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Antoine Lacroix

Antoine Lacroix

Blog de réflexions sur les problèmes de société


Elections européennes : le loup est rentré dans la bergerie.

Publié par Antoine Lacroix sur 27 Mai 2014, 12:27pm

J'aurais tendance à dire de prime abord que le succès de l'extrème droite en France est une remise en cause du rapport complaisant entre nos représentants politiques et les médias mais le succès est européen il faut donc aller chercher des explications dans et en dehors de nos frontières.

En France, si l'on en revient à la discussion entre Patrick Cohen et Taddeï, Cohen démontrant une conception très peu démocratique de son métier et s'affichant comme un faiseur d'opinion, on se dit qu'il existe un décalage entre la société et l'image qu'elle se crée d'elle même par l'intermédiaire des médias. Le miroir de la société que constituent les médias est un miroir déformant dans lequel la société ne se reconnait plus. Il appartient à des apparachiks soucieux de leurs propres intérêts et leur propre conception du monde. Le journaliste Taddeï organise un débat, crée un contenant dans lequel des personnes s'expriment permettant aux auditeurs de se faire une opinion. Patrick Cohen lui crée le contenant qu'il remplit de ses propres conceptions en sélectionnant des personnes qui vont dire la même chose que lui. Ou est le débat contradictoire ? C'est un abus de pouvoir. En tout cas je le ressens comme tel. Cette polémique est symptomatique à la fois d'un décalage entre les élites et la base et d'une main mise des élites sur les moyens d'expression. Notre système d'expression collective encourage les votes contestataires d'autant plus que les difficultés sociales s'accroissent.

Mais cette explication franco-française reste insuffisante puisque les résultats favorables à l'extrème droite ont progressé partout en Europe. On pourrait se dire que la part du gâteau partageable entre tous diminuant et le nombre de ceux qui aspirent à en avoir un bout continuant à augmenter par l'immigration, les nationalismes s'expriment face aux profiteurs de tous poils, mais on sait que ce qui gouverne fondamentalement l'action des hommes n'est pas simplement l'attachement à la matérialité du monde mais la croyance en des valeurs, l'attachement à ce qui relève du symbolisme. La défense du pouvoir d'achat fait sortir beaucoup moins de monde dans les rues que la défense de l'école libre en 1984 et la résistance au mariage gay début 2014. Ce même mariage gay est assurément une des raisons majeures du refus de l'Europe par la Russie homophobe de Poutine. 

J'aurais très bien pu naître dans une famille musulmane et je n'y trouverais rien à redire. Je m'y sentirais naturellement bien et défendrai ma culture et ma religion. L'adhésion d'un individu à une religion est essentiellement une question de temps et d'environnement et non une question de croyance. La chute de Rome en 476 est suivie par le mariage du politique et du théologique symbolisé par le baptème de Clovis, 20 ans plus tard. Le politique a soutenu le christianisme à ce moment là et l'a défait à la fin du 19 ème siècle. La montée des extrèmes à droite exprime la crainte de beaucoup d'électeurs de devoir être obligés de changer leur représentation subjective du monde à laquelle ils sont attachés parce que ce sont celles transmises par leurs pères et mères. Ce que les gens redoutent c'est de souffrir, pas de perdre leur liberté parce que la pub et la télé nous la font perdre doucement sans que l'on s'en rende compte. Le sentiment d'aliénation dans ce cas là vient du non respect du rythme auquel on change de représentation. 

Pour Hannah Arendt, l'autorité dans une famille a toujours été acceptée comme une nécessité naturelle due à la faiblesse de l'enfant mais aussi à un besoin politique  celui d'assurer la "continuité d'une civilisation constituée" par l'intégration des nouveaux arrivants par la naissance  dans un monde pré-établi. Ils ont toute liberté de le faire au nom d'une conception partagée et évolutive du devoir d'éducation.  Cette autorité est donnée, explique t-elle, par un élément extérieur. On est investi dans son autorité en fonction d'une place, d'une position que l'on occupe parce qu'on transmet ce qui est socialement  reconnu digne d'être transmis. La transmission d'une vérité nécessaire à cette fameuse continuité de civilisation. L'électeur se soumet à un discours, une vérité à laquelle il adhère et qui lui semble meilleure pour lui et l'endroit ou il vit. Le problème du FN vient de ce que son discours est simpliste, sans nuance et qu'il attire des personnes sans éducation, aux motivations antisociales, dont la relation à soi et l'autre est dégradée par toutes sortes de raisons : pauvreté, chomage, frustrations. Comme le PC naguère en son temps, le FN instrumentalise la souffrance sociale. Il suffit de voir le parcours d'un gars comme Alain Soral du PC au FN pour en être convaincu  ou de jeter un oeil sur les relations amicales de Cahuzac ministre socialiste et proche du FN dans ses jeunes années pour s'apercevoir que l'affichage la main sur le coeur du respect des convictions est un écran de fumée qui ne cache que des volontés personnelles d'enrichissement ou de conquête du pouvoir, parfois les deux.

La personne nouvelle dans le groupe se conforme aux usages du groupe en raison de la force avec laquelle ces usages s'imposent. Or, spécialement en France la transgression est devenue la norme tant et si bien qu'il n'y a presque plus rien à transgresser, et l'Europe n'est plus sure de ses valeurs et n'arrive plus à imposer celles qui restent du fait de l'hétérogénéite trop grande des peuples qui la composent. L'élargissement de l'Europe s'est fait sur des critères géographiques et économiques mais pas sur l'adhésion sincère  à des principes de bonne gouvernance démocratique. La dérive nationaliste du président hongrois n'a pas eu l'air de gêner quiconque en Europe ou si peu. Les grecs sont bien notés sur l'échelle internationale de la corruption. L'Europe du Nord a financé la corruption en Grèce et en Europe du Sud. On s'attache un peu trop au respect des 3 % de déficit budgétaire et pas assez sur l'état d'avancement dans les bonnes règles de gestion publique. En son temps St Thomas d'Aquin avait conçu son principe de subsidiarité instituant autonomie et contrôle dans la ligne hiérarchique, principe pourtant repris par l'Europe mais qu'elle n'a pas du bien comprendre car elle dispensé ses subsides sans réel contrôle.

Le délitement de la conscience européenne dans les esprits fait pencher encore un peu plus le pouvoir en faveur des anti-européens. Nous élisons des europhobes dans les instances européennes. L'idée de l'Etat-nation regagne du terrain sur l'idée d'un fédéralisme européen. L'idée d'Europe ne fait plus vendre, dégradée par la diminution des ressources disponibles. Par la crise, la réalité d'une Europe dépensière, clivée entre le Nord et le Sud et entre l'Est et l'Ouest, s'est dévoilée aux yeux de tous. Avec ce vote, les pro-européens ont déserté le champ de bataille, les plus râleurs, les plus mécontents se sont exprimés en faveur des plus radicaux et le loup est rentré dans la bergerie.

Rajout du 30//05/2014

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