Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Antoine Lacroix

Antoine Lacroix

Blog de réflexions sur les problèmes de société


Réflexions sur l'idée du lien

Publié par Antoine Lacroix sur 29 Novembre 2013, 11:02am

Catégories : #systémique, #lien social, #écologie, #philosophie

Nous utilisons beaucoup le terme de lien, d'une manière évidente comme dans l'idée du lien social, du lien affectif, des liens du sang ou d'une manière sous-entendue comme dans la communication, dans la théorie des systèmes, dans l'écologie pour qui l'homme et la terre ne font qu'un.

Or les temps modernes commencés selon les historiens avec la découverte de l'Amérique en 1492, ces temps modernes sont le temps d'un passage d'une connaissance limitée et liée à une connaissance croissante et éparpillée dans des domaines particuliers. Par exemple, aux origines de la médecine, le médecin est celui qui possède la compétence puis la considération. Il en va autrement aujourd'hui ou la considération va au spécialiste, le chirurgien, le radiologue, la considération va à ceux qui possèdent la technique, ceux qui ont la compétence d'une partie et non du tout. Et signe d'une réflexion en cours, on crée une nouvelle catégorie : médecin généraliste spécialiste en médecine générale. La connaissance du corps se fait par tranche. L'antiquité post-socratique d'Aristote est dans une pensée large, les philosophes du moyen age  comme Avicenne s'intéressent à de multiples domaines, philosophie, médecine, mathématiques, astronomie, etc...A contrario nos scientifiques ont une réflexion profonde et circonscrite. On dit parfois d'eux qu'ils sont "pointus" dans leur domaine. Ce constat n'est pas nouveau.

Les techniques qui rapprochent de nous l'infiniment petit et l'infiniment grand, le télescope, le microscope et la multitude d'autres inventions nous obligent à rendre illusoire la connaissance du monde dans son ensemble. Nous en sommes venus à considérer que cela ne sert plus à rien de relier les connaissances entre elles puisque cette idée est devenue irréalisable, de l'ordre de l'utopie. Qui est capable maintenant de faire la synthèse ? Cette conception de la manière de faire émerger la connaissance est généralement attribuée par les historiens de la philosophie occidentale à Descartes. Selon lui, pour analyser et comprendre le monde il faut réduire au plus les sujets d'études en unités compréhensibles. Cette manière de voir est critiquée sous le terme de réductionnisme. La critique de Descartes ne date pas d'hier. Au début du 20 ème siècle : Heidegger, plus près de nous : Bachelard, Edgar Morin.

En faisant allusion à Heidegger, nous entrevoyons une idée du lien qui sortirait du simple thème de la théorie de la connaissance. Ce serait une idée du lien rattachée à l'idée de l'être. Pour les philosophes antiques, l'idée de l'être ne porte pas à débat. Pour Heidegger, cela présente un intérêt. Et pour lui l'homme "est" pour autant qu'il est "dans", qu'il est inséré, intriqué, en lien avec son environnement et en lien avec les autres. Heidegger critique le dualisme entre le sujet et l'objet de Descartes. Un large pan des sciences humaines semble suivre cette voie. Point d'individu seul sans congénère. Point de psychisme abouti de l'enfant sans relation "normale" à la mère, nous disent Freud et  la psychanalyse. L'enfant sauvage du docteur Itard coupé du monde des humains dans son enfance ne sera jamais qu'un humain inachevé. L'essentiel est donc le lien et il faut donc le préserver. Le lien aurait une dimension ontique et serait constitutif de l'homme.

Le lien de l'homme à la nature ? Le lien des hommes entre eux ? Prenons ces deux questions dans l'ordre. 

L'homme et la Terre sont indissociables ce qui rend vaines les recherches d'exo-planètes. Cette idée s'impose à  regarder les photographies du télescope spatial Hubble, une porte sur l'univers qui nous force à penser que notre terre n'est qu'un bout de caillou microscopique dans l'immensité de l'univers. Pour un humain, sortir de l'environnement protecteur de la terre est très risqué sinon mortel. mais y rentrer l'est également comme nous le rappelle les deux destructions des navettes Columbia et Challenger. L'Homme est le produit de la Terre, nous oublions cette évidence. Une certaine herméneutique de la genèse nous enjoint de nous rendre maitre de la Terre après nous avoir chassé du Paradis mais elle ne nous demande pas de faire comme les gamins qui démontent une horloge et l'abandonne les viscères à l'air, incapables de la remonter. L'idée que  les biens sur terre ne sont pas infinis est une idée récente née de deux causes principales liées : l'essor démographique, le progrès technique. La fin de l'économie de la pénurie  d'après guerre conduit à l'économie de l'abondance puis nous retournons dans une économie de la pénurie. faisant de cette économie de l'abondance, une idée fausse, une exception de trente ans dans l'histoire de notre ère. Préserver le lien entre l'homme et la nature passe par un renoncement à l'abondance parce que cette idée porte en celle de l'injustice.

Préserver le lien des hommes entre eux. Comment faire en sorte que les hommes se maintiennent en relation ? Le concept majeur sur ce point est celui de la réciprocité. Pour Fichte, Kant, Mauss ou Habermas ce thème est important dans la reflexion sur l'intersubjectivité. Les échanges réciproques et équilibrés conduisent au sentiment de justice. Personne ne se sent floué et comme le progrès technique, pourrait-on extrapoler - la conquète spatiale, internet- crée une conscience planétaire, l'intersubjectivité ne se pense plus l'échelle de la famille ou de la nation mais à l'échelle  de la planète.

Ainsi arrivant au terme de ces quelques lignes, l'idée d'un lien avec la nature et l"idée du lien entre les hommes sont intimement associées. La préservation du lien à la nature qui passe a minima par une réflexion sur la notion d'abondance contraire à la réciprocité des échanges et au sentiment de justice permet de préserver les liens entre les hommes. Chercher à garantir un lien permet de garantir le respect de l'homme dans son intégrité. C'est peut-être ce que veulent dire la bise ou la poignée de main du matin, je te respecte en tant que mon égal en humanité.

 

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents