Il est de 28 % chez les agriculteurs et de 16 % pour l'ensemble des décès dans l'ensemble de la population. Non pas que le suicide des SDF  soit  un problème mineur car selon Vexliard la phase de régression est dangereuse de ce point de vue, la suicidologie voyant dans les  problèmes de logement, une cause importante de suicide. Cependant, il est courant de voir des personnes s'enfoncer petit à petit jusqu'à devenir ce que dans les camps on appelait les "musulmans" des zombies comme  vidés de leur substance dont Primo Levi , Bettelheim  ou d'autres font la description dans leurs écrits.

La rue est un lieu de pseudo-liberté, un lieu d'enfermement, le prolongement des lieux d'enfermement ou vécus comme tels : la famille, l'hopital psychiatrique, la prison. La proximité du monde de la rue avec celui du handicap et de la souffrance psychiques en fait un monde clos et de blocage de l'esprit.

Le non-suicide n'est pas un acquiescement à la vie. C'est une vie par la force de l'habitude. La personne ne peut pas faire autrement.

1 Déstructuration de la personnalité 

Dans les camps le suicide était rare car il aurait demandé que l'individu redevienne une personne capable d'un acte de volonté aussi fort, ce qu'il n'était plus assez rapidement à partir du moment ou il était tatoué du matricule et transformé en machine abrutie de travail et de manque de sommeil et de nourriture, quand il n'était pas transformé en matière première : du cheveu, du savon, un abat-jour. Sa mort n'est pas énoncée comme telle dans le vocabulaire officiel du camp mais il est "fertig" autrement dit "fini", "arrêté". Le camp est la suite d'une longue série de lois contre les juifs. Le boycott des commerces antisémites commence en 1933. ils sont d'abord victimes de discriminations avant d'être victimes de persécution. La dépersonnalisation se fait étape par étape jusqu'à l'abattoir du camp. 

Dans la rue, l'idée de mort revient assez souvent. Il me dit, ce sdf, que je rencontre dans la rue "j'attends la mort" ce qui revient à dire "je vis par mon corps mais mon esprit est un peu parti". Par l'alcoolisme omniprésent il me dit aussi deux choses : ce corps je le détruis et je m'en échappe. Je n'y fais même plus attention, les douleurs, la maladie, je ne m'en occupe pas.

L'incrustation dans un présent déstructuré

Les ressources de tous ordres chez eux sont atteintes . L'idée de s'en sortir au sens commun devient incongrue. Elle provoque la rupture de communication, le renfermement sur soi voire la régression psychique parce que tout simplement elle est hors de propos. inconcevable. S'en sortir, cela commencerait par avoir un logement mais la personne n'a plus d'envie, elle a des rêves qui en restent là. Elle valorise son univers de la rue comme un choix et n'aspire plus à la vie de tout le monde. Le vouloir est détruit, ou simplement parfois enfoui. La personne ne pose plus d'acte, fruit de l'autonomie de la volonté parce qu'elle est incapable de se projeter dans l'avenir. Cela lui est interdit par son histoire. Tout projet a été vain. Le SDF n'a parfois envisagé son existence qu'en situation de dépendance. Jeune démuni, il peut lui arriver d'avoir envie de vieillir pour être pris en charge ce qui normalement est une attitude de personne agée. La personne très désocialisée est toute entière dans le présent ; son futur a fini par lui échapper. Et le présent lui même est déstructuré, il ne sait plus quel jour on est. Il mange quand il peut et dans son coin. La fonction sociale du repas née de la domestication du feu par l'Homo Erectus il y a au moins 350 000 ans , qui a conduit la société archaïque des anthropologues  à se rassembler autour du foyer, a elle-même disparue. Le film de Claus Drexel "au Bord du monde" montre cet aspect de la vie du SDF quand l'un d'entre eux se leve  tot le matin pour profiter de la sortie des poubelles d'un supermarché. Ce n'est plus le rapport à l'autre qui structure le présent mais la nécessité de satisfaire des besoins primaires. Manger et déféquer posent problème. Les conditions de la vie dans la rue éloignent l'individu des habitudes des personnes dont les vies sont réglées par des horaires du travail, de l'école, de l'acte d'achat pendant les horaires d'ouverture des magasins, d'une vie de famille.

Ces personnes ont souvent rompu avec leur famille au même titre qu'avec l'enracinement dans le temps qui lui est attaché. La mort est toujours lointaine, désincarnée. C'est une échéance virtuelle. La personne ne se pense plus comme vivante et ne se voit pas comme morte non plus. Pour un SDF dont le travail est de lutter contre l'ennui, l'expression tuer le temps prend toute sa signification. Pourquoi se suicider dans ces conditions, quelqu'un d'autre s'en est déjà chargé. Voilà ce qui pourrait expliquer le non-suicide.

