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Antoine Lacroix

Antoine Lacroix

Blog de réflexions sur les problèmes de société


Problématique de distribution de l'aide alimentaire aux sans-logis

Publié par Antoine Lacroix sur 3 Avril 2014, 12:41pm

Catégories : #social

La distribution de l'aide alimentaire, l'ancienne soupe populaire, sur un territoire peut aller à l'encontre des buts annoncés par celui qui distribue, le délégataire de la mission de protection des populations démunies par l'Etat.

La distribution peut se faire en point fixe ou être mobile.

En point fixe le bénéficiaire se déplace jusqu'au véhicule de distribution. Si la distribution est mobile, le bénéficiaire appelle le 115 pour que le véhicule vienne le livrer. D'aucuns trouveront complaisant de la part du service social de livrer sans que la personne soit obligée de faire l'effort de se déplacer. La réalité est compliquée et demande d'écarter des recettes simplistes.

On s'aperçoit en pratique que les deux solutions ont leurs inconvénients parce que le domaine d'intervention est la rue. Ce domaine de la rue porte en lui des difficultés qui font que les deux solutions sont des pis-aller.

Les sans-logis ne sont pas une population uniforme. Les situations, les personnes, les problématiques sont très diverses. Cependant la rue produit son effet et finit à la longue par formater les comportements et les personnalités. Le sans-logis en vient à s'abrutir par l'alcool au bout de quelques semaines ou quelques mois de rue. Son comportement est parfois plus dégradé que celui de l'animal. Le nez du travailleur social préférera bien souvent avoir à faire avec le chien plutôt qu'avec le maître. Les odeurs d'urine, d'excréments, de crasse sont prenantes. La saleté est repoussante. Le corps du travailleur social finit par s'habituer. Le nez est moins heurté à la longue. J'ai un peu côtoyé cette grande misère dans la région parisienne au hasard des rencontres dans le métro ou sur les bancs des trottoirs.

Dans ma pratique de provincial, l'odeur n'est pas un soucis. Odeur d'alcool, de sueur, de rance peut-être mais pas d'urine ou de crasse macérée depuis des lustres comme chez ces personnes du métro parisien, des abords des gares, le clochard sous sa couette, Daniel, qui m'a raconté ses voyages aux Etats-unis dans une langue et un vocabulaire élaborés, parfois en anglais. Tenir à côté de lui une demi-heure a été une sacrée épreuve olfactive. Patrick Declerck le souligne bien dans son livre sur les clochards de Paris. Il n'a jamais pu se faire à l'odeur dans sa pratique au CASH de Nanterre. Daniel qui n'a plus conscience d'uriner dans le lieu ou il dort n'appelle pas le 115. 

Les personnes qui appellent le 115 sont moins désocialisées que celles qui dorment sur des cartons. Ce sont souvent des personnes logées ou hébergées mais dans la précarité ou des immigrants en attente de décision administrative.

Le point fixe concentre la population des bénéficiaires en un endroit bien précis chaque jour. Le point fixe devient parfois dans ces conditions un concentrateur de comportements violents ce qui va à l'encontre de l'insertion et dénature la représentation de l'institution aux yeux des sans-logis. Le point fixe devient contraire au but qui lui est assigné. Remplir les ventres n'est qu'un prétexte à la socialisation . Cela ne doit pas favoriser les comportements contraires à l'insertion sociale, sinon pourquoi être bénévole.

La distribution mobile rend le bénéficiaire maître de l'itinéraire de la distribution. Cela peut tourner au petit jeu comme avec les pompiers ou la police. Des personnes mal intentionnées appellent pour rien. Cependant, en un an de pratique, je ne me suis jamais fait caillasser.  Les bénéficiaires recréent un point fixe informel où ils se retrouvent en petit groupe. Moins de problèmes de violence dans ce cas, seuls les passants ou riverains peuvent être gênés par le bruit, ou par la présence de personnes souvent vues comme indésirables. Les sans-logis en se trouvant en permanence à la même place vont accaparer à des fins exclusives et privées un domaine public d'ou la normalité est exclue.

Quelle solution trouver alors ?

Délibérer en équipe. La solution, la mesure supposée adéquate doit être le fruit  d'un ecosystème de savoirs mettant en jeu des intervenants, des bénéficiaires, un territoire.

Concrètement on peut varier les modes de distribution, alterner points fixes et distribution mobile afin de limiter les effets parasites autant qu'il est possible. 

Si le groupe est trop hétérogène, il peut finir par éclater. Par exemple, quand untel est grossier avec les équipières, il se fait engueuler par les autres membres du groupe puis on finit par ne plus le voir. 

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