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Antoine Lacroix

Antoine Lacroix

Blog de réflexions sur les problèmes de société


Sébastien et Rose

Publié par Antoine Lacroix sur 8 Décembre 2013, 15:33pm

Catégories : #SDF

 Sébastien et Rose dorment dehors depuis un mois ou deux.

Au début ils dormaient entre deux véhicules sur un parking, puis un policier leur a donné une tente et ils se sont installés au camping municipal. Ils dorment dans la salle à manger chauffée du camping mais la tente ça leur va bien, c'est un petit chez eux.

Le gardien trouve que ça sent quand même dans sa salle. Ils appellent le 115 pour leur soupe ou leur sandwich du soir. Elle a la tuberculose d'après son compagnon. On ne sait jamais trop la vérité avec les personnes de la rue. Le savoir mentir devient une compétence dans la survie.

Ils viennent de Lyon. Elle a un logement à Lyon dont elle paye les charges mais son mari l'occupe. Ils sont en instance de divorce. Comme il est violent, la police lui a dit de s'éloigner parce qu'elle ne peut pas garantir sa sécurité. Alors avec son copain, ils sont partis à Paris, où lui pensait avoir un point de chute. Mais ça n'a pas marché alors les services sociaux leur ont donné des bons alimentaires et leur ont payé le train pour Melun. 

Dans leur bagages, ils ont une lettre du secrétariat de l'Elysée en réponse à une demande auprès du président de la République. L'Elysée leur dit de contacter la direction départementale de la cohésion sociale. Les travailleurs sociaux savent bien qu'il n'y a pas d'argent. Comment expliquer à Sébastien et Rose que l'Elysée ne peut pas leur dire la vérité : on ne peut rien pour vous. L'Etat ne peut pas dire la vérité aux gens, c'est tout simplement pas possible. Alors le travailleur social se répand en circonvolutions pour préserver l'image des institutions et pour, quand même, faire admettre le plus dur à Sébastien et Rose, que la solution se trouve en eux, qu'ils ont de la ressource, qu'ils sont merveilleux, démerden sie sich.

Le 115 les conduit aux urgences un soir, parce qu'il fait froid, ils ne sont pas à l'agonie mais ils ne sont  pas en très bonne santé. Ils n'ont rien où dormir, alors direction les urgences, l'endroit où toutes les eaux usées sociétales se déversent.

Le camping a fermé et ils n'ont pas pu récupérer leurs affaires.Toutes les portes sont closes ce soir là, l'auberge de jeunesse est en vacances d'hiver pour un mois. L'hébergement d'urgence qui a fini par réouvrir, est plein. Le commissariat les renvoie sur les urgences de l’hôpital où les emmène le véhicule du 115.

"Mais c'est pas l'hôtel ici" dit le responsable. "Tout ce qu'on peut faire c'est vous faire voir au médecin et vous laisser dans la salle d'attente". C'est déjà pas mal de voir le médecin. Elle n'est pas tuberculeuse mais elle a  une tache aux poumons et lui n'est pas bien beau non plus, il traine la jambe : sciatique. Du coup dans la journée, une place se libère à l'hébergement d'urgence. Elle est pour eux. Ils l'ont une nuit. Comme ils se sont battus dans la rue, il a sorti sa lacrymo, on ne sait pas trop ce qui s'est passé mais ils sont virés de l'hégergement d'urgence. Entre temps le 115 a récupéré leur tente au camping, un travailleur social a réussi à récupérer le numéro de portable du gardien. Il est revenu ouvrir le camping . Le travailleur du 115 a installé la tente près d'un bois.

-Vous faites quoi là ?  a dit la police au travailleur social "vous n'avez pas vu le panneau". Il s'explique.  

-Vous comprenez, c'est pour des sans abris. Ils sont suivis, on s'occupe d'eux.

-Vous savez ces gens là, on sait quand ils arrivent...bon on a rien vu et vous ne nous avez pas vu...

- Merci bonne soirée. Il est soulagé. il va pouvoir lui aussi dormir tranquille sans ramener la misère à la maison.

C'est ça : ne rien voir c'est le principal :  que la pauvreté soit invisible.  Ce soir ils dorment dans leur tente parce qu'ils se sont fait virer du centre d'accueil. Ils sont un peu susceptibles quand même. Faut pas les chercher parce que ça part vite les insultes et les coups. La Dass, c'est pas l'école du bonheur.

 

 

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