 2 Questionnements éthiques :

Fondamentalement , la question que posent les exclus est une question éthique. Comment la société les prend en compte, comment doit-elle le faire ? Philosophiquement  et historiquement mon sentiment est que le rapport du corps à  l'objet a été bouleversé par le tout technique. 

Autrefois dans une société sans technologie, une partie des exclus auraient été des journaliers à qui on donnait la pièce, le souper et le coucher contre un peu de travail, les autres auraient été des mendiants. C'est à dire que la pauvreté était liée au travail. Etait pauvre celui qui était en situation de tomber dans l'indigence par un manque de travail. Depuis les années 80, après une période faste, nous sommes entrés à nouveau dans une telle problématique avec le chomage de masse.

Rappels historiques

Au fur et mesure que le travail se transforme au 18ème siècle, que le geste de l'artisan disparait au profit de la spécialisation de l'ouvrier, lorsque les manufactures commencent à se développer en captant la main d'oeuvre des campagnes et en la stabilisant, une pauvreté liée aux nouvelles formes de production, au machinisme apparait. Qui dit machine sous-entend investissement et capital. Appropriation aussi de l'outil de travail par le capital au détriment de l'ouvrier. Les lois de la fin du 19ème siècle  ont commencé à rééquilibrer la donne en faveur des ouvriers. Au 20 eme siècle, l'ouvrier du monde de l'industrie a laissé la place aux employés d'une société de services. Le philosophe Michel Serre dit que dans son enfance il reconnaissait un forgeron à son geste et que maintenant la création de l'informatique fait de l'ordinateur un objet universel qui sert à tous. La catégorisation du métier par le geste n'est plus possible, le dessinateur industriel et le comptable ne se différencient plus par leurs attitudes au travail. Et bientôt le chirurgien controlera le robot via son ordinateur et des interfaces homme/machine.

La machine : médiateur entre le corps et l'objet

Dans le temps, le journalier avait son geste et sa main à sa disposition. Maintenant à part quelques aristocrates de la création et de la restauration en ébénisterie ou dans les métiers d'art, le travail manuel globalement consiste à savoir contrôler une machine à commande numérique. Le geste, le tour de main sont appropriés par la machine. L'abandon du geste apparait avec les manufactures et l'usine et se prolonge par le clavier. Plus largement, le travail moderne remodèle l'engagement du corps tel qu'il a été vécu depuis probablement des centaines de milliers d'années ou l'outil principal est la main. L'accélération du temps et le progrès technique ont perturbé brutalement l'engagement corporel dans l'activité journalière. Cela se constate en voyant de quoi étaient capables les soldats dans les tranchées de la première guerre mondiale : les corps des poilus étaient faits d'os et de nerfs en acier  trempé par l'habitude du travail agricole. L'énergie dépensée était physique bien plus que cérébrale et la fatigue était elle aussi physique bien plus que mentale. Aujourd'hui l'effort du corps s'est déplacé vers le cérébral qui en retour se reporte sur le corps. Ce sont les postures et les contraintes liées au travail cérébral ou les contraintes morales qui se reportent sur le corps. Les nouvelles formes d'organisation du travail, l'automatisation, la tertiarisation de la société, créent des maladies liées au stress. Tensions musculaires qui se reportent sur les cervicales, fatigue oculaire, problèmes de jambes qui gonflent, de surpoids, TMS, sur-travail dans un environnement hyperconcurrentiel. Globalement le geste s'est appauvri avec le capitalisme et la recherche de productivité. On vient se fatiguer le corps  en salle de fitness et non plus au travail. 

La technique rend le geste improductif

La rémunération suffisante pour vivre par la vente d'un objet réalisé avec des gestes et des moyens simples est inaccessible à des publics en difficulté d'insertion. Se servir de ses bras dans le rapport à l'objet ne paye plus sauf à rentrer dans une structure aidée. Pis, le métier de jardinier par exemple est l'activité de prédilection des associations d'insertion, des emplois aidés pour ceux qui ne sont pas "bien aidés" dans la vie. Ceux qui gagnent bien de leurs gestes sont ceux dont le travail est un jeu, les tennismen, les footballeurs. C'est dire si l'augmentation des capacités des moyens de production par la technique a transformé les artisans en improductifs. La retraite moyenne d'un artisan en 2012 est de 442 €. Même s'il sont polypensionnés, leur statut est défavorable par rapport aux  salariés du privé et des fonctionnaires.  Celui qui travaille de sa main est un paria en puissance parce qu'il ne produit pas assez. Le cas des artisans du domaine de la santé comme les pharmaciens ou les opticiens qui bénéficient du système de redistribution  sociale doit être mis à part. Pour résumer, la production d'objet est intermédiée et passe de moins en moins par un rapport direct du corps à l'objet. Le rapport direct à l'objet dans notre société tend à rentrer dans le domaine du soin, et pas dans celui de l'autonomie. Il se tourne vers les extrèmes du champ économique producteur d'objets : l'expertise des ateliers, la sous-qualification de l'insertion.

La régulation politique ou la créativité individuelle ?

On ne va tout révolutionner et retourner au passé. Mais il faut accepter les conséquences de cettre transformation et en atténuer les effets dommageables,  ménager des niches réglementaires dans lesquelles celui qui veut gagner sa vie dans un petit travail manuel doit pouvoir le faire  non pas dans un esprit prioritairement vocationnel, sacrificiel mais rémunérateur. (Les métiers de services à la personne où le rapport à l'autre doit être étayé par un rapport à soi sont difficilement accessibles aux personnes plus ou moins dissociées).

En période de crise la variable d'ajustement dans la débrouille s'appelle le travail au noir. Cette situation ne fait que préfigurer les sociétés dans lesquelles l'Etat n'est plus ou n'a jamais été financé parce que le pouvoir se protégeant, l'impôt a toujours été ou est devenu injuste. Je pense à la "peopleisation" d'un nombre de plus en plus important d'acteurs de la vie politique. Ils font partie d'un monde de rêve pour midinettes ou l'invertueux est admiré. Je pense à la Grèce où le pouvoir est partagé entre deux grandes familles et où l’impôt vient conforter les blocages de la société. Je pense à l'Espagne, seul pays d'Europe à ne pas avoir d'organisme de lutte contre la corruption comme le SCPC en France, Service Central de Prévention de la Corruption. L'efficacité collective part de  la capacité de l'individu à s'autonormer. Quand les moyens manquent, règne le chacun pour soi. La solution collective passe par la créativité de l'individu, comme toujours pour une raison bien simple, le politique est éloigné du réel. Il est au contact d'une réalité filtrée par d'autres et ses propositions répondent à d'autres préoccupations que celles exprimées par les intervenants directs. Le politique bien pensé encourage ce qui émerge du terrain. Lorsqu'il crée en général il se trompe comme en témoignent toutes les politiques volontariste sur l'emploi, des Tuc aux emplois jeunes.

Le noyau dur de l'éthique de l'humain

Faciliter l'accès au geste dans le travail résulte également d'une conception éthique de l'humain à laquelle il serait peut-être utile de réfléchir aidé en cela par Jean Ladrière, philosophe belge (1921-2007). "Ethique dans l'univers de la rationnalité" Pour Ladrière "la problématique éthique concerne l'adéquation entre le vouloir profond de l'existence et son vouloir effectif, c'est à dire la responsabilité qui lui est confiée à l'égard de son propre être". Ladite responsabilité est engagée par la nécessité d'agir pour son bien. Mais le SDF est maintenu dans une auto-réalisation impossible. L'acte par lequel il se mettra en position de responsabilité vis à vis de son être lui est refusé pour diverses raisons,  assez connues :déterminisme social, problèmes de santé mentale, addictions mais aussi aussi en raison d'une dévalorisation de l'idée même du questionnement dans l'environnement dans lequel nous vivons. Cette affirmation demande d'être détaillée.

Explications :

Le monde n'est plus naturel, il est artificiel et scientifique, construit par l'homme. Cette relation entre l'homme et le monde n'est pas suffisamment interrogée car sans cesse en redéfinition. Le tout technique rend le fondement éthique de l'action illisible. Il invalide la portée,  la finesse de l'intuition que l'homme avait du naturel et éloigne l'homme du monde des "évidences". Sans doute influencé par Heidegger, Jean Ladrière nous dit que l' éthique est "déstabilisée par la science" que la technique est faussement neutre du fait de sa complexité. Le questionnement éthique laisse la place au questionnement de l'expert à qui il revient de donner du sens.

Dans le rapport à l'autre et notamment aux SDF l'intuition est agissante, les non-dit et les silences sont aussi voire plus importants que ce qui est exprimé. Le contact actif avec les personnes de la rue ne peut se comprendre éthiquement sans une "réinterprétation" constante de leur réalité, afin de les laisser agir en toute liberté et d'entrer dans la constitution éthique de leur être, d'entrer en responsabilité vis à vis d'eux mêmes par la mise en oeuvre d'une volonté libre. La difficulté avec les SDF est de remettre en route l'exercice de la volonté dans le sens d'une démarche éthique vis à vis de soi-même, une démarche d'accomplissement. La force, le déclencheur de l'acte est en panne du fait de la dégradation des ressources morales. 

On voit bien à travers ces réflexions que le handicap qu'il soit social ou psychique ou physique fait apparaitre des questions que tout un chacun peut être amené à se poser un jour ou l'autre. Le problème éthique de l'accomplissement de soi se pose à tous, il apparait plus crucial, plus pregnant pour  les plus faibles d'entre nous. Cela donne ou redonne aux "moins que rien" une place de choix dans ce processus de connaissance de soi. Ils apportent un éclairage sur une partie de nous-mêmes qui reste cachée parce qu'elle ne pose pas de problème. 

Rajout du 6/06/2014

Je compare l'expérience des camps avec le milieu de la rue. Pourquoi ? Est-ce pertinent ?

Parce qu'ayant lu les écrits sur les camps et connaissant un peu le milieu de la rue je trouve des points communs entre les deux et que je cherche à étayer ma réflexion sur un phénomène du présent par des conclusions issues de l'étude d'un phénomène du passé. C'est un procédé objectivation qui doit emporter l'adhésion de l'entendement. Il est aussi possible que cela soit mal ressenti de comparer les deux parce que l'extermination des juifs est  un sujet sensible . Ma question est d'ordre moral.

Une recherche sur cette possibilité de faire du tort malgré moi m'amène à ce texte citant les travaux de Michael Pollack dans lesquels je retrouve assez clairement expliqué ce que j'ai pressenti dans mon approche des SDF et du handicap à savoir que l'extraordinaire explique  le commun en le rendant d'abord lisible.

J'ai  donc lu et un peu réfléchi sur des documents issus des camps nazis. Denise Holstein, Genevieve De Gaulle-Antonioz, Primo Levi, Bettelheim. Les camps offrent l'avantage d'avoir été très étudiés, d'avoir fourni beaucoup de témoignages et de théories diverses. Après avoir été  gazés, brûlés voilà dans l'après guerre et ici que les juifs deviennent un objet d'étude comparable aux  fourmis, aux insectes ou autres transformant celui qui cogite en successeur de l'insensible Docteur Mengele. La population juive des camps devient un corpus sociologique de première qualité par le nombre et par le milieu dans lequel il évoluent, un milieu organisé et dupliqué malgré les différences d'implantation des divers camps. Se servir de l'expérience des camps dans une réflexion  prolonge la totale déconsidération que les nazis avaient pour l'homme  juif. C'est à dire que je ne peux pas aborder le sujet de l'extermination juive comme matériau de réflexion sociologique, (je n'utilise pas ou plus) le mot Shoah qui est un terme  de la religion juive) sans un questionnement éthique. Le fait historique le plus abominable se transforme en "expérience concentrationnaire" pour le sociologue. La souffrance vécue est mise à l'écart par l'analyse froide et distanciée. 

L'enfermement des juifs était contraint et quasi-définitif dans un état totalitaire. Le passage de la liberté à la prison était brutal. Les personnes de la rue, elles, vivent dans des situations figées du fait d'une incapacité en rapport avec un milieu. Leur situation est souvent le résultat d'un long processus d'exclusion. Serait-ce à dire que démocratie et totalitarisme se rejoignent quand à leurs effets dans les conditions extrèmes. Que la rue et la prison sont soeurs jumelles. Quand on sort de la rue c'est pour aller en prison et vice versa.

En cotoyant le  milieu de la rue, je suis poussé à m'interroger intellectuellement après avoir discuté et passé du temps avec les sans-logis. Pour Michael Pollack, le travail d'entretien devient une travail thérapeutique dont  le témoin des camps qui se raconte, va profiter. Le sociologue devient ainsi thérapeute par l'appel à l'expression de la parole dans un cadre donné. "Parler c'est vivre" est le titre d'un livre de Claude Almos, psychanalyste. Boris Cyrulnik acquiesce dans "De chair et d'âme".

Bettelheim doit sa survie explique-t-il à sa capacité à prendre de la distance, à devenir son propre sujet d'étude et à être l'auditeur de l'histoire de sa vie. On peut voir une similitude entre cette  attitude salvatrice du rescapé des camps parfois causeur volontaire et parfois comme Denise Hosltein invité à se laisser extirper son témoignage, et la pratique sociologique des récits de vie de Daniel Bertaux et plus largement de la sociologie interactioniste de l'Ecole de Chicago. Je vois alors l'intérêt d'utiliser le matériau sociologique des camps dans ma position auprès des personnes de la rue. Je valide moralement le fait de m'inspirer des camps et de la libération bienfaisante de la parole pour réfléchir sur les personnes de la rue parce que j'en déduis qu'avec elle, pour être compétent, il faut passer du temps et encore du temps, être là pour recevoir leur parole. Cest souvent la seule attitude adaptée à ce public.

Rajout du 7/06/2014

Pourquoi s'intéresser au non-suicide ? Le suicide est un phénomène social étudié depuis les tout débuts de la sociologie (étude de Durkheim de 1897) mais son inverse le non-suicide n'est pas très intéressant semble-t-il puisque une recherche google ne donne pas grand'chose sinon des articles sur la tension sociale chez Foxconn. On pourrait croire que l'absence de suicide est l'inverse du suicide c'est à dire la vie normale dans la joie et la bonne humeur et bien non. On pourrait croire que l'absence de suicide serait comme s'intéresser aux trains qui arrivent à l'heure, c'est à dire un non évènement, une banalité. Et bien non, le non suicide c'est à dire le différentiel de décès par suicide entre une population particulière et la norme de décès par suicide dans une population générale est un fait social qui doit conduire à s'intéresser à la manière dont l'individu et  la société s'entendent pour produire ce qu'on appelle l'exclusion. 

Rajout du 08/06/2014

Un peu plus haut et il y a deux jours j'ai parlé de la parole des SDF qu'il faut faut savoir recueillir. J'en rajoute un peu sur le sujet.

Que serait la Terre, l'Univers sans l'homme ? Rien. Une chose en soi selon l'expression kantienne. Une réalité sans but, absurde parce qu'il n'y aurait aucun homme pour constater qu'elle existe. S'ils pouvaient penser cette Terre, cet Univers,  ils échapperaient au constat de leur réalité qu'en ferait l'homme par sa conscience. S'ils pouvaient penser ce seraient des êtres humains. Donc moi en tant qu'homme ma réalité est construite par l'autre puisque je n'ai aucun élémént intérieur qui permette d'accéder à ma réalité à part un miroir, l'introspection peut-être et encore si personne n 'est là pour m'entendre, l'introspection est vaine. Je n'arrive pas à concevoir la réalité sans l'homme qui la révèle parce que présente pour lui. Pas de monde dont la finalité serait de vivre sans l'homme, impensable car aporique. Le préhistoire a attendu l'histoire. Le monde m'est destiné dès son origine. Il a été conçu pour moi. 

S'il nous venait l'idée de nous positionner sur Mars et de regarder la Terre nous nous apercevrions qu'elle tourne sur elle-même et aussi autour du soleil. C'est un phénomène lié aux planètes que nous pouvons constater. Cette discipline qui s'intéresse aux phénomènes perçus par une conscience s'appelle la phénoménologie.   Elle prend en compte la singularité  de l'homme qui regarde, ses choix, ses gouts, son histoire surtout si sa démarche est celle d'une recherche scientifique en quête de certitudes, de processus, de méthodes et de répétabilité. Quand le scientifique commence à essayer de comprendre, il s'intéresse à ce qu'il perçoit du réel et  dénature l'objet auquel il s'intéresse. C'est pour ça qu'avant de comprendre, la phénoménologie propose de décrire. Cette position a une incidence sur la posture éthique du phénomènologue quand le sujet d'intérêt est un homme, qui plus est, fragile, comme je le constate dans ma pratique. 

Les SDF, les juifs du camp sont vidés de leur substance. Ils sont les enjeux, les otages des conflits psychiques d'un autre. Ils ne sont pas placés dans la situation de devoir être autonome. Les années passant, les vexations, les dépouillements font qu'il n' y a  plus de justification psychique à agir pour son bien puisqu'on n'a plus les moyens pour le faire. Le juif et par delà tout otage psychique devient un empêché ce que l'on peut aussi écrire en-pêché puisque, pour eux, la réalisation de soi rend coupable. 

 

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georgel michelle 02/07/2014 00:35

tres beau travail,tres belle analyse ,moi je me suis souvent demandé comment ils arrivaient à tenir le coup.Merci Antoine pour cet article

